Sondage: les Suisses sont-ils décomplexés dans leurs amours? Sont-ils heureux, jaloux? Aiment-ils surprendre l'être aimé?
Analyse: le sexologue Francesco Bianchi-Demicheli: «Les hommes et les femmes se ressemblent plus qu'on ne le pense»
Témoignages: des Romands racontent comment ils vivent leur sexualité
Le chiffre impressionne: 84% des Suisses sedisent heureux en amour. Voilà une des révélations du grand sondage de L'illustré, réalisé auprès de 600 Suisses par l'institut M.I.S Trend. Les enquêtes sont extrêmement rares sur ce sentiment, l'amour avec un grand A, qui rend nos jours plus doux ou plus fous.
D'accord, le Suisse peine souvent à s'avouer malheureux. «Il en est même le plus souvent incapable, ajoute la docteur en sociologie genevoise Eliane Perrin. Il a le sentiment que ce serait indécent face à ce qui se passe dans le monde. On doit s'estimer heureux.» N'empêche: 50,9% des personnes interviewées sont «très heureuses» en amour et 33,1% «assez heureuses».
Ce sondage démontre également que 69% des Suisses ne font jamais des galipettes par obligation, 74,7% ne se sentent pas blessés si leur amoureux se masturbe et que 65% d'entre eux n'iront jamais consulter un sexologue si leur vie amoureuse est en panne. Il met aussi le doigt sur un clivage ou une évolution des mœurs entre jeunes et seniors: si les 55-74 ans avouent avoir vécu une seule vraie passion dans leur vie, les 18-34 ans en ont déjà eu quatre ou cinq.
La menace «tu l'embrasses, je te quitte!» concerne 43,8% des 18-34 ans. Pour eux, un baiser langoureux est déjà de l'adultère. Mais, l'âge venant, nous mettons un peu d'eau dans notre philtre d'amour. Et, si tromper rime avec coucher pour une petite majorité d'Helvètes (38,1%), il faut carrément glisser régulièrement un amant entre ses draps pour commencer à faire enrager les 55-74 ans (23,1%).
«Les deux sexes sont égaux devant la passion amoureuse»
Le sexologue Francesco Bianchi-Demicheli
Les critères socio-démographiques tels que la formation professionnelle, le pouvoir d'achat, l'appartenance politique ou le domicile ne jouent pas un grand rôle dans ce sondage. Tout comme, plus surprenant, la confession. Protestants et catholiques prêchent souvent pour la même paroisse au confessionnal de l'amour: «La Suisse est un pays plurireligieux, explique Eliane Perrin. On discute, donc on rapproche les points de vue.»
Pour L'illustré, le docteur Francesco Bianchi-Demicheli, responsable de la consultation de sexologie aux Hôpitaux universitaires de Genève, commente les résultats de ces dix questions intimes. Et il relève que, «dans ce sondage, l'homme et la femme ne viennent pas de Mars ou Vénus, mais bien de la même planète! Ils se ressemblent plus qu'on le pense sur le plan émotionnel et sexuel.» Bonne nouvelle, non?
Sondage réalisé du 10 au 16 juin 2009 par l'institut M.I.S Trend, à Lausanne et Berne, auprès de 600 citoyens suisses (300 Romands et 300 Alémaniques), âgés de 18 à 74 ans, représentatifs de la population. Les résultats sont pondérés afin de redonner à chaque région linguistique son poids démographique réel. Marge d'erreur sur le total: ±4%; sur chaque région: ±5,5%. A noter que le taux de refus de répondre à certaines questions (5, 6, 7 et 8) était assez élevé, surtout dans la tranche d'âge des 55-74 ans.
