Par
Michel Jeanneret - Mis en ligne le 19.10.2010
C’était il y a quarante ans. Le peuple suisse refusait de justesse l’initiative lancée par une poignée d’extrémistes de droite, emmenés par James Schwarzenbach, qui prévoyait de chasser 300 000 étrangers du territoire helvétique. C’était il y a quarante ans, mais l’émotion reste vive, lorsqu’on évoque une période où le Rital était considéré comme un profiteur venu «bouffer» le pain des Suisses. C’est pour donner la parole à ceux qui en ont souffert, aujourd’hui pleinement intégrés dans notre pays, qu’un film documentaire a vu le jour (lire en page 46). Il sera notamment mis à disposition des écoles, afin que l’on apprenne de ce qui a bien failli être une regrettable verrue de l’histoire.
Car l’humanité est ainsi faite qu’elle n’en retient jamais vraiment les leçons. Quarante ans plus tard, la Suisse s’apprête à voter sur un texte de l’UDC qui prévoit d’expulser tout étranger ayant commis un délit, même mineur, du territoire helvétique. Bien sûr, la situation n’est pas totalement identique, mais ses ressorts sont strictement les mêmes. L’arbitraire, tout d’abord. Alors que Schwarzenbach se fondait sur des critères aussi absurdes que l’ancienneté de résidence, l’initiative de la bande à Blocher prévoit le renvoi systématique de tout étranger qui commettrait un délit, sans distinguer sa gravité et sans possibilité de recours. Une preuve supplémentaire de la vision manichéenne et simplificatrice que porte l’UDC sur le monde. Une arme malheureusement nécessaire, lorsqu’on prétend inventer ce qui existe. Car renvoyer dans leur pays ceux qui commettent des crimes est déjà possible. Plus de 400 ressortissants étrangers en font l’expérience chaque année et personne ne le conteste.
La tromperie, ensuite. Alors que Schwarzenbach voulait faire croire que les étrangers menaçaient une économie suisse qui se portait à merveille, l’UDC prétend lutter contre la hausse d’une criminalité pourtant en diminution, comme le montrent les statistiques. Quand la réalité ne vient pas servir ses buts, il est si facile de la bricoler un peu. C’est même nécessaire lorsqu’on est un parti populiste qui n’est pas taillé pour offrir des réponses nuancées à des problèmes complexes et peu porteurs sur le front électoral.
Des problèmes, il y en a, pourtant. La Suisse se porte bien, mais elle n’est pas sans souci. L’apprentissage et la formation des jeunes, la politique des transports, le financement de notre système de prévoyance… Et si on s’en occupait un peu?