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TRAVERSÉE MORTELLE
DRAME DU LAC DE BIENNE: ENQUÊTE EN EAUX TROUBLES
Que s’est-il donc passé sur le lac de Bienne, le dimanche 11 juillet vers 18 heures, entre le village de Lüscherz et l’île Saint-Pierre? Angela, une jeune Argovienne de 24 ans, y a trouvé la mort, fauchée par un bateau à pleine vitesse. Le pilote est toujours en fuite. L’histoire déchaîne les passions, emballe les médias et l’opinion publique depuis plus de dix jours. Petit état des lieux en 16 questions.

Par Arnaud Bédat, Marc David - Mis en ligne le 20.07.2010

Quels sont les faits connus et confirmés?

Le drame survient le dimanche 11 juillet vers 18 heures, entre l’île Saint-Pierre et Lüscherz (BE). Un couple d’Argoviens, Angela A., vendeuse de T-shirts à Aarburg (AG) et Stephan F., naviguent sur le lac, dans un petit bateau gonflable de couleur jaune. Ils sont de retour de l’île, où ils ont pique-niqué et passé la journée. «Tout à coup, nous avons vu un bateau à moteur se diriger droit sur nous, racontera Stephan F. au Blick. Je me suis levé, j’ai fait des signes et j’ai crié: «Faites demi-tour!» Mais il continue sa course, à une allure d’environ 50-60 km/h.» Le jeune homme dit à sa compagne de sauter à l’eau. Il fait de même. Quelques instants plus tard, quand il sort la tête de l’eau, il voit le bateau à moteur poursuivre sa route en direction de Bienne. Stephan aperçoit alors son amie. «Elle m’a dit qu’elle ne pouvait plus nager.» Lorsqu’il la hisse sur sa frêle embarcation, il remarque que les jambes d’Angela sont sectionnées. «Elles ne tenaient qu’à un muscle. C’était horrible», dit-il. Il tente d’aider sa compagne, mais celle-ci dit ne plus sentir son corps. Stephan appelle au secours. Sur la rive de l’île Saint-Pierre, deux hommes l’entendent et partent en bateau à sa rencontre. «En arrivant, j’ai vu qu’il y avait du sang partout», raconte l’un des sauveteurs. Ils ramènent le pneumatique vers la rive, mais les médecins dépêchés sur place ne peuvent plus rien faire pour la jeune femme, mortellement blessée.

Le bateau chauffard a-t-il délibérément percuté le canot?

«Ce que je sais, c’est que les deux personnes ont sauté à l’eau et que la jeune femme a été happée par le bateau lorsqu’elle était dans l’eau», explique Florie Marion, porte-parole de la Police cantonale bernoise.

Qui sont les témoins?

«Nous n’avons qu’un seul témoin de l’accident», répète Michael Fiechter, également porte-parole de la police cantonale bernoise. A savoir l’ami de la victime, Stephan F., réfugié aujourd’hui dans le silence médiatique le plus total. Toute l’enquête repose donc entièrement sur ses déclarations et sur ce qu’il a vu, dans un grand moment de stress.

Stephan a-t-il bien hissé Angela blessée sur le canot pneumatique?

Oui. Il l’a couchée sur leur embarcation, puis il est remonté à son tour sur le canot pneumatique. Selon les deux navigateurs arrivés les premiers sur les lieux, Stephan tenait Angela dans ses bras, en sang.

Le couple avait-il le droit d’évoluer au large dans un petit canot pneumatique de plage?

Clairement non. La loi en la matière interdit d’utiliser des engins de plage (canot gonflable, pédalo, etc.) au-delà de 150 mètres des rives. En cas de procès éventuel contre le pilote du bateau tueur, le fait d’avoir commis une faute évidente pourrait priver les familles des victimes de dédommagements civils.

A quoi ressemble le bateau à moteur recherché?

On sait qu’il s’agit d’un bateau rapide, de couleur vieux rouge bordeaux ou lie de vin, de type Boesch ou Pedrazzini, «ou d’un modèle qui ressemble à ce type de bateau», selon la police, qui se base sur le témoignage de Stephan F. Celui-ci a hélas vu le bateau face au soleil. Pour lui, le pont arrière était de couleur blanche. L’embarcation contient peut-être aussi des coussins en cuir de couleur blanche.

A-t-on pu établir un portrait-robot du chauffard du lac?

La police n’a qu’une description lacunaire, donnée par Stephan F. Celle-ci n’a pas permis d’établir un portrait-robot précis de la personne recherchée. Le pilote aurait entre 55 et 65 ans, le front légèrement dégarni. Il portait un T-shirt blanc et des lunettes de soleil au moment des faits.

Est-il possible que les auteurs n’aient pas vu le canot?

