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RÉCIT DE VOYAGE
RETOUR D'ÉGYPTE
Avant de devenir l’écrivain à succès qu’il est désormais, Douglas Kennedy avait entamé sa carrière par un court récit de voyage. Premiers pas d’un romancier.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 20.05.2010
A Dublin, où réside à l’époque l’Américain Douglas Kennedy, sa dernière pièce de théâtre a été copieusement éreintée par la critique. Dans la foulée, le journal local qui publiait ses chroniques le remercie brutalement. «A la suite de ces deux catastrophes presque simultanées, j’ai donc réagi comme je le fais chaque fois que l’existence a tendance à devenir plutôt insupportable: j’ai disparu de la scène et je me suis remis au boulot.» A 30 ans (il est né en 1955), le futur auteur de L’homme qui voulait vivre sa vie et de Quitter le monde fait déjà preuve de la volonté et de la discipline qui transformeront bientôt ses talents en best-sellers. Mais il n’est pas encore écrivain lorsqu’il s’embarque pour un voyage en Egypte avec l’ambition d’en ramener un récit de voyage. Il a 2600 francs en poche et rentrera avec 5 trois mois plus tard… Et autant de carnets de notes bien remplis.

AU-DELÀ DES CLICHÉS

Flaubert, Kipling, Nerval: Kennedy connaît ses classiques, mais il décide de se tenir résolument à l’écart des pyramides, des bords du Nil et autres cartes postales. Romantique pourtant, il entame son voyage à l’ancienne et débarque en Egypte au port d’Alexandrie, via Venise, après quelques jours passés dans l’Orient-Express. Sous le bras, un vieux guide touristique que s’arrachent désormais les collectionneurs: le fameux Baedeker, édition 1929. Mais c’est bien de l’Egypte d’aujourd’hui qu’il va à la rencontre, celle de l’automne 1985, date de son voyage. Le président Anouar el-Sadate a été assassiné quatre ans plus tôt. Ronald Reagan est à la Maison Blanche. Les Palestiniens viennent de détourner le bateau de croisière Achille Lauro. Ambiance.

Les livres de voyage sont formidables parce qu’ils autorisent tous les genres de l’écriture. Du récit au dialogue, du reportage journalistique aux moments de pure poésie.

Pour quelqu’un comme Kennedy, qui n’a ni les yeux ni la langue dans sa poche, ces chroniques du quotidien en marche sont aussi l’occasion de quelques savoureux coups de gueule, par exemple contre l’envahissement de la «culture» américaine (Kentucky Fried Chicken + Coca & Co. à tous les coins de rue) ou simplement l’impéritie des fonctionnaires, par exemple lorsqu’il s’agit de prolonger un visa… Mais Kennedy en Egypte, c’est aussi la visite qu’il rend à une carmélite irlandaise cloîtrée au cœur du Caire, ou la plongée parmi les pauvres d’entre les pauvres et qui vivent parmi les caveaux d’un cimetière hallucinant. C’est encore la rencontre avec l’homme aux trois épouses et qui voudrait tellement vivre seul; celle avec des Bédouins accros à CNN. C’est aussi sa visite à Siwa, à l’époque où la grande oasis était encore une zone militaire quasi interdite aux touristes…

Un récit de voyage est une porte ouverte sur le roman, aussi certain qu’à partir de visions et de rencontres bien réelles, le raconteur d’histoires conserve toute sa liberté. Précision du trait, sens de l’humour, goût pour le suspense: les qualités du futur romancier brillent déjà audelà des pyramides.


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Tags: culture, livre, littérature, Douglas Kennedy, Egypte Aller en haut de page Haut de page

 

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