Toujours le même refrain. Avec des ministres élus à vie, avec celui-là surtout, signaler le crépuscule venant ou indiquer la sortie serait le plus sûr moyen de contrarier la démission prochaine. En clair, souligner que Pascal Couchepin est en bout de course renverserait l’huilier sur un restant de braise, et l’encouragerait à s’accrocher au gouvernement. L’homme, c’est respectable, n’aime pas qu’on lui dise ce qu’il doit faire, particulièrement si cela vient des journalistes. Tant pis.
Pascal Couchepin est un homme