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Cruel dilemme

Par Daniel Pillard - Mis en ligne le 09.03.2010

 
Elle s’appelle Jacqueline Albanesi, boulangère. Par son courage et sa détermination, elle a fait rouvrir l’un des procès les plus retentissants survenus en Suisse romande depuis des années, celui de l’affaire Légeret (lire son témoignage recueilli par Yves Lassueur en page 16).

Une sale affaire, pleine de sang, de haine et de cupidité. Au cœur du procès, les cadavres de deux octogénaires, retrouvés le 4 janvier 2006 à Vevey, et une disparue. Toutes trois sont peut-être tombées sous les coups du même meurtrier.

Principal suspect: François L., fils adoptif d’une des deux octogénaires et frère de la disparue. En juin 2008, il est condamné à la perpétuité pour l’assassinat des trois femmes. Selon la version retenue par le Tribunal criminel de Vevey, l’effroyable boucherie serait survenue le 24 décembre 2005 entre 10 et 14 heures.

«En choisissant la voie radicale au nom de sa «conviction absolue», le procureur joue à quitte ou double»

Problème: six mois après le verdict, devant les caméras de la TSR, l’énergique boulangère est venue affirmer avoir servi les deux octogénaires ce même 24 décembre entre 16 h 30 et 17 heures, soit plusieurs heures après le crime. Un témoignage suffisamment troublant pour que, fait rarissime, la Chambre des révisions décide de faire rejuger François L.

Mardi 2 mars dernier, devant le Tribunal criminel de Lausanne, chargé de reprendre toute l’affaire à zéro, Jacqueline n’a pas tremblé, malgré l’interrogatoire musclé du procureur et l’incroyable tentative de déstabilisation commanditée contre elle par le frère de l’accusé, prêt à tout pour empêcher l’acquittement de ce dernier. Elle a répété être absolument certaine d’avoir servi les deux «mortes», le 24 décembre en fin d’après-midi.

Face à tant d’aplomb, on aurait pu imaginer que le procureur accepte de rectifier au moins l’horaire du crime, ce qui n’aurait d’ailleurs en rien exclu la culpabilité de François L. Il a préféré mettre en doute le témoignage de la boulangère en tentant de démontrer, en la houspillant, que sa mémoire était faillible.

En choisissant cette voie radicale au nom de sa «conviction absolue», le procureur joue à quitte ou double. Face à un tel mur, les défenseurs de François L. n’ont pas eu de peine à semer le doute. Or, comme l’a rappelé avec force l’avocat de la défense, face au doute, la loi ne laisse pas le choix: elle ordonne l’acquittement.

Qu’est-ce qui est le plus choquant: laisser courir un coupable ou garder un innocent derrière les barreaux? Trois juges et six jurés ont jusqu’au 18 mars pour trancher ce dilemme. Nous n’aimerions pas être à leur place.




Tags: affaire Légeret, Jacqueline Albanesi


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