«La rumeur circulait dans le Tout-Paris depuis quelques semaines», admet Jean-François Kahn, de Marianne. Le couple présidentiel se serait éloigné, Carla serait lasse, chacun vivrait sa vie de son côté…
D’où ça sort?
Il y a exactement un mois, L’illustré titrait «Carla s’est rembrunie». Sous-titre: «Après près de trois ans dans le rôle de première dame de France, Carla Bruni-Sarkozy commence à montrer quelques signes de lassitude et d’agacement.»
Depuis, les indices s’amoncellent. Carla a passé quelques jours seule au Cap Nègre, reçoit souvent chez elle et non à l’Elysée, se promène incognito dans Paris, coiffée d’une perruque. Elle n’a pas accompagné son mari à la maternité où est né Solal, le fils de Jean Sarkozy.
Le premier écrit est daté du 5 mars et signé par le journalisteblogueur Arnauld Champrenier-Trigano sur leblogact.com. Titre: «Biolay, Bruni et Sarkozy. La boîte de Pandore est ouverte…»
Comment se répand-elle?
Le 6 mars, un autre journaliste du web, Johan Hufnagel, relaie la rumeur sur le site de réseau social Twitter. Ancien de Libération.fr et de 20minutes.fr, Hufnagel est un internaute influent. Ses twits (gazouillis) sont lus, repris ou commentés par des milliers de personnes. Le 7 mars, un blog va plus loin et évoque pour la première fois une possible liaison entre Nicolas Sarkozy et la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno. Problème: ce blog est hébergé par le site internet du Journal du Dimanche, un titre sérieux appartenant à un proche de Nicolas Sarkozy, Arnaud Lagardère. Un pont est jeté entre les médias électroniques et les médias traditionnels. Les journaux anglais sont les premiers à se jeter sur l’aubaine. Se retranchant derrière le prestige du JDD, le Sun et le Daily Telegraph épinglent le couple présidentiel. En quelques jours, 700 sites internet relaient une «info» que n’a toujours pas étayée le moindre fait nouveau.
Quelle passerelle entre la Toile et le papier?
Vendredi 12 mars, l’association Reporters sans frontières remettait à Paris le prix Net citoyen à l’occasion de la Journée mondiale contre la cybercensure. Johan Hufnagel assistait à la cérémonie. Pour beaucoup de gens, l’internet est un lieu où l’on peut tout dire. Le fait que plusieurs journalistes aient lancé le buzz accrédite un peu plus l’idée que le web est un espace de liberté dans un paysage médiatique rongé par les intérêts économiques et la censure.
Les initiateurs ont une audience et une crédibilité. Si le passage vers le support papier s’effectue, c’est parce que les journaux étrangers ont cru au sérieux du blog du JDD, puis du site LePost.fr, filiale du Monde. Après, c’est comme une brèche dans un barrage: il suffit qu’un peu d’eau s’infiltre dans une fente pour que tout l’édifice cède. «Parlons-en, puisque de toute façon tout le monde va en parler», résume Jean-François Kahn. On retrouve Carla, Nicolas, Chantal et Benjamin dans le Daily Mirror, le Daily Mail (Angleterre), El País, El Mundo (Espagne), La Reppublica, La Stampa (Italie), Die Welt, Bild (Allemagne), Gulf News (Dubaï), La Nación (Argentine). Et, logiquement, dans Courrier International.
Pourquoi on y croit?
Parce qu’il n’y a pas besoin que l’info soit vraie, il suffit qu’elle paraisse vraisemblable. Et, là, la rumeur tape tout de même plus dans la cible que celle du mois dernier, qui susurrait que le président s’était fait installer un four à pizzas dans son avion privé… Carla Bruni est une séductrice assumée, qui avoue ne pas croire à la monogamie. Elle a travaillé avec Benjamin Biolay sur son troisième album. Elle est déjà sortie avec de nombreux musiciens. De son côté, Nicolas Sarkozy n’est pas homme à se laisser quitter sans réagir. Il a eu une aventure avec la journaliste Anne Fulda lorsque Cécilia le quitta la première fois puis, sitôt leur rupture définitive, s’est très vite consolé avec Carla. Il serait plausible de le voir avec Chantal Jouanno, la jeune et jolie secrétaire d’Etat à l’Ecologie. Une femme d’action, comme lui, plusieurs fois championne de France de karaté.
«Avez-vous des photos de mon mari avec une autre?»
Carla Bruni-Sarkozy
La rumeur pousse donc dans un terreau fertile. «La vie privée du président est l’un des objets favoris des discussions entre confrères», observe Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris de La Tribune de Genève. Et s’ils en causent, c’est qu’il doit y avoir des choses à dire!
Quel rôle a joué la Suisse?