Témoignages
«Faire l'amour à 60 ans c'est beaucoup mieux qu'à 30»
Roger-Michel Berger, 64 ans
«Je remarque qu'à 64 ans, j'ai toujours plus de plaisir à découvrir l'autre. On n'a bêtement plus 20 ans, il y a urgence à soigner sa relation. Je porte une attention particulière à la qualité des moments partagés avec ma femme, à être vraiment avec elle. C'est ma troisième épouse, nous nous sommes mariés en mai dernier entourés de nos sept enfants et deux petits-enfants. Sur le plan sexuel, l'âge est une bénédiction, c'est beaucoup mieux! On est plus riche, plus à l'écoute des réactions de l'autre et de ses propres sensations. La vie sexuelle est très importante. J'aime l'amour qui dure, où les sensations viennent par vagues. Adepte du slow sex, je n'ai jamais fait l'amour en trois minutes. Votre sondage montre que les gens de mon âge se sentent trompés dès qu'il y a un deuxième partenaire régulier. Après mes divorces, j'ai eu deux relations en parallèle, cela pendant longtemps. On avait un contrat, on était libres, on ne se racontait rien. Mais c'était un pis-aller, tout était compliqué.»
«J'aime prendre du temps pour les caresses»
Dolorès, 38 ans
«Avec mon homme, je ne suis pas du style à coucher pour apaiser les tensions. Ni à lui passer tous ses caprices par peur de le perdre. Osons dire ce qu'on veut comme ce qui ne convient pas. Plus jeune, j'étais persuadée qu'il fallait faire l'amour 27 fois par jour pour être heureux. Maintenant, s'il n'y a pas de rapport pendant deux semaines, ce n'est pas la fin du monde, tant qu'on peut en parler. Les rapports sexuels, la séduction sont importants. Le plan sous-vêtements est infaillible: tu mets des bas et il se réjouit de rentrer à la maison! Mais je me sens mal à l'aise avec le kit porte-jarretelles-talons-décolleté. j'aime plutôt séduire avec de petites surprises ou en prenant du temps dans les caresses, l'amour. Je suis une sportive dans l'âme, le marathon ne me fait pas peur. De tempérament passionné, généreuse, j'aime donner, sinon je suis frustrée. Aujourd'hui, je vis depuis un an avec un homme à travers qui je me retrouve. On a des envies communes, c'est apaisant, rassurant. Avant, à peine touchée par la fléchette de Cupidon, je fonçais et m'accrochais, même si notre histoire ne marchait pas.»
« Si quelqu'un me plait, je fonce»
Frédéric, 34 ans
«Je suis en plein dans les chiffres du sondage: En marge de plans purement sexuels, j'ai effectivement vécu quatre ou cinq grandes passions amoureuses, et ce n'est pas fini. Je le dis dans le sens qu'on ignore ce que l'avenir nous réserve. En ce moment, je suis très amoureux. Que du bonheur après ma rupture avec la mère de ma fille. Je suis un grand timide, une Balance qui cherche à plaire. Et du genre fidèle, mais il m'est arrivé de tromper une compagne ou d'être trompé. En fait, on est mal dans les deux cas. C'était toujours au moment où la relation périclitait. J'allais voir ailleurs et il m'est arrivé de rompre pour la femme que je venais de croiser. En fait, je m'attache vite. Si quelqu'un me plaît, je fonce. Je ne suis par contre pas très psy, j'ai peur de me dévoiler. Mais j'ai une confidente, une très bonne amie. Bon, on a dérapé une ou deux fois, et il a fallu du temps pour qu'on se fasse à nouveau confiance.»
«Je n'ai pas de tabou à parler de sexe»
Cathy*, 30 ans
«J'ai eu beaucoup d'amants, et pas forcément par choix. Des relations épisodiques, de très jolies histoires d'ailleurs, mais de quelques nuits ou quelques mois avec des hommes libres pour qui j'étais l'amante plutôt que la femme. Mon corps et la danse, ma profession, séduisent. On me trouve belle. Mais je ne le vois plus comme un compliment, car j'ai envie d'une relation qui dure. Je les ai fuies jusqu'à présent par peur de cet amour dont on dit qu'il est périssable. Par peur aussi de souffrir, après avoir connu deux ruptures très douloureuses. Je partage mes problèmes avec deux ou trois très bons amis ou amies. Le paradoxe est que, si je n'ai pas de tabou à parler de sexe, je peine à poser des questions à mon gynécologue! Les réponses à des questions très intimes m'ont d'ailleurs été données par une amie lesbienne. Aujourd'hui, j'ai rencontré un homme. On parle d'avenir, on construit quelque chose. Il y a un côté très reposant. Du coup, je m'étale bien moins sur ma vie sexuelle. Ça me gêne, car mes proches le connaissent.»
