Grand Hotel Park, Gstaad. Dans le ballet des limousines, on guette l’arrivée de Kirsty Bertarelli, Kirsty pour ses fans, qui habite la station. Elle débarque avec une bonne demi-heure de retard. Va-t-elle nous la jouer star? Non, souriante et détendue, elle se prête de bonne grâce à la séance photo. Les règles pour l’entretien ont été posées: pas de questions sur la vie privée. Musique, maestro!
Vous avez choisi votre seul prénom comme nom d’artiste. Fautil en déduire que vous ne faites aucune distinction entre votre vie de femme et votre vie de chanteuse?
Kirsty et Kirsty Bertarelli sont la même personne. J’ai toujours chanté, ça fait partie de ma vie. Il n’y a donc aucune dissociation.
Vous rappelez-vous votre première émotion à l’écoute d’une chanson, à la radio?
(Elle réfléchit.) J’essaie de me souvenir… Toute jeune, j’adorais écouter les gens chanter. J’avais un faible pour ceux qui racontaient une histoire, c’était émouvant. D’un autre côté, comme toutes les fillettes, j’ai chanté les chansons d’Abba. Avec ma mère, c’était plutôt Frank Sinatra et Ella Fitzgerald.
Avez-vous été fan de quelqu’un, plus jeune?
Je dirai que j’ai toujours été fan de… musique! J’ai toujours voulu faire les choses moi-même, sans avoir nécessairement de modèle. Cela ne m’empêche pas de trouver Sting fantastique, par exemple, ou Bryan Adams. Sans oublier U2, bien sûr, et Pat Benatar. (Elle éclate de rire.)
Avez-vous acheté le dernier album de Sting?
Non, pas encore, mais je suis impatiente de l’entendre. Sting, cela peut être tout simplement: «Every breath you take, every move you make.» Les paroles sont si touchantes. Pareil pour Bryan Adams avec Summer of 69. C’est la vraie vie et, d’une certaine façon, je me sens reliée à cela, dans ma façon d’écrire.
Vous souvenez-vous du premier disque que vous avez acheté?
(Elle rit.) C’est si vieux…
S’agissait-il d’un vinyle?
Oui, absolument. Je vivais dans le Staffordshire. On allait chez le disquaire du coin chercher nos LP. Cela devait être Duran Duran.
Quand vous étiez ado, vous sortiez danser en boîte le samedi soir?
J’adorais écouter de la musique et danser, mais j’étais au pensionnat, à l’époque. Nous nous retrouvions donc entre filles à danser dans les dortoirs! Moi, j’adorais Blue Monday, un groupe fantastique, et puis The Smiths.
The Smiths? Emmenés par leur chanteur activiste Morrissey: c’est énorme!
(Elle rit.) Oui! Il y avait aussi The Cure, qui étaient plus punky. Je ne suis pas sûre d’avoir raison de révéler cette part de moi-même.
Ces groupes-là cadrent mal avec l’image de jeune fille sage qui vous colle à la peau…
En réalité, il y a toujours eu deux côtés en moi. Il y avait les chansons telles que Fiddler on the Roof, que je chantais avec ma mère, il y avait Ella Fitzgerald, la comédie musicale à laquelle je m’essayais en amateur, mais aussi l’influence des Smiths, des Cure, plus rebelle, plus rock.
A la sortie de votre compilation, en 2008, d’aucuns ont prétendu qu’il ne s’agissait que d’un hobby pour épouse de milliardaire. Avez-vous été blessée par ces critiques?
Non. Chacun a le droit d’avoir son opinion et je ne doute pas que certaines personnes soient de cet avis, maintenant posons-nous la question: «Pourquoi quelqu’un qui ne chante pas, qui n’écrit pas, voudrait- il se lancer là-dedans?» Quand vous menez une vie parfaite, et c’est mon cas, vous n’avez pas envie d’en changer. La vérité, c’est que j’ai toujours chanté et écrit. Pour moi, ça coule de source. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui je veux partager ma passion.
Vous voulez dire que, malgré votre mariage avec Ernesto Bertarelli, vous n’imaginiez pas votre vie sans musique?
Exactement. J’en ai besoin. Si je reste sans écrire, sans chanter, ça ne va pas.
Mais comprenez-vous qu’aux yeux de certains, cela semble trop facile. Dans le fond, vous n’avez rien à perdre!
