Le 30 octobre, L’ENERGYDAY, journée de l’efficacité énergétique, sera consacré aux machines à café, qui ont dopé la consommation d’électricité. Comment rendre le café plus vert?
Par
Philippe Clot - Mis en ligne le 13.10.2010
La mode des petits cafés bien serrés a encouragé la machine à café à coloniser littéralement les cuisines suisses: deux tiers des foyers et la plupart des entreprises en possèdent une aujourd’hui. Mais ce goût pour la caféine concentrée a une conséquence énergétique néfaste: ces appareils consomment annuellement 400 millions de kWh, soit l’équivalent des besoins en électricité des populations des villes de Fribourg et de Neuchâtel réunies. Les Suisses consomment même moins d’électricité avec leur téléviseur qu’en faisant couler leurs cafés serrés dans la tasse.
BOUTON CACHÉ
Car ces machines ont un vilain défaut: elles n’incitent pas vraiment le citoyen à les éteindre. «Beaucoup de gens, explique Heinz Beer, de la Swico, se disent qu’ils vont se refaire un autre café dans la foulée et ne veulent pas attendre le temps qu’il faut pour que l’eau arrive aux 90-95 °C nécessaires pour faire un bon café. Ils laissent donc trop souvent la machine en marche. Et cela représente un grand gaspillage d’électricité.» On ajoutera aussi que le bouton ON-OFF est parfois niché dans un coin à peine visible de la machine, ce qui contribue à multiplier ces absurdes fuites d’énergie. Mais face aux impératifs écologiques et aux scénarios de crise énergétique possibles, les constructeurs se sont enfin résolus à ajouter sur leurs derniers modèles un système de veille intelligente qui coupe quasiment le courant après quelques minutes d’inutilisation. Cette fonction permet aux citoyens les moins écoconsciencieux d’abandonner leur machine allumée sans trop de remords. Ils peuvent même, avec certains modèles, régler le nombre de minutes après lesquelles le corps de chauffe cessera de réchauffer en pure perte l’atmosphère... On n’arrête décidément pas le progrès.
«Beaucoup de gens laissent trop souvent leur machine en marche»
Heinz Beer, spécialiste en appareils électroménagers
Mais le progrès, justement, a aussi des limites: «Il est presque impossible de faire mieux que ces nouveaux modèles, reconnaît Heinz Beer. Les lois de la physique sont immuables et il faudra toujours la même quantité d’énergie pour chauffer un litre d’eau à une température proche de sa température d’ébullition.»
LES FRIGOS EN POINT DE MIRE
Plus généralement, il ne faut donc pas s’attendre à des miracles technologiques qui rendraient tout l’arsenal électroménager soudainement frugal en courant. Seuls les appareils frigorifiques ont encore une grosse marge d’amélioration. Ceux-ci représentent d’abord une grosse part de la consommation énergétique des ménages en étant allumés en permanence. Et leur isolation est encore loin d’être optimale. Le principal maître de sa facture d’électricité et de l’avenir énergétique de la Suisse demeure donc avant tout le simple citoyen.
Energyday du 30 octobre, info et concours sur le site www.energyday.ch
UNE TROP GENTILLE ÉTIQUETTE
Désormais appliquée aussi aux machines à café, L’ÉTIQUETTE ÉNERGIE aide depuis quelques années le consommateur à s’orienter vers les appareils les plus économes en énergie.
A comme Avare en énergie et G comme Gaspilleur, mais les A sont pléthoriques et les G très rares...
Les consommateurs sont trop souvent privés d’informations pour qu’on fasse le procès de l’étiquette énergie, qui accompagne depuis quinze ans différents appareils électroménagers, et depuis sept ans les voitures de tourisme. Mais les progrès techniques ont permis à ces produits de se regrouper vers le haut du classement. Il a ainsi fallu ajouter des + et des ++ aux A des étiquettes des frigos pour maintenir un semblant de catégories.
«L’étiquette énergie est à la base une bonne chose, confirme Aline Clerc, de la Fédération romande des consommateurs (FRC). Elle devrait d’ailleurs s’appliquer à tous les appareils, même si elle est loin d’être parfaite. Son système de notation a notamment perdu en lisibilité. Il faudrait donc réactualiser son système de calcul. Mais cette étiquette se fonde sur des directives européennes. Elle est donc adaptée aux différences d’offres existant dans toute l’UE. Or, la Suisse est un des pays où les modèles efficaces sur le plan énergétique sont les plus présents dans les magasins.»
La spécialiste de la FRC souligne aussi un effet pervers possible de cette étiquette: «Il ne faut pas qu’elle incite les consommateurs à remplacer trop rapidement leurs appareils. Ce serait en effet oublier que la fabrication, le transport, l’emballage de ces machines représentent une grosse quantité d’énergie souvent supérieure au fonctionnement luimême. Mieux vaut donc attendre que la machine soit en fin de vie pour en acquérir une autre au fonctionnement moins énergivore.»