De l’avis d’un expert, patron d’un chantier naval et chef de port sur le lac de Neuchâtel, il n’existe aucun doute sur la visibilité d’un tel objet sur l’eau. «A plusieurs centaines de mètres, on distingue tout ce qui se trouve à la surface.» D’autant que, selon Stephan F., les occupants étaient debout et qu’un bateau rapide lancé à pleine vitesse ne se lève pas. Un système de jauge lui permet de voguer le plus plat possible sur l’eau.

Est-il possible que le chauffard n’ait pas ressenti de choc au moment de la collision?

Totalement impossible, de l’avis concordant de nombreux navigateurs sur des lacs de Suisse romande. «Rien qu’un bout de bois qu’on ramasse, on l’entend», témoigne l’un d’eux. Stephan F., lui, est catégorique: «Le pilote filait droit vers nous et nous regardait.»

Les coupables vont-ils se dénoncer?

Docteur en criminologie, Patrice Villettaz pense que oui. Pour lui, «l’esprit criminel est très rare chez les gens. Tout-le-Monde a tendance à se rendre au bout d’un certain temps.» D’autant que le coupable n’était apparemment pas seul sur le bateau. Le stress s’en trouve multiplié. L’expert tire un parallèle avec un enfant qui casse un miroir. «S’il est seul à ce moment-là, il va s’enfuir en se taisant. A plusieurs, c’est beaucoup plus complexe.»

Quelles sont les pistes suivies par la police?

«Nous explorons une centaine de pistes, confirme Florie Marion. Nous cherchons sans répit, toutes les informations sont vérifiées. On travaille sept jours sur sept à ce dossier, c’est notre priorité.» Les diverses brigades du lac interdisent même à leurs représentants la moindre reconstitution dans la presse. Les policiers mènent des recherches effrénées. Trente hommes sont dévolus à l’enquête, épaulés par plusieurs centaines de personnes qui ouvrent systématiquement tous les abris potentiels autour des trois lacs.

Qui sont Stephan F. et Angela A., son amie décédée?

Connus plutôt comme des marginaux un peu bohèmes, âgés de 26 et 24 ans, ils habitaient tous les deux à la même adresse, à Trimbach (AG). Le couple cumulait les petits métiers. D’après le Blick, ils devaient se marier dans quelques jours et partir en voyage de noces à Barcelone. Une version en partie démentie aujourd’hui par le père de Stephan.

Retrouvera-t-on un jour le bateau tueur et ses occupants?

Si le conseiller d’Etat bernois Hans-Jürg Käser en est persuadé, le père de Stephan, lui, est désormais convaincu du contraire, ainsi qu’il le confiait dimanche dernier encore. Il faut savoir que 90% de ces bateaux de luxe ne restent pas dans l’eau. Ils sont mis à l’abri dans des garages ou des hangars. Il a pu être immédiatement tracté, peut-être vers l’étranger. A-t-il été coulé? Les moyens policiers, très perfectionnées, permettraient de le retrouver en quelques heures.

Combien de bateaux du type Boesch ou Pedrazzini évoluentils sur les lacs de Bienne, Morat et Neuchâtel?

«Ce genre d’embarcation est assez rare dans la région», confirme la juge d’instruction Silvia Hänzi, chargée du dossier. Il existe par exemple une trentaine de bateaux aussi luxueux sur le lac de Bienne, selon l’Office de la navigation du canton de Berne. Alors que, dans le canton de Neuchâtel, on compte quatre Boesch et un Pedrazzini actuellement immatriculés, et sept autres modèles voisins. Quant à Fribourg, on en dénombre huit. Tous ont été contrôlés. Aux dernières nouvelles, les recherches ont été élargies à tous les genres de canots rapides.

L’autopsie de la victime confirme-t-elle l’accident de bateau?

Oui, clairement et définitivement. «La jeune femme est décédée d’une hémorragie, après avoir été happée par le bateau, confirme Florie Marion de la Police cantonale de Berne, il n’y a pas de doutes là-dessus.»

L’appel du Blick promettant 20 000 francs de récompense donne-t-il des résultats?

Dimanche soir, aucun téléphone sérieux n’était parvenu à la rédaction zurichoise, malgré la forte récompense promise la semaine passée. «On n’a jamais connu ça dans le passé», soupire un journaliste de la rédaction. Cette récompense augmente la pression sur les auteurs. En même temps, elle peut faire effet contraire. Pour le criminologue Villettaz, «chaque fois que la presse s’est mêlée d’une affaire où les faits n’étaient pas évidents à établir, cela a échoué. Le problème avec cette chasse aux sorcières, c’est qu’elle fournit des infos aux coupables. Ils peuvent s’adapter.» La police bernoise: «Nous n’avons qu’un seul témoin, Stephan, l’ami de la victime»



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Tags: Enquête, fait divers, lac de Bienne, Lüscherz, île Saint-Pierre, canot pneumatique Aller en haut de page Haut de page

 

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