Ils ont rejoué Woodstock, partagé la scène avec un orchestre classique, tenté l’aventure sonique jusqu’en «Amazonia». Aujourd’hui, le plus radical des groupes électro-rock de ce pays (et l’un des plus anciens), revient à quelques fondamentaux: des guitares énervées, des machines virtuoses, des textes suggestifs et graves portés par la voix à nulle autre pareille de Franz Treichler, que l’on croise à Genève, où il réside.
Le nouveau disque mélange le rock, l’électro et des ambiances presque folk, vous avez désormais trouvé le bon mix?
C’est le fruit de nos diverses expériences. Les morceaux les plus rock illustrent notre côté power trio (même si aujourd’hui nous sommes quatre!); notre expérience acoustique (l’album Knock on Wood en 2008) nous a donné envie de poursuivre ce mélange entre acoustique et machines et, pour l’électronique, on avait aussi envie de revenir aux sons que nous avions au début des années 2000. L’expérience «Woodstock» nous a aussi marqués par rapport à la liberté musicale de cette époque.
Malgré tout, le disque évite toutes joliesses, toutes facilités. Vous vous condamnez à une certaine marge?
Nous ne faisons jamais aucune concession sur l’artistique. Donc nous sommes, forcément, toujours un peu hors du cadre. Vous dites «en marge»... Jean-Luc Godard disait que la marge définit la page... Je trouve que c’est pas mal. Dans cet environnement (musical) où le seul critère devient celui de la rentabilité, j’aime l’idée que des groupes donnent des signes de vie tout en étant hors de ce business. Nous sommes la preuve vivante que nous pouvons exister en dehors, que nous pouvons fonctionner autrement et même survivre économiquement.
Mais le rêve de tout musicien n’est-il pas de vendre toujours davantage de disques, quitte à mettre un peu d’eau...
Tel ou tel de nos albums est peut-être plus radiophonique qu’un autre, notre album acoustique a davantage passé en radio parce qu’il est «soniquement» plus correct par rapport à d’autres plus brutaux, mais ce n’était pas une volonté. Si l’un ou l’autre de nos nouveaux morceaux devenait numéro un, ce serait bien sûr hyper cool mais on ne peut pas faire en sorte que... Des tubes potentiels, il y en a plein les étagères des maisons de disques, ensuite la question est de savoir combien de millions tu investis pour la promotion. C’est un peu cynique, mais c’est vrai. Il y a des exceptions incroyables par exemple le «dadada» de Das Trio est vraiment bâti sur pas grand-chose. On ne peut pas chercher à faire un tube, autant jouer à la loterie.
La pochette est magnifique, vous pensez que le monde tourne à l’envers?
C’est effectivement le monde à l’envers mais, paradoxalement, c’est quand même beau! Certains m’ont dit que ça leur donnait la nausée, ils peuvent toujours retourner la pochette!
Et le titre Everybody Knows, d’où vient-il?
C’est un emprunt à Leonard Cohen sur l’album I’m Your Man que j’ai beaucoup écouté. «Tout le monde sait»... mais ne fait pas grand-chose. Il y a une inquiétante inertie par rapport aux phénomènes qui nous menacent ou simplement qui nous entourent.
Vingt-cinq ans, le groupe devient presque une institution...
C’est parfois un peu inquiétant. On nous a invités au TJ midi, je me suis quand même demandé s’il n’y avait pas des choses plus importantes à annoncer. On devient apparemment une sorte de valeur établie alors que nous jouons plutôt la corde de la fragilité. N’importe quoi peut arriver n’importe quand. Comment être une valeur sûre alors que nous sommes dans l’éphémère? En même temps un éphémère qui dure depuis vingt-cinq ans... Les Young Gods n’en sont pas à un paradoxe près.