Pour Laurence Rochat, 30 ans, Vancouver représente ses troisièmes et derniers Jeux. L’apothéose sereine d’une carrière sportive marquée par une médaille de bronze en relais à Salt Lake City. Pour Philippe Rochat, 56 ans, au contraire, il s’agit de ses tout premiers Jeux. La découverte ébahie d’un monde nouveau, du gigantisme d’un tel événement. «Tout cela provoque un mélange d’émotions incroyables, c’est un privilège d’être ici», s’émerveille le patron du Restaurant de l’Hôtel de Ville de Crissier, venu au Canada soutenir la fondeuse, avec qui il forme depuis 2007 un couple tout en discrétion.
«Avoir Philippe à mes côtés, ça me rend plus forte»
Laurence Rochat
Ce voyage au Canada s’est décidé au mois d’août dernier. Le président du CIO, Jacques Rogge, invite alors Philippe Rochat aux Jeux. Ce dernier hésite. Laurence marche encore à l’aide de béquilles à la suite d’une opération au talon gauche. Une participation aux JO est incertaine. «Mais elle m’a assuré qu’elle serait à Vancouver. Elle s’y est vue.» Alors le cuisinier organise le déplacement. Il ne partira pas seul. Il emmène avec lui son cousin Roger Bourban, son «cousin d’Amérique», comme il dit, parce que celui-ci a vécu en Alaska et à Beverly Hills, l’un de ses meilleurs amis, Koni Hallenbarter, le fameux fondeur haut-valaisan des années 80, et Michel Rochat, le père de Laurence.
Le chef de Crissier a eu raison d’y croire. Laurence est aux Jeux, même si Swiss Olympic a fait durer le suspense en hésitant à homologuer l’un de ses résultats. «Cette qualification est la plus belle, car elle a été la plus difficile. Et avoir Philippe ici à mes côtés, mon papa, les amis, ça me rend plus forte», insiste Laurence Rochat, qui visera un résultat sur le Parc olympique de la station de Whistler lors de l’épreuve du 30 kilomètres. Celle-ci se déroulera à la veille de la cérémonie de clôture, le samedi 27 février. Hormis la compétition, ces jours passés en Colombie-Britannique sont des moments précieux pour les deux Rochat, dans ce Canada si accueillant, où tout respire la passion du sport. Ensemble, ils sont allés assister à d’autres compétitions, comme le bob. Grand fan de hockey, Philippe Rochat était également présent aux rencontres de la Suisse contre les Etats-Unis, puis contre le Canada. Inoubliables.
Discrète complicité
«C’est justement cet amour du sport qui nous unit, Laurence et moi», confie Philippe Rochat. «Nous aimons les mêmes choses, confirme la Vaudoise. Le VTT, mais surtout le ski de fond. Là, tu es vraiment en lien avec la nature.» Juste avant de s’envoler pour les Jeux, ils se sont offert deux jours de randonnée à skis de fond entre le Mollendruz et le Marchairuz. Un classique. L’attachement à la vallée de Joux représente encore un lien très fort entre ces deux Combiers, au même titre que la cuisine. «Si Laurence n’avait pas aimé manger, je ne sais pas si ça aurait vraiment pu coller entre nous», lance soudain taquin le chef aux trois étoiles Michelin. «C’est vrai qu’après le sport, ce que je préfère, c’est bien manger», sourit la skieuse.
Il y a de la complicité entre ces deux-là. Mais ils ne dévoileront pas davantage leur vie privée. Ils ont la pudeur des gens de la montagne. Et aussi la volonté de se protéger d’une trop grande médiatisation. Philippe Rochat en a souffert lors du décès de sa femme Franziska Rochat-Moser, en mars 2002, dans un tragique accident de montagne. Aujourd’hui, un nouveau chapitre s’est ouvert. Il ne s’écrira pas forcément sous la lumière des projecteurs, malgré la notoriété du chef et de la sportive, bien décidés à préserver leur jardin secret.
Le séjour au Canada de Philippe Rochat touche à sa fin. Il ne pourra malheureusement pas rester jusqu’à la course de Laurence. «Quand j’ai dû réserver les dates du voyage, nous ne savions pas encore pour quelles épreuves elle serait qualifiée. Et je ne peux pas fermer le restaurant plus longtemps. Il y a cinquante employés qui m’attendent.» Bien évidemment, il suivra la course à la télévision. Laurence, elle, se prépare pour ce qui pourrait être la dernière grande compétition de sa carrière: «Je ne sais pas encore si je continue ou non. Je ferai le point plus tard. Là, mon but, c’est d’être prête le jour J. Et qui sait? Je n’ai pas de pression.» Quelle que soit sa décision future, Laurence n’en aura jamais fini avec le ski de fond. Il y aura encore de nombreuses balades sur les cimes enneigées de la Vallée, avec Philippe.