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LE DOSSIER PLANÈTE DE «L’ILLUSTRÉ»
«ON PEUT FAIRE MIEUX AVEC MOINS»
Les pays développés, et donc la Suisse, vivent, produisent, consomment au-dessus des moyens de la Terre. L’initiative pour une économie verte vise à corriger le tir en douceur. Utopie? La conseillère nationale ADÈLE THORENS explique les bases de cette (r)évolution.

Par Philippe Clot - Mis en ligne le 09.02.2011

Pouvez-vous en préambule expliquer et résumer l’enjeu de cette initiative en quelques phrases?

Il y a une expression centrale dans cette initiative: «économie circulaire». Aujourd’hui, l’économie est linéaire, c’est-à-dire qu’on extrait des ressources, puis on les transforme en biens de consommation qu’on finit par jeter, au fil d’un processus qui pollue et produit des déchets. Une économie circulaire s’inspire en revanche des cycles de la nature afin de n’émettre qu’un minimum de pollution et de déchets. Le compostage, qui consiste à redonner à la nature nos déchets alimentaires, est un exemple simple et idéal d’économie circulaire.

Mais la plupart de nos activités de production et de consommation sont moins «vertement» dociles que le compostage…

C’est juste. Mais il existe déjà des exemples de matériaux ou de produits dont l’économie ne savait plus quoi faire et qui sont recyclés ou réutilisés. Les fameux sacs Freitag, par exemple, sont fabriqués à base de bâches usagées. Inscrire ce type de processus dans la Constitution permettrait d’encourager l’évolution à long terme vers une économie plus verte. L’Allemagne et le Japon possèdent déjà des lois allant dans ce sens.

«Encourager», en l’occurrence, cela signifie «financer», non?

Tout à fait. On arrive vite à la question qui fâche, l’argent! (Rire.) Nous avons donc prévu une série d’instruments financiers. Certains d’entre eux sont des dépenses. Il s’agit d’investir massivement dans la formation et dans la recherche pour développer des matériaux et des processus plus écologiques, ou encore de soutenir les produits innovants.

Où trouver l’argent nécessaire?

Par exemple avec une taxe comme celle qui existe déjà sur le mazout, c’est-à-dire une taxe sur des ressources non renouvelables, une taxe qui sert en l’occurrence à aider les propriétaires à isoler leur bâtiment. Il ne s’agit pas d’un impôt supplémentaire, car on réinjecte directement l’argent dans la société pour encourager les choix positifs.

Un exemple de filière qui serait taxée si votre initiative passe?

Ce sera au Parlement et au Conseil fédéral de décider, si notre initiative passe, de l’opportunité d’une telle taxe. Mais on pourrait penser à certains métaux rares, très utilisés dans l’industrie des produits électroniques ou à des plastiques, dont on abuse dans les emballages. Il faut que l’économie soit plus efficiente. On peut faire mieux avec moins! Taxer l’exploitation de certaines ressources permettrait en outre de financer la recherche et les soutiens à l’économie verte.

Pourquoi ces mécanismes ne s’imposent-ils pas d’eux-mêmes?

Parce que le marché n’internalise pas spontanément les coûts écologiques liés aux atteintes portées à l’environnement. C’est encore et toujours l’Etat, donc les contribuables, qui paie la facture. Cette initiative vise justement à donner à l’Etat les moyens juridiques de corriger ce dysfonctionnement du marché.

Les partisans du libéralisme vous reprocheront de mettre plus d’Etat dans l’économie.

La raison d’être de notre initiative consiste d’abord à corriger des dysfonctionnements du marché. Et il n’y a pas que le bâton dans notre initiative, il y a aussi la carotte! Les entreprises qui s’efforcent de diminuer leur empreinte écologique et qui économisent donc des coûts à la société seraient récompensées par une fiscalité plus avantageuse. Dans l’économie, comme dans la vie en général, il faut savoir dire merci!

 


L’économie suisse tourne comme s’il existait trois Terres

Le but d’une économie verte, c’est de ramener L’EMPREINTE ÉCOLOGIQUE de l’humanité à une taille supportable pour la Terre. Or, selon la méthode de mesure du Global Footprint Network, il faudrait une Terre et demie pour garantir, aujourd’hui et de justesse, le renouvellement des ressources naturelles. Mais quelle différence d’empreinte entre les pays!

1ers, les Emirats arabes unis

La fédération du Golfe est la championne du gaspillage de ressources en moyenne par habitant. Si tous les pays faisaient comme elle, il faudrait six Terres pour éviter le crash rapide. De la patinoire couverte en plein désert aux usines de dessalement d’eau, le pétrole finance tout et fait tout marcher. Notons que le Qatar (avant même d’avoir construit ses stades de foot…) talonne son voisin à la deuxième place.

6es, les Etats-Unis

La grande puissance mondiale reste fidèle, dans le rapport Planète vivante 2010 du WWF, à sa réputation d’émetteur invétéré de CO2 par habitant. Les Etats-Unis sont en revanche écologiquement et économiquement plus corrects sur les cinq autres outils de mesure (pâturages, forêts, pêche, terres cultivées et terrains bâtis).

27e, la Suisse

Sa bonne prospérité par habitant ne propulse pas pour autant la Suisse au rang des superdévoreurs de ressources. Nous sommes encadrés par nos deux voisins directs, l’Allemagne (26e) et la France (28e). C’est très clairement sur l’empreinte carbone que la Suisse devrait et pourrait faire mieux.

73e, la Chine

Malgré son industrie tournant à plein régime et au charbon, la Chine se retrouve au milieu de ce classement et ne dépasse que de très peu la capacité de renouvellement du globe. Comment est-ce possible? Tout simplement parce que l’écrasante majorité du milliard et demi de Chinois consomme et utilise encore très peu de ressources et de surfaces.

155e et dernier, le Timor oriental

Si l’économie mondiale se calquait sur l’économie et le peuple timorais, la population du globe pourrait quadrupler et elle respecterait encore la limite de régénération de la biosphère.

Les icônes représentent combien de Terres il faudrait pour subvenir aux besoins des pays cités et pour garantir le renouvellement des ressources.



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Tags: Dossier planète, environnement, écologie, initiative pour une économie verte, Adèle Thorens Aller en haut de page Haut de page

 

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