La longue comédie de l’été politique s’est achevée là où elle avait débuté: par l’élection de celui dont le nom fut prononcé dans les dix secondes suivant la démission de Pascal Couchepin.
Didier Burkhalter n’était guère le candidat des médias. Ces derniers préfèrent des friandises fourrées de surprises et de bagarres à suspens. Burkhalter n’incarne pas la surprise: son arrivée au gouvernement faisait partie du plausible. Il n’incarne pas la bagarre: cette plausibilité de futur ministre s’étant précisément construite sur l’art de ne froisser quasi personne.
Paradoxalement, au point où se trouve le gouvernement suisse, cette absence d’abrasion est sa chance. «Souris grise», lit-on. Rongeur pour rongeur, c’est à lui de décider maintenant s’il entend faire de son mandat une histoire de mulot apeuré, ou au contraire celle du bienheureux rat célébré par l’astrologie chinoise: ambitieux, imaginatif et charmeur.
«Souris grise», lit-on. A lui de transformer son mandat en celui du rat de l’astrologie chinoise: ambitieux, imaginatif et charmeur.
Didier Burkhalter aime la Suisse en ses institutions. Il a mis beaucoup d’énergie ces dernières semaines à répéter cette contrée de cocagne. Notre pays a ces temps moins d’amis en Europe et ailleurs, ce qui le met sous pression? Au contraire, réplique-t-il: nous sommes admirés partout, le reste n’est qu’alarmisme politico-journalistique. Notre système de santé va mal? Pas du tout, dit Burkhalter. Les soins sont excellents, c’est leur volume le problème. Il s’agit seulement, grâce notamment aux systèmes de réseaux de soins, de rendre cela un peu moins cher. Mais pas question de toucher, confie-t-il par exemple à L’Hebdo, au prix des médicaments. Les lobbyistes des entreprises pharmaceutiques au Parlement peuvent dormir tranquilles.
L’armée et ses réformes? Envisageant vaguement d’exfiltrer militairement les otages en Libye, ou de participer à l’opération Atalante visant à lutter contre les attaques dans le golfe d’Aden, Didier Burkhalter n’énerve guère l’UDC. Il dit seulement aux Suisses la confiance totale qu’il a en leurs soldats. Capables d’un raid de commando astucieux sur Tripoli, ou de faire efficacement le coup de main contre des pirates somaliens: qui dit mieux? Surtout si l’on en reste aux intentions.
Didier Burkhalter entend ainsi rétablir une confiance, lutter contre une manière de complexe helvétique. C’est légitime, et clamé haut par ce ministre à la belle aura d’honnête homme. Mais le courage politique, c’est aussi regarder quelques rudes problèmes en face, quitte à devoir passer parfois des convictions de principe aux réalités d’un terrain miné: c’est tout le chemin que l’on souhaite, le plus sincèrement du monde, au conseiller fédéral Didier Burkhalter.