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Esther Mamarbachi
De son enfance à sa réussite, elle dévoile son album privé
Souvenirs de ses jeunes années, de ses parents, de ses racines: pour la première fois, la journaliste-vedette accepte de présenter les images de sa famille. Ce qu’elles racontent? L’histoire d’un couple d’immigrés, mère espagnole, père syrien, qui ont ouvert la voie à l’une des carrières journalistiques les plus brillantes de la TSR.

Par Yves Lassueur - Mis en ligne le 05.05.2009
On sait deux ou trois choses d’Esther Mamarbachi: parents d’origine étrangère, journaliste consciencieuse, bonne présentatrice du téléjournal et, depuis quatre mois, excellente animatrice d’Infrarouge. Ce qu’on sait moins, c’est que c’est une sale gamine.

Figurez-vous que les magazines people aimeraient la photographier chez elle, à Carouge, avec son mari, ses enfants, son salon, sa bibliothèque, ses plantes vertes. Et voilà qu’elle refuse. Elle dit que sa vie privée lui appartient. Tout juste a-t-elle toléré l’an dernier que Migros Magazine la photographie dans sa cuisine, mais bon, c’était juste pour montrer comment on prépare une tarte Tatin, ça ne compte pas. Cette fille a du culot. C’est monstrueux*.
* Pour ceux qui ont de la peine avec le second degré: on plaisante…

Sauf qu’elle a accepté, pour L’illustré, d’ouvrir son album de photos. Ce qui nous intéressait, c’était de savoir comment cette fille d’immigrés, née en 1967 à Fribourg d’un père syrien et d’une mère espagnole, est devenue l’une des figures médiatiques les plus en vue de Suisse romande, fondant même sa carrière sur un intérêt passionnel pour la politique fédérale.

Voici une première photo. On est en Syrie, en 1952. Albert Mamarbachi, 18 ans, fréquente l’école catholique des pères lazaristes, à Damas. L’un des professeurs porte une grande barbe blanche; on dirait qu’il sort d’une gravure illustrant un roman d’Alexandre Dumas. A l’époque, l’influence de la France sur les chrétiens du Moyen-Orient est encore grande, et le jeune Albert, seul des huit enfants de cette famille catholique et francophone à pouvoir étudier, décroche une bourse française pour aller se former à Paris en agronomie et foresterie.


Coup de foudre

«C’est là, en 1958, raconte Esther, qu’il a fait la connaissance de ma mère. Elle étudiait en lettres à Barcelone et participait à un voyage d’universitaires à Paris. Ils se sont rencontrés. Ça a été le coup de foudre!»

Suivent de longues relations épistolaires avant que le couple se marie en Espagne, en 1961. Côté emploi, plusieurs offres se présentent, notamment le Canada ou la Suisse. «Le Canada, c’était trop loin et trop froid. Mes parents ont donc choisi la Suisse.» Albert est engagé comme ingénieur forestier à l’Etat de Fribourg, Antonia comme professeur d’espagnol au collège Sainte-Croix. Ils sont censés rester deux ans en Suisse. Ils y feront toute leur vie.

Photo suivante: maternité de Fribourg, juillet 1967. Mme Mamarbachi tient dans ses bras Esther qui vient de naître, trois ans après Ana, l’aînée, et sept ans avant Gisèle, la cadette.

La maman est une Espagnole blonde aux yeux bleus. Esther sera brune aux yeux charbon. Physiquement, elle doit tout à son père, ses traits sont ceux des femmes qu’on croise sur les marchés d’Alep ou dans les pages de la Bible. Mais, côté caractère, c’est à sa mère qu’elle emprunte tout.

«Mon père, c’est l’Oriental personnifié, bon vivant et sociable! Ma mère, elle, est plus cérébrale.» C’est donc d’elle que la future journaliste héritera les traits marquants de sa personnalité: stricte, volontaire, raisonnable, appliquée…


Passion politique

Autour de la table familiale, chez les Mamarbachi, c’est des affaires du monde qu’on parle. «J’ai baigné dans ce climat d’intérêt pour la chose publique depuis toute petite, se souvient Esther. Mais, à côté des grands débats de politique étrangère qui les passionnaient, mes parents trouvaient plutôt fade ce qui se passait en Suisse. C’est moi qui leur ai dit: «Mais intéressez-vous aussi à ce qui se passe ici! C’est moins flamboyant qu’ailleurs, moins spectaculaire, mais tout aussi captivant.» Je crois bien que c’est en réaction à mes parents que j’ai commencé à me passionner pour la politique fédérale.»

