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SUISSE ENLEVÉ AU MEXIQUE
«NOUS VIVONS UN CAUCHEMAR»
Frédérique Santal, la sœur d’Olivier Tschumi, 50 ans, enlevé au Mexique le 19 décembre dernier, sort aujourd’hui de l’ombre. Son frère est-il toujours en vie? Elle veut connaître la vérité. Opération de la dernière chance: un avis de recherche promettant une forte récompense vient d’être lancé sur place par les autorités locales.

Par Arnaud Bédat - Mis en ligne le 12.04.2011

 

C’est une pianiste virtuose ayant donné des concerts un peu partout en Europe mais aussi une artiste de talent confectionnant des marionnettes qui font le bonheur des visiteurs lors d’expositions à Venise ou au Salon du livre de Genève. Elle a été animatrice pendant longtemps, au début des années 90, sur l’antenne de la radio locale (RJB). Mais Frédérique Santal, visage bien connu du Jura bernois, est aussi la sœur d’Olivier Tschumi. L’industriel a été enlevé par un gang de narcotrafiquants le 19 décembre dernier à Cuernavaca, dans l’Etat de Morelos près de Mexico, un des plus dangereux du pays, gangrené par la corruption et le crime organisé. Une sombre affaire pour laquelle une rançon de 300 000 dollars avait été exigée par les ravisseurs, finalement ramenée à un versement de 10 000 dollars, balancés dans deux sacs par-dessus un pont autoroutier du quartier d’Ocotepec (voir L’illustré du 12 janvier).

Depuis cette date, plus aucune nouvelle. Plus le moindre appel des ravisseurs, aucune piste concrète… Frédérique Santal paraît au bout du rouleau. Elle avait préféré jusqu’ici rester pudiquement en retrait. Mais trop, c’est trop. «Découragée, écœurée», lassée de ne rien voir venir de nouveau dans ce dossier après bientôt quatre mois d’attente, elle sort aujourd’hui de l’ombre. «C’est dur de ne pas savoir, de ne rien savoir de ce qui lui est arrivé», murmure-t-elle en contenant sa révolte intérieure. «La police fédérale mexicaine a dit à maman, qui est sur place depuis début janvier, qu’il doit être mort, mais on n’en a pas la preuve. C’est une hypothèse, pas une certitude. Dès le moment où l’on accepterait cette idée, on deviendrait passif et on ne ferait plus rien pour lui. Par respect pour Olivier, on n’a pas le droit d’abandonner, on doit tout faire pour le retrouver.» Le regard las, Frédérique parle de cette longue attente, qui a débuté le 19 décembre dernier, faite de «beaucoup de rage et de pleurs». «On crie à l’injustice, vis-à-vis d’Olivier, bien sûr, mais aussi de ce qui arrive aux Mexicains, dans une situation terrible», glisse-t-elle, avant de confesser: «Au fond, on est bien seul et démuni face à un tel drame.»

«MICHELINE CALMY-REY NE NOUS A JAMAIS APPELÉS»

Ecoutant les conseils de Berne, la famille avait pris le parti de ne pas médiatiser l’affaire dans les journaux du pays. «Et on se rend compte que, malgré ses belles promesses, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), à Berne, ne peut pas faire grand-chose», poursuit Frédérique. Certes, les autorités helvétiques ont bien dépêché trois policiers sur place, sans résultat. La présidente Micheline Calmy-Rey suit personnellement le dossier, sans qu’on connaisse exactement les démarches entreprises sur un plan plus politique avec son homologue, Felipe Calderón, président du Mexique. Elle ne communique pas sur ce cas et ne s’est jamais exprimée publiquement. «Elle ne nous a jamais appelés, ni même écrit, on ne sait pas grandchose, avoue la sœur d’Olivier Tschumi. On a quand même l’impression que le dossier a déjà été rangé dans un tiroir du département. En France, Nicolas Sarkozy aurait déjà pris l’avion pour filer à Mexico…»

Faible lueur d’espoir: le 25 mars dernier, le gouvernement mexicain, par la voix de la Procuraduría General de la República (PGR), a publié un avis de recherche promettant 5 millions de pesos (près de 400 000 francs) de récompense à ceux qui pourraient lui fournir des informations sur l’enlèvement du Jurassien bernois. Fin janvier, l’arrestation de Juan Mendoza Montes de Oca, assassin présumé de l’ex-procureur général adjoint de Cuernavaca, et d’un de ses complices, avait nourri quelque espoir. La presse mexicaine avait prétendu alors qu’il pourrait être impliqué «dans l’enlèvement d’un Suisse». Mais cette piste semble avoir fait long feu. Finalement, la famille d’Olivier Tschumi s’est tournée vers le négociateur privé Max Morales, rodé à sortir des otages des griffes de l’enfer. Là encore, sans résultats concrets pour l’instant. Les nouvelles du Mexique s’espacent jour après jour…

Un pays que Frédérique Santal connaît bien. L’été dernier encore, elle s’était envolée pour Mexico et rendre visite à son frère chez lui, à Cuernavaca. Ils avaient passé trois semaines à arpenter ensemble le pays des Aztèques et des Mayas. Mais Olivier flairait déjà le danger. «Dans la rue, au restaurant, au supermarché, il me collait en permanence, ne me lâchait pas d’une semelle», se souvient Frédérique. «Je vais rentrer en Suisse, c’est devenu invivable ici, trop dangereux», lui confiait-il alors. Il évoquait El Bosque, la forêt au-dessus de sa maison où, selon lui, il se passait des «choses louches», là où il allait être enlevé durant un footing avec ses deux chiens.

Frédérique Santal sait désormais que son pire ennemi est l’oubli, que plus personne ne s’intéresse ou ne parle de son frère disparu: «Il faudrait que l’opinion se réveille, comme pour Florence Cassez. Que les politiciens s’en mêlent. Ses amis, sa famille, ses compatriotes ont droit maintenant à la vérité. Nous n’en pouvons plus…»



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Tags: fait divers, Mexique, Olivier Tschumi, Frédérique Santal, kidnapping Aller en haut de page Haut de page

 

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