*Prénom d'emprunt.
«S'il embrasse une autre je le quitte»
Léa*, 17 ans
«Quand j'ai eu mon premier rapport avec un garçon, une semaine avant mes 16 ans, c'est drôle mais ça m'a décoincée. Avant, j'étais plutôt réservée et pudique. Avec mes parents ou ma grande sœur, on ne parle pas d'amour ou de relations avec les garçons, le sujet est tabou. D'ailleurs, ils ne savent pas ou ne veulent pas savoir que j'ai un copain depuis sept mois. A l'école, je suis dans une classe super ouverte. On est six, trois garçons et trois filles, à tout se raconter, y compris nos expériences sexuelles. C'est rassurant, car on se pose plein de questions. On dit que les jeunes regardent beaucoup de films porno, je n'en ai jamais vu. Quel air bête le jour où mon copain m'a dit: «On fait le 69.» Je ne savais pas ce que c'était! Je ne pourrais pas le tromper. D'ailleurs, s'il embrasse une autre fille, je le quitte! Ensuite, suivant les circonstances, on pourrait peut-être se recoller. Je suis également frappée par le comportement des filles de 13-14 ans. Elles parlent de sexe comme je n'aurais jamais osé le faire. Je ne pensais même pas à cela à cet âge. C'est une réflexion de vieille, non?»
*Prénom d'emprunt.
«On s'est trompés mutuellement»
Ursula*, 47 ans
«On ose beaucoup plus de choses qu'à 20 ans»
Louis*, 52 ans
«Rester vingt-huit ans ensemble, c'est apprendre la tolérance, le respect, voir grandir la complicité et la confiance. Pourtant, nous nous sommes trompés mutuellement. Moi la première. On a eu recours à un thérapeute pour s'en sortir.» «On a appris à parler, raconte Louis, ce qui a peut-être sauvé notre couple quand, à mon tour, j'ai eu une aventure extraconjugale. Je suis plus demandeur qu'elle et c'était une époque où je pensais qu'elle n'avait plus de sentiments pour moi.» Ursula: «Un de nos enfants a été très longuement malade. J'étais tellement sûre de son amour que je ne m'investissais plus dans notre relation. Louis a été un de mes premiers amours. J'étais très réservée à l'époque, alors qu'aujourd'hui on s'est décoincés.» «A ce sujet, il m'arrive de visionner un film X, Ursula le sait et ne me fait pas de scène. J'ai bien des amis qui en regardent en cachette. En fait, on ose beaucoup plus de choses qu'à 20 ans.
L'achat d'un chalet a été aussi un plus pour nos rapports intimes. Pourrait-on à nouveau être infidèles? Je n'en sais rien, Ursula pense que non. Mais elle pourrait très bien se faire draguer, elle est belle, même si elle prétend toujours le contraire!»
*Prénom d'emprunt.
Mister Suisse répond à notre sondage
Etes-vous heureux en amour? Sur une échelle de 1 à 5, diriez-vous que...
... je suis à 5, passionnément amoureux. Même si je sais que la passion n'est pas faite pour durer. La vie et les habitudes de tous les jours font que ma passion va diminuer, j'en suis conscient, mais pour l'instant ce n'est pas le cas.
Combien de fois êtes-vous tombé passionnément amoureux, même si ce n'est que de manière platonique?
Dans ma vie, je suis tombé vraiment amoureux trois fois.
Avec qui parlez-vous de votre vie sexuelle?
J'en parle sans difficultés avec mes amis. Mais je rien ai pas beaucoup, aussi les occasions sont assez limitées.
Si votre vie amoureuse était en panne, iriez-vous consulter?
Je ne consulterais pas.
Vous est-il déjà arrivé de faire l'amour pour préserver la paix du couple?
Oui. (Sourire.) Sans commentaires.
«L'adultère? Dès qu'on embrasse une autre personne»
André Reithebuch, 22 ans est passionnément amoureux.
Essayez-vous de surprendre votre amie pour éviter la routine?