Un peu comme si Antonia et Albert, à cent lieues de s’en douter, ont été les premiers citoyens suisses à se faire expliquer les subtilités de la politique helvétique par Esther Mamarbachi!

Quand viennent les vacances, c’est le plus souvent en Espagne, chez les grands-parents agriculteurs qu’on les passe. Ils ont toujours la ferme dans laquelle est née la mère d’Esther, en Catalogne. Et, quand les parents gagnent l’Afrique, en 1986, pour travailler pendant quelques années dans la coopération technique, c’est là qu’Esther les rejoint chaque année pendant l’été.

Tanzanie, Rwanda, Kivu… Le choc est si grand en découvrant la misère africaine qu’elle projette de se lancer dans l’aide au tiers-monde. Après une licence en sciences politiques, elle suit même les cours de l’Institut d’études du développement de Genève et en sort diplômée en 1992. Mais c’est finalement vers le journalisme qu’elle se tourne: stage à l’ATS, puis rubrique politique au Journal de Genève et au Temps. Entrée à la TSR en 1999.


Tentée par les planches

Le temps est loin où elle caressait le projet de faire carrière sur les planches. «A 15 ans, j’ai suivi des cours d’art dramatique au Conservatoire de Fribourg. Puis j’ai renoncé à cette voie. Pourquoi? Mais parce que je suis raisonnable!»

Tellement raisonnable, stricte, appliquée, bonne élève, Esther… Ce portrait de femme sûre d’elle mais peu encline à la fantaisie, elle sait qu’il lui colle à la peau et qu’il est relativement juste. Mais elle préfère en rire aujourd’hui: «Je m’améliore! Je me suis décoincée… D’abord, j’ai le sentiment d’avoir trouvé ma voie professionnelle. Mes deux enfants (Isabelle, 12 ans, et Alexandre, 9 ans) m’ont aussi amenée à prendre des distances. Et, depuis la mort tragique de ma sœur cadette en 1999, j’ai compris que tout peut m’arriver, à n’importe quel moment. Je mesure à quel point j’ai de la chance, dans ma vie privée comme dans ma vie professionnelle.»

Ses parents, devant cette réussite? «Ils éprouvent un sentiment de fierté, et ils le disent. Mais, pour eux, ce n’était pas évident que je quitte le téléjournal, en janvier, pour reprendre Infrarouge. Le TJ, c’est le sommet de l’exposition médiatique, et tous les membres de la famille, même ceux qui sont dispersés à l’autre bout de la planète, pouvaient me suivre sur TV5. Mes parents ont donc regretté mon passage à Infrarouge.»


Amour de la Suisse

Elle, au contraire, se dit ravie. «C’est ce que je souhaitais faire dès le début. Le jour de mon engagement, en 1999, on m’a demandé ce qui m’attirait par-dessus tout. J’ai répondu: animer des débats.» La voilà servie. Et toujours animée par la même passion, car elle est de ces gens qui n’ont pas peur de le dire haut et fort: «J’aime ce pays. Je suis même reconnaissante à la Suisse de m’avoir accueillie comme elle a accueilli mes parents. Je n’oublie pas que je m’appelle Mamarbachi, un nom pas vraiment d’ici, et que j’ai malgré tout présenté le téléjournal.»

Suissesse, Esther l’est depuis l’âge de 8 ans, quand ses parents ont eux-mêmes été naturalisés. Aujourd’hui, elle a trois passeports - le suisse, l’espagnol et le syrien –, mais quand on lui demande de quelle origine elle se sent le plus proche, la réponse tombe comme un coup de cœur: «De Fribourg! Fribourg, c’est chez moi. J’aime cette ville. Je sens que je suis de là.»

Dernière photo: Esther Mamarbachi avec son mari et ses enfants dans son appartement de Carouge. Ah non… Celle-là, elle a dit qu’on pouvait aller se fouiller, on ne l’aurait pas… Sale gamine, va.



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Tags: Esther Mamarbachi, TSR, Infrarouge, journaliste, famille, photos privées Aller en haut de page Haut de page

 

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