Le drame de Pascal Couchepin aura été de ne pas parvenir à faire schmolitz avec tous les citoyens de ce pays. Sa démission, nous l’écrivions ici il y a quinze jours, permettra de faire le tri entre l’homme d’Etat, incontestable, et le bilan de l’homme politique, contesté.
Mais il y a simplement l’homme, sa nature forte, que nous raconte dans ce numéro Christian Rappaz (lire page 14). Dans l’émotion chaleureuse ressentie au moment de ce départ, il n’y a eu qu’un ex-tribun zurichois congédié et mâchonnant son amère préretraite pour faire un peu tache. Mais ce fut là manière d’hommage en creux, cette rancœur de défaite inassumée: la sécheresse du perdant mettant en lumière l’humanité du vainqueur.
Les amis de Pascal Couchepin, eux, lui pardonnent tout: diatribes, numéros et provocations, et ce sont donc bien des amis. Mais une authenticité se dégage du portrait flatteur qu’ils nous font du ministre. On ne sait pas ce qu’il est sans sentir comment il est. Sa sensibilité déguisée par le rentre-dedans. Sa culture cachée par la corrosion de l’ironie montagnarde. Sa générosité faite de bon sens et d’émotion contenue.
Il n’est pas souvent parvenu à partager cela avec la majorité des citoyens. Le précipice de la caricature était trop vertigineux. Couchepin en Napoléon de Martigny, en je-sais-tout, en Valaisan trop carré: la litanie des clichés.
Impopulaire, il a sans cesse joué à l’assumer. il n’est pas certain qu’il en soit vraiment si fier.
Car, impopulaire, il a sans cesse joué à l’assumer. Il n’est pas certain qu’il en soit vraiment si fier. C’est secret de Polichinelle de dire qu’il a détesté les sondages de L’illustré le classant bon dernier du gouvernement. Il les trouvait vains et injustes, il le faisait savoir assez carrément, affectant de s’en moquer, dira-t-on par goût de l’euphémisme. Toujours aux lèvres, son argument des «27 élections, toutes victorieuses». Une ombre d’explication là, peutêtre, dans cette grande série: il en déduisait vaguement parfois qu’il a toujours raison, puisque ses électeurs lui donnaient raison. Cela a-t-il nourri son style abrasif ? La politique est tellement moins simpliste, il le sait bien.
Mais lui parler, lui serrer la main, discuter un moment, argumenter comme il l’adore, partager un verre ou un bout de saucisson et vous savez: même en n’étant pas chaque fois d’accord avec lui, voilà une vraie personne. Quidams, voisins, citoyens, journalistes: son regard est alors un regard droit, une attention, et ce respect qui implique de dire ce qu’il croit, désagréable ou pas. Cet homme-là a bien failli être populaire, croyez-moi.