Le Salon de l’auto de Genève chantera à nouveau les vertus de voitures électriques inexistantes sur les routes. Mais 2010 pourrait marquer le vrai démarrage de ces machines de plus en plus sexy.
Par
Philippe Clot - Mis en ligne le 09.03.2010
Cela fait depuis son invention que la voiture est aussi électrique. Mais c’est le pétrole qui a pourtant triomphé. Les voitures électriques ne sont pratiquement jamais sorties des salons automobiles. Les prototypes de sciencefiction exposés année après année avaient comme mission principale d’entretenir une illusion: celle d’un avenir sans fumée, sans CO2, sans particules fines.
L’année 2010 pourrait voir ce marché de dupes cesser au profit d’un vrai marché de la mobilité électrique. Trois raisons à cela: d’abord, on a bien compris que l’or noir n’est pas éternel. Ensuite, la croissance de la Chine et de l’Inde, qui accentue la soif d’or noir, pourrait défier les capacités d’approvisionnement et faire à nouveau exploser le prix du baril. Enfin, le monde prend toujours plus conscience du pari écologique dangereux consistant à expirer des millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère via le milliard de pots d’échappement sévissant dans le monde.
«Le plaisir de rouler n’existe presque
plus. Les voitures électriques vont apporter un plaisir technologique.
Ce sont des machines excitantes et porteuses d’espoir»
Luc Debraine, journaliste au «Temps»
Autant de raisons pour prendre enfin la voiture électrique au sérieux. «Ce n’est plus un problème de technologie. Elle est parfaitement au point», confirme Luc Debraine, journaliste au Temps et auteur du livre Les voitures électriques, un futur pour l’automobile (Ed. Favre). «Le principal écueil freinant encore l’essor de ces voitures est politique. Va-t-on faire ou non l’effort de mettre en place un réseau de recharge électrique pour ces véhicules. Moi-même, j’habite au deuxième étage. Comment devrai-je faire pour recharger ma voiture électrique, que j’espère acheter d’ici à deux ou trois ans? Lancer une rallonge par la fenêtre? En Californie, les gens commencent à exiger que les nouveaux bâtiments soient équipés d’une station de recharge.»
C’est bien là le nœud du problème, comme le confirme Benoît Revaz,
membre de la direction de la société d’électricité Alpiq: «Quand on se
met à parler de voiture électrique dans un café, la première crainte
exprimée, c’est de tomber en panne avec les batteries à plat. La
question à laquelle il faut donc répondre pour que la mobilité
électrique ne soit plus confidentielle en Suisse est donc la suivante:
quelle infrastructure dédiée à la mobilité électrique mettre en place?
Pour ce faire, il faudra constituer une coalition d’intérêts entre
l’économie, les sociétés électriques et le monde politique.»
Cet enjeu, Alpiq a décidé de l’expliquer aux visiteurs du Salon de
l’auto en y présentant sa stratégie en trois bornes de recharge: une
lente (et économique) pour la maison, à utiliser la nuit quand le
courant est bon marché; une station de recharge accélérée pour les
parkings et les lieux de travail (maximum quatre heures); une de
recharge rapide, la plus chère, pour des usages de dépannage rapide
(trente minutes maximum).
Pour Luc Debraine, «maintenant que le plaisir de rouler n’existe
plus, les voitures électriques vont apporter un plaisir technologique.
Ce sont en effet des machines excitantes et porteuses d’espoir. Rouler
en Hummer, c’est fini!»
Une fois le problème de la recharge, et donc de l’autonomie, réglé,
reste le prix encore élevé des véhicules électriques. Celui de la MiEV
(voir encadré) devrait dépasser les 30 000 francs, ce qui est
considérable pour un petit véhicule de quatre places. «Au début, ce
seront les early-acquéreurs, les passionnés, qui s’équiperont. Mais si
l’engouement se généralise, les constructeurs pourront les fabriquer en
masse, ce qui fera chuter les prix», estime Luc Debraine.
Si ce scénario positif devait se produire, l’étude d’Alpiq,
postulant – pur cas de figure – que 15% des voitures suisses seraient
remplacées par des motorisations électriques d’ici à 2020, pourrait
alors devenir réalité. Et les émissions de CO2 du trafic routier
chuteraient alors de 10%.
La première vraie électrique grand public
La MiEV de Mitsubishi, présente au Salon, sera en vente en Suisse avant Noël.
Déjà
commercialisée au Japon, la MiEV pourrait rester dans l’histoire comme
le modèle ayant inauguré la révolution énergétique automobile.
Jamais
un grand constructeur n’avait encore osé mettre sur le marché grand
public une voiture totalement indépendante du roi pétrole. Déjà
disponible au Japon, elle sera vendue en Suisse dès décembre prochain.
Le prix de cette 4-places 100% électrique devrait se situer entre 30
000 et 40 000 francs. Mais si le succès était au rendez-vous,
Mitsubishi a promis de le répercuter sur les tarifs. D’ici à 2012, la
MiEV pourrait alors ne coûter que la moitié de son prix initial.
Cette
voiture d’une puissance de 63 chevaux et aux courbes discrètement
futuristes jouit d’une autonomie de 144 kilomètres. Les 88 batteries
sont garanties durant dix ans ou pour 150 000 kilomètres. Elle peut
atteindre, en silence et nerveusement, les 130 km/h et se recharge en
sept heures sur une prise normale, en trente minutes avec
l’infrastructure «Quick Charger».