La Tribune de Genève et 24 heures sont les premiers quotidiens suisses à reproduire le buzz sur papier journal. Ils sont abondamment cités par la presse hexagonale. Pourquoi? Tout d’abord parce que la législation française ne peut intervenir hors du territoire national. Anglais et Belges profiteront aussi de cette liberté. Les journaux suisses ont de plus pris l’habitude, ces dernières années, de dire ce que leurs confrères français ne peuvent pas dire: par exemple les résultats des élections ou les derniers sondages. Les Suisses disent également ce que les Français n’osent pas dire. C’est Le Matin qui a confirmé que Cécilia avait quitté Nicolas Sarkozy pour Richard Attias, c’est la TSR qui a montré que l’entourage du président Sarkozy sélectionnait des figurants de petite taille pour ses meetings.
A qui profite la rumeur?
Aux ennemis de Nicolas Sarkozy? Peut-être, mais c’est plus un coup bas qu’un coup dur. De Berlusconi à Clinton, en passant par Mitterrand, les histoires d’adultère ont rarement affaibli les hommes politiques. A Sarkozy lui-même? Pour détourner l’attention, voire attirer la sympathie avant les élections régionales? Difficile de croire à un coup monté. L’entourage du président aurait laissé filtrer des infos, il n’en fut rien. Alors que Nicolas Sarkozy apparaît 1541 fois dans les médias traditionnels français entre le 8 et le 13 mars, aucun journal d’information ne traite l’affaire. Rien dans Le Monde, rien dans Libé, qui se fend d’un commentaire pour expliquer pourquoi il n’en parle pas. Rien non plus dans Paris Match, rien dans VSD. Seuls Voici, du bout des lèvres, et Closer, plus courageusement, abordent le problème.
En fait, la rumeur profite surtout à ceux qui l’ont lancée et qui se sont fait mousser à peu de frais. «Moi, je n’ai aucune info et n’en donne aucune. C’était juste une vanne…» se défend aujourd’hui le blogueur Johan Hufnagel.
Comment ont-ils réagi?
Interviewée par la chaîne anglaise Sky News, Carla Bruni a démenti étrangement. «J’ai confiance en mon mari, vraiment.» D’accord. «Je pense qu’un mariage devrait durer toujours, mais qui sait ce qui peut arriver. J’espère que ce sera pour toujours, c’est mon espoir.» Ah bon? «Mon mariage est un conte de fées.» C’est un peu trop. Presque défiante, elle conclut: «Et avez-vous jamais vu une photo de lui avec une liaison?»
Plus catégorique, Nicolas Sarkozy a refusé de s’étendre sur «ces élucubrations». Chantal Jouanno a déploré dans un chat avec les internautes (toujours eux!) de Libération «une rumeur absurde et ignoble (…) qui porte atteinte à mon honneur et à celui de ma famille».
Seul Benjamin Biolay ne s’est pas exprimé. Peut-être le 27 mars, lors de son concert à Genève?
Dimanche, Nicolas Sarkozy et son épouse sont apparus pour la première fois ensemble depuis le début de l’affaire. Le couple a voté pour le premier tour des élections régionales au bureau de vote 44 du XVIe arrondissement de Paris, dans les locaux du lycée Jean de La Fontaine. Pour tordre le cou à la rumeur ou pour prolonger la fable? L. Fe
Une collectionneuse
Carla Bruni a eu de nombreux hommes dans sa vie, tous célèbres, avant que Nicolas ne la rende monogame.
Belle,
riche, intelligente et libre, Carla Bruni peut avoir tous les hommes
qu’elle veut. Pendant longtemps, elle ne s’en est pas privée. On lui
connaît des liaisons avec les musiciens Mick Jagger, Eric Clapton et
Jean-Jacques Goldman, le cinéaste Leos Carax, les acteurs Vincent Perez
et Charles Berling, l’avocat Arno Klarsfeld, le philosophe Jean-Paul
Enthoven et son fils Raphaël, et Laurent Fabius.
Dans une
chanson, elle s’en amuse. «J’en connais tellement que ça me prend trop
de temps. Et ma pauvre maman se demande en soupirant: est-ce que c’est
de ma faute à moi si ma fille est comme ça?»
Un chasseur à l’affût
Pour Nicolas Sarkozy, le pouvoir est d’abord une affaire de séduction. Et ses séductions sont des conquêtes.
Les
hommes politiques sont de grands séducteurs. La femme est pour eux
comme l’électeur: un bastion à conquérir. Marié en 1983 à
Marie-Dominique Culioli, il la quitte pour Cécilia Ciganer-Albenitz,
qu’il avait luimême mariée à Jacques Martin. Lorsque Cécilia le quitte
une première fois, il se console avec la journaliste Anne Fulda. On lui
prête des liaisons avec Claude Chirac, Laurence Ferrari et Rachida Dati.
Lorsque
Rachida Dati visita les appartements privés de l’Elysée, Carla Bruni
lui lança en passant devant le lit présidentiel: «Tu aurais bien aimé
l’occuper, n’est-ce pas?»