Il n’est pas homme à donner beaucoup d’interviews. Ernesto Bertarelli entretient avec la communication des relations complexes et prudentes, marquées par ses triomphes entrepreneuriaux.
Pour faire simple, il lui est naturel de parler de résultats ou de technologies, de la science médicale ou du carbone léger d’une coque de voilier, de la magie des équipes à fédérer dans un but commun. Il lui est possible de s’exprimer avec force sur ces thèmes afin de convaincre autant que de faire partager.
Mais l’exigeante déesse aux cent bouches des médias a aussi fait de lui un people. Il n’aime guère cela. Les deux victoires d’Alinghi dans la Coupe de l’America ont créé une belle écume d’ivresse populaire. Il n’a pas toujours su ou voulu y répondre. C’est son droit absolu et légitime: il entend protéger sa vie privée, sa famille. Il n’apprécie pas de s’expliquer sur ses combats, ses envies, ses sentiments, ses colères peut-être, ou les guerres juridiques à mener pour conserver le plus vieux trophée sportif du monde.
Il en a résulté une série de malentendus. Celui des régates de milliardaires. Celui des enfants gâtés voguant carrosse, prenant la vie brise dans le dos et bataillant par très chers cabinets d’avocats interposés. Celui de ces règlements de l’America amendables à merci par le vainqueur, donc soupçonnés d’inéquité.
La déesse aux cent bouches des médias a fait de Bertarelli un people. Il en a résulté une série de malentendus.
Dès lors, si gagner deux fois la Coupe de l’America est faramineux pour un pays sans accès maritime, ces exploits sidérants furent ces dernières années noyés dans le pot au noir des incessantes querelles entre Bertarelli et Larry Ellison, son adversaire d’Oracle.
Le Genevois a donc décidé de parler plus et plus ouvertement (lire l’entretien accordé à Laurent Favre en page 18). Une nuance d’attitude importante, accompagnant l’énorme intérêt suscité par son incroyable nouveau catamaran géant. Bertarelli connaît de l’existence l’idée qu’il faut dépenser parfois beaucoup d’orgueil pour en savoir la vanité. Alors, du Léman au golfe Persique, il insuffle de nouveau, peu à peu, la risée de l’aventure au cœur des Suisses, portant l’étendard national en haut de son mât, regagnant avec finesse l’admiration sportive du public.
C’est une grande course de bateaux, unique et légendaire, qui aura lieu en février prochain. Une régate ancienne, qu’il doit replacer en sa juste perspective. Pas celle d’un duel d’hommes très riches. Juste un duel d’hommes déterminés et portés par leur rêve. Que les vents soient avec eux.