J’imagine que cela peut sembler suspect aux gens qui ne me connaissent pas, mais croyez-moi, cela n’a rien d’étrange pour ceux qui me connaissent bien. Dois-je m’abstenir pour autant? Non.
Mais vous êtes une femme intelligente. Vous vous doutiez bien que vous devriez convaincre davantage que n’importe quel autre artiste, non?
Je ne suis pas surprise, bien sûr. Quand on relie une personne à un monde bien défini, on a du mal à l’imaginer autrement. Mais ce n’est pas comme si j’avais soudain eu la lubie de faire un disque, ça n’a rien à voir avec ça. On est venu me chercher. Il y a longtemps qu’on me demande de recommencer de chanter et d’écrire des chansons. Cela a commencé avec des amis qui, à l’occasion d’un gala de charité, m’ont demandé d’enregistrer un CD. J’ai donc enregistré une compilation de mes propres chansons qui a été bien accueillie. Par la suite, les gens d’Universal Music ont écouté l’album. Ils l’ont aimé et m’ont fait une proposition.
Cet album solo n’a donc rien d’un caprice?
Non.
Vous auriez pourtant pu facilement enregistrer, à vos frais, une compilation de succès, non?
Mais jamais je ne l’aurais fait! J’ai besoin de chanter mes propres textes, avec mes mots à moi.
Quand vous écrivez, avez-vous besoin d’un rituel?
Je bois un verre de vin! Enfin, pas toujours… (Elle rit aux éclats.) En réalité, ça dépend. Certaines chansons viennent automatiquement et d’autres vont plutôt se caler sur une mélodie, mais les paroles peuvent surgir au milieu de la nuit, au restaurant, dans un avion, n’importe où.
Vous habitez à Gstaad: un lieu propice à la créativité musicale?
Un coin magnifique, que j’adore, mais vous savez, moi, tout m’inspire. Pour la chanson New Love Song, figurant sur l’album, j’étais en train de préparer le repas de midi du dimanche. Je peux donc trouver l’inspiration n’importe où, n’importe quand, y compris en épluchant des patates!
Changer votre couleur de cheveux, c’était pour vous un moyen de marquer un nouveau départ?
Pour être parfaitement honnête, j’étais juste trop blonde. Mes cheveux ne le supportaient plus et il était temps de changer.
Vous en aviez marre?
Le brun est ma couleur naturelle. Cela dit, je suis devenue brune il y a un an déjà. Cela n’était donc pas lié à la sortie de mon album, même si je suis ravie de l’avoir fait.
Comment définiriez-vous votre musique?
C’est difficile à dire, je dirais poprock dans l’ensemble, même si c’est dans le rock que je me sens le plus à l’aise.
Les deux premiers titres de l’album, Sometimes et Don’t Say, sont les meilleurs, mais alors cette chanson, intitulée Green: aviez-vous tellement besoin de glisser un texte pour la défense de l’environnement?
En réalité, ça ne concerne pas directement l’environnement. Ce que je chante est plus en rapport avec notre comportement personnel dans nos vies quotidiennes. Est-ce que j’en fais assez? Dois-je agir? Comment?
Vous l’avez enregistrée en pensant à vos enfants?
Pas spécialement, mais ils l’aiment beaucoup, parce qu’elle est dansante, je suppose.
Vos enfants se sentent-ils concernés par l’avenir de la planète?
Oui, beaucoup. Notamment au niveau du tri des déchets, qu’ils font avec grand soin. Ils sont fantastiques. Les enfants ont cette faculté étonnante de réagir instinctivement à l’actualité. Ils s’interrogent en permanence sur notre comportement. Ils ont une conscience verte très développée. C’est tout spécialement vrai pour ma fille aînée.
Est-ce que vous pensez vous produire bientôt sur scène avec vos chansons?
Oui, j’aimerais bien si j’en avais l’occasion, mais pour l’instant, rien de définitif n’a été décidé.
Appréhendez-vous plus de jouer ici en Suisse, où les gens vous connaissent en tant que Mme Bertarelli, qu’à l’étranger?
Je vous le dirai le jour venu. (Elle sourit.)
«Elusive», Kirsty, distr. Universal Music, dans les bacs le 15 janvier 2010. Ecoutez un extrait sur www.kirsty-music.com