«C’est plus une machine qu’un homme, maintenant. Il est malhonnête et mauvais», confie Obi-Wan Kenobi (sir Alec Guinness) au sujet de Dark Vador dans La guerre des étoiles (1977).
Du haut de ses 213 cm, tout de noir vêtu, Vador en impose. Mi-homme, mi-robot sous son masque, le visage atrocement mutilé, il est l’incarnation du mal. Sa voix de scaphandrier glace d’effroi.
Pourtant, avant de céder au côté obscur de la Force, manipulé par le sénateur Palpatine, qui a su exploiter ses faiblesses – son impatience, son désespoir lié à la perte de sa mère, l’amour absolu qui le dévore – Dark Vador a servi le Bien.
C’est son histoire, celle d’Anakin Skywalker, arraché trop tôt à l’amour d’une mère esclave pour finir par basculer dans le totalitarisme, que George Lucas a voulu raconter dans sa saga. Qu’un livre richement illustré, contenant témoignages exclusifs, images rares, facsimilés et autres documents détachables, lui soit aujourd’hui consacré n’est que justice.
Interrogé en 2005, Lucas expliquait à propos de Darth Vader, Dark Vador en français: «Darth est une variante de dark, et Vader une déclinaison de father. Darth Vader signifie donc le «père sombre.» Derrière ces deux mots se profilait déjà l’idée de transmission et de conflit. «D’une certaine manière, Vador est un ange déchu qui révèle sa vraie nature tout à la fin de l’histoire», souligne Mary Henderson, à l’origine de l’exposition Star Wars: la magie du mythe.
INFLUENCE NIPPONE
En novembre 1974, alors qu’il travaille sur la deuxième version du synopsis de La guerre des étoiles, qui sortira aux Etats-Unis le 25 mai 1977, il ren-contre l’artiste Ralph McQuarrie et lui parle de Vador. «Il le voyait très grand, sombre (…) et portant un casque semblable à ceux des armures flamboyantes des samouraïs japonais.» McQuarrie esquisse un uniforme. Il ajoute un appareillage de respiration. En plus d’un corps, il vient de lui donner un souffle qui ne le quittera plus.
Retenu pour le rôle, le comédien David Prowse ignore qu’il devra jouer… masqué. Pis. Le jour de la sortie du film, il découvre que toutes ses répliques ont été réenregistrées au montage par l’acteur James Earl Jones, à la voix plus grave.
SIX ACTEURS
Tout au long de la saga, pas moins de six comédiens ont donné vie à Dark Vador/Anakin Skywalker, soit David Prowse, Bob Anderson (qui doubla Prowse pour les duels), James Earl Jones, Sebastian Shaw – dont le visage laminé apparaît dans Le retour du Jedi –, Jake Lloyd (Anakin à 9 ans) et enfin Hayden Christensen (Anakin à 20 ans, puis à 23).
Chose étonnante, on apprend que sur le tournage de L’Empire contre-attaque, la fameuse réplique de Dark Vador à Luke Skywalker, «Je suis ton père», ne fut pas prononcée, mais remplacée par «Obi-Wan a tué ton père». Seul Mark Hamill, qui jouait Luke, savait que George Lucas changerait le texte au doublage. La presse, elle, tomba dans le piège…
Retrouvant son fils Luke en duel à l’issue du Retour du Jedi, Vador meurt en tuant son maître, l’Empereur. Par ce geste, il ramène l’équilibre dans la Force. Le mal absolu est devenu le symbole du repenti.
Star Wars Dark Vador, Ryder Windham et Peter Vilmur, Ed. Bragelonne et Huginn & Muginn.
UN SYMBOLE POLITIQUE
Puissamment symbolique, instantanément identifiable, Dark Vador a très vite retenu l’attention des dessinateurs.
Sous l’administration Reagan, principalement, Dark Vador a beaucoup inspiré la presse politique américaine. Et pour cause: lorsque, en 1982, dans un discours consacré à l’Empire du mal, Ronnie associe l’Union soviétique à l’Empire galactique de Star Wars, Vador se retrouve naturellement représenté sous les traits d’un leader soviétique ou incarnant le régime communiste, comme sur ce dessin de Stayskal, publié dans le Chicago Tribune.
Au désespoir de George Lucas, les choses vont encore se gâter lorsque Reagan évoquera sa fameuse Initiative de défense stratégique (IDS), ou bouclier spatial antimissiles, surnommée Star Wars. Toute la distribution du film sera brocardée, Vador en tête.