Quand les premiers paysans bios sortirent de terre, il y a une quarantaine d’années, on les prit pour des cinglés. Ils furent bien courageux, ces pionniers. Aujourd’hui, on les regarde encore de travers dans certains villages, mais ils jouissent au moins du respect et de la reconnaissance de leurs centaines de milliers de consommateurs.
A Juriens, au pied du Jura vaudois, Cédric Chezeaux a pleinement rejoint la famille Bio Suisse et son logo au bourgeon en 2008, après les deux années obligatoires de transition. «Dans notre famille, on se soignait de manière aussi naturelle que possible, explique l’agriculteur. Et, quand j’ai rénové une ferme pour ma grande famille – nous avons six enfants aujourd’hui –, j’ai utilisé des matériaux sans produits toxiques. Il ne restait que mes méthodes de travail qui n’étaient pas conformes à notre manière de voir les choses. J’ai donc fait le saut. C’est cela le plus difficile avec le bio: il faut oser ne plus travailler comme ses voisins. Mais ce choix, c’est que du bonheur! Il a transformé mon rapport à la nature, aux bêtes et à la terre. Je les observe, les écoute, j’essaie de les comprendre et de prévenir les problèmes plutôt que de les combattre, comme avant, avec la chimie.»
CÉRÉALES ANCIENNES
Aujourd’hui, Cédric Chezeaux livre chaque jour entre 600 et 700 litres de lait à la fromagerie du village voisin de La Praz, qui le transforme en gruyère bio. Il cultive aussi du colza et du blé. «Et je plante des céréales anciennes, comme l’amidonnier et l’engrain, notamment pour les Pains de mon Chemin, du boulanger Marc Haller, à L’Abergement. Dans le bio, il est capital de trouver des acheteurs pour ses produits, surtout pour le lait, dont les filières de transformation bio sont encore peu développées.»
Mais comment faire pour se lancer dans cette agriculture quand on n’a pas de terre? «C’est vrai que c’est le grand écueil pour les vocations extrapaysannes. Mais on peut débuter à une toute petite échelle, en tant qu’activité complémentaire. Quant à la formation, les grandes écoles d’agriculture sont encore trop conservatrices. Mais il en existe d’autres, maintenant, qui sont spécialisées. L’entraide entre paysans bios et l’efficacité de nos associations font le reste.»
Site de Bio Suisse: www.bio-suisse.ch