Parfois. Mais je suis encore un peu jeune pour parler de mes expériences. Ma relation la plus longue a duré trois ans.
Vous sentiriez-vous trompé si votre amie se masturbait?
Non.
Quand commence l'adultère?
Dès qu'on embrasse une autre personne. La fidélité est une valeur importante pour moi, j'aurais de la peine à pardonner cet écart.
La sexualité est très présente dans les médias et la publicité. Cela vous dérange-t-il?
Ça me laisse indifférent. Aux jeunes qui passent trop de temps à regarder des images porno sur l'internet ou leur portable, je conseille de faire plus souvent l'amour.
Résultats du sondage et commentaires du sexologue Francesco Bianchi-Demicheli
1 Dans quelle mesure êtes-vous heureux en amour?
Trois Suisses sur quatre sont heureux en couple

Mieux formé, plus heureux: 56,3% des sondés avec une formation supérieure sont «très heureux» en amour, contre 36% de ceux avec une formation de base.
En couple, la vie est plus belle: 63,9% des personnes en couple se disent «très heureuses», alors que 43,2% de celles vivant seules s'avouent seulement «assez heureuses».
«Généralement, les sondages sur la vie sexuelle ne s'intéressent pas à la vie amoureuse en soi. Là, ces questions sur l'amour font ressortir un profil inédit des Suisses, qui se disent heureux. D'après leurs réponses, ils vivent dans le concept de l'union d'amour et les personnes peu ou pas heureuses ne seraient qu'une petite minorité. Il semblerait donc que le choix d'amour est déterminant quand on se lie à quelqu'un et pour faire durer le couple. Si vous posiez la question: «Sexuellement, êtesvous heureux?», vous n'obtiendriez pas ce chiffre. Une harmonie parfaite sur le plan sexuel et amoureux est un idéal pas toujours atteignable. Ce sondage révèle aussi que la félicité amoureuse est fréquente et très équilibrée entre hommes et femmes, entre Suisses romands et alémaniques. Tout cela est réjouissant, car il y a peu de souffrances plus grandes et douloureuses que celles de l'amour.»
2 Combien de fois êtes-vous tombé passionnément amoureux dans votre vie?
(même d'une manière platonique et sans que l'autre personne ne le sache)
7% des Suisses n'ont jamais connu la passion

«Ce sondage brise aussi un tabou: les deux sexes sont égaux devant la passion amoureuse. Alors que beaucoup de personnes croient que les femmes sont plus enclines à tomber amoureuses que les hommes, il montre le contraire: l'amour est un phénomène universel!
» Quant à la fréquence des «coups de foudre» des Suisses, elle se situe dans la moyenne des populations étudiées par d'autres recherches. Des études américaines vont dans le même sens. On découvre que seul un pourcentage très réduit (6,8%) de Suisses n'a jamais connu de grandes passions amoureuses. Mais l'amour vient quand on ne s'y attend pas et tout peut changer en un clin d'œil. On note aussi une évolution avec l'âge: les 18-34 ans avouent quatre à cinq passions (24,3%), alors que les 55-74 ans (22,6%) restent sur une passion, celle d'une vie. On pense parfois que les jeunes d'aujourd'hui vivent sans passion, ce que dément ce sondage: l'état passionnel caractériserait aussi la vie des jeunes.»
3 Vous arrive-t-il de parler de votre vie sexuelle avec...
Près de la moitié des Suisses parlent de leur sexualité avec leur partenaire

A leur partenaire: jamais: 3,7% rarement: 10,3% parfois: 27,3% régulièrement: 46,4% refus: 10,4%
Un(e) ami(e): jamais: 21% rarement: 25,8% parfois: 24,6% régulièrement: 18,6% refus: 9,9%
Un(e) collègue: jamais: 56% rarement: 16,8% parfois: 9,6% régulièrement: 3% refus: 9,4%
A une autre personne: jamais: 66,7% rarement: 11,7% parfois: 8,9% régulièrement: 3,1% refus: 9,6%
«Se confier à l'élu de son cœur semble logique, car la vie sexuelle fait partie de la sphère intime. Plusieurs études en France, en Allemagne et aux Etats-Unis montrent cette tendance. Dans votre sondage, à peine 50% des personnes interviewées en parlent avec leur partenaire. Il y a donc une certaine difficulté à s'exprimer sur le sujet. Si l'on débat énormément de la sexualité dans la société, le sujet semble plus tabou à l'intérieur du couple. Il y a là comme un paradoxe: les gens parleraient facilement de la sexualité des autres, beaucoup moins de la leur. Et ils ne l'évoquent jamais avec des collègues (56%). On ne note également aucune différence significative entre les hommes (parlent «parfois»: 29%; «régulièrement»: 45,9%) et les femmes («parfois»: 25,7%; «régulièrement»: 47%). En revanche, les jeunes de 18 à 34 ans (29,1%) et les femmes (21,6%) semblent se confier plus «régulièrement» à une amie. Encore une fois, hommes et femmes donnent des réponses analogues. Décidément, nous nous ressemblons plus que ce que nous croyons.»
4 Si votre vie amoureuse est en panne, iriez-vous consulter?
Un Suisse sur deux ne consulte pas en cas de problème sexuel

Généraliste: non: 50,6% oui peut-être: 23,6% oui, certainement: 16,6% refus: 9,1%
Psychologue: non: 55,1 % oui peut-être: 27,1% oui, certainement: 8,7% refus: 9,1%
Sexologue: non: 65,4% oui peut-être: 21% oui, certainement: 5% refus: 8,6%
Autre personne: non: 58,1% oui peut-être: 18,5% oui, certainement: 15% refus 8,4%
Les Romands plus ouverts que les Alémaniques: 46,6% des francophones iraient peut-être ou certainement consulter un sexologue, contre 19,4% chez nos voisins.
«Il est intéressant de relever qu'en cas de troubles sexuels les Suisses ont tendance à ne pas aller chez un spécialiste. Seule une minorité consulterait. Ce phénomène se retrouve également dans d'autres pays. Il y a comme une certaine gêne à parler des troubles sexuels en général. Mais ce phénomène peut aussi exprimer un manque de confiance envers les spécialistes. Il est frappant de voir que les psychologues, et plus encore les sexologues, ne seraient consultés que par une minorité de patients. Les troubles sexuels sont pourtant très fréquents. Je pense qu'il est important de faire savoir qu'aujourd'hui la médecine sexuelle et la sexologie sont en pleine expansion, qu'il existe de très bons spécialistes dans le domaine et, surtout, qu'il existe des traitements très efficaces pour ces troubles.»
5 Vous est-il arrivé de faire l'amour parce que vous pensiez qu'il était temps d'avoir a nouveau un rapport sexuel?
(afin de ménager la paix du couple ou par peur de vous faire quitter)
Un Suisse sur six fait l'amour par obligation

Libres: 75,6% des hommes et 62,7% des femmes ne se sentent jamais obligés de faire l'amour.
«En amour, il peut arriver de faire plaisir à l'autre sans en avoir vraiment envie. Cependant, à en croire ce sondage, ce phénomène semble limité. Un chiffre surprend: plus de 13% des hommes chercheraient «parfois» et «souvent» à faire l'amour pour ménager la paix dans le couple ou pour éviter de se faire quitter. C'est une découverte intéressante.
6 Afin de tuer la routine, vous est-il déjà arrivé d'essayer de surprendre votre partenaire lors de vos rapports sexuels?
Un quart des Suisses n'essaient jamais de créer la surprise dans leur couple

La routine, une affaire d'âge: 56,3% des 18-34 ans, 48,2% des 35-54 et 33,6% des 55-74 ans surprennent «parfois» leur moitié pour tuer l'habitude.
«Le facteur surprise serait peu expérimenté dans la vie sexuelle des Suisses. Pourtant, la capacité de surprendre, la fantaisie, la créativité sont des éléments importants de l'érotisme. Nous sommes les acteurs de notre sexualité. La routine n'est pas une fatalité, mais quelque chose qui se construit, que nous construisons. Pour y échapper, la fantaisie, la capacité de se réinventer, d'innover sont les ingrédients constituant une dynamique positive dans notre vie amoureuse et sexuelle.»
7 Vous sentiriez-vous trompe si votre partenaire prenait du plaisir seul?
Trois quarts des Suisses ne se sentent pas blessés si leur partenaire se masturbe

Prudes catholiques: si leur partenaire se masturbe, les protestants ne sont que 17,8% à être blessés, alors que 27,6% des catholiques le supportent mal.
«En répondant à cette question, la majorité des interviewés disent ne pas se sentir gênés par le fait que leur partenaire puisse prendre du plaisir seul. Seule une minorité le serait. Cette gêne peut s'expliquer par une certaine jalousie de ne pas partager la totalité de la vie de l'autre, par le manque de confiance en soi, par la peur de ne pas suffire ou que le partenaire puisse partager ses fantasmes avec une tierce personne. Du point de vue sexologique, le plaisir solitaire n'est généralement pas quelque chose s'inscrivant dans un problème de couple. La masturbation peut réguler des pulsions sexuelles et contribuer à améliorer l'harmonie du couple. Le plaisir seul se nourrit de fantasmes, ingrédients nécessaires au développement de l'érotisme du couple.»
8 Pour vous l'adultère ou l'infidélité commence dès...
... que l'on embrasse une autre personne, pour un quart des Suisses

Les Romands sont plus jaloux. A la question «l'adultère commence-t-il dès que l'on pense à quelqu'un d'autre?», 14% des Romands répondent oui, contre 5,7% des Alémaniques.
«Les limites de la perception de l'infidélité sont personnelles. La jalousie peut être justifiée, exagérée ou même pathologique. Dans une étude mondiale, David Buss, professeur de psychologie évolutionniste à l'Université du Texas, démontre que, dans le choix du partenaire, les femmes accordent une grande importance au statut social, tandis que les hommes se concentrent surtout sur des caractéristiques comme l'âge et la beauté. Selon lui, il existe une différence hommes/ femmes dans la jalousie. Si la jalousie de la femme est surtout émotionnelle, elle est principalement sexuelle chez l'homme. Cela dit, ce sentiment douloureux de jalousie, justifié ou non, exprime une peur, une menace pour le couple et pour soi. L'âge apporte cependant des nuances: dans ce sondage, pour les jeunes de 18 à 34 ans (43,8%), l'infidélité commence dès que l'on embrasse quelqu'un d'autre. Mais, si l'on retient le critère «dès qu'on a un deuxième rapport régulier», c'est chez les 55-74 ans qu'il est le plus élevé (23,1%). L'expérience de la vie peut nous rendre plus tolérant ou réaliste.»
9 La sexualité dans les médias et la publicité vous dérange-t-elle?
La majorité des Suisses ne sont pas du tout ou pas vraiment choqués par notre univers erotisé

Les hommes moins choqués: 40,3% des hommes et 31,5% des femmes ne se montrent «pas du tout» gênés.
«Il y a une distinction entre pornographie et érotisme. L'érotisme est un concept privé qui se différencie du style pornographique. Beaucoup de designers et créateurs s'inspirent du style artistique érotique dans leurs créations. Le style érotique est socialement reconnu comme un moyen de séduction au sens noble du terme. Dans le style érotique, les corps sont plus souvent devinés que montrés. Ce jeu de séduction discret permet à tout un chacun de laisser flâner son imagination.»
10 L'omniprésence d'images érotiques a-t-elle fait évoluer vos pratiques sexuelles?
Trois quarts des Suisses ne sont pas influencés par les médias et la publicité dans leur manière de faire l'amour

Pas besoin de modèle: les Romands (64,3%) sont plus nombreux que les Alémaniques (48,7) à dire que l'environnement érotique n'a rien changé à leurs pratiques sexuelles.
«Il y aurait donc un clivage: on discourt facilement de la sexualité en général, mais il reste parfois difficile de parler de la sienne, malgré le bombardement mercantile du produit sexe. Si l'on encourageait une meilleure information, on pourrait améliorer les relations de couple, apprendre à mieux se connaître, à s'épanouir. Mais n'oublions pas: laisser un halo de mystère, de transgression et de non-dit représente aussi un aspect important de l'érotisme.»