Par
Michel Jeanneret - Mis en ligne le 16.06.2011
Une petite phrase aura suffi pour que la machine se grippe. Quelques mots prononcés à la va-vite, un jugement hâtif, un doigt pointé sur un malheureux concombre et c’est toute une organisation qui a dérapé. Pour avoir faussement désigné une inoffensive cucurbitacée espagnole comme la source d’une bactérie tueuse, une ministre régionale allemande aura fait perdre près de 600 millions d’euros aux producteurs de légumes européens et un incident diplomatique aura été évité de justesse. L’alerte passée, on peut se rassurer sur la portée des événements. Comparée à une épidémie, la bactérie E. coli n’a fait qu’un nombre limité de victimes. Les contaminations alimentaires sont aussi vieilles que le monde, entend-on également. Probablement. Il n’empêche que la crise du concombre est effrayante, parce qu’elle révèle notre système dans toute sa fragilité. Première faiblesse: dans la société de l’ultratransparence et de la médiatisation galopante, toute erreur de communication se paie cash. Alors qu’une petite ferme biologique allemande était la seule responsable de la propagation de la bactérie, c’est tout un secteur qui en a lourdement fait les frais. A l’avenir, les conséquences dramatiques de ce type d’hystérie collective pourraient être évitées par un principe de précaution très simple: résister aux pressions et ne communiquer que ce que l’on sait. Second constat: manger, ce geste vital, peut paradoxalement tuer. Banal, direz-vous? Nous ne sommes bien sûr à l’abri de rien. Il n’empêche que, sur ce plan, au lieu de mettre toutes les chances de notre côté, nous oublions bien souvent toute forme de prudence. En pleine paranoïa autour de la bactérie E. coli, on apprend que la Suisse envisage de réintroduire les farines animales comme nourriture pour une partie du bétail. Société sans mémoire? Sûrement pas. Tout le monde se souvient de ces vaches devenues folles d’avoir été contraintes au cannibalisme dans les années 90. La réalité est bien plus cynique. Elle est le fruit véreux d’une agriculture productiviste irresponsable. Le produit de politiques prêts à mettre notre santé dans la balance lorsque des intérêts économiques sont en jeu. Le miroir d’une société qui, si elle se souvient, nous montre qu’elle n’apprend jamais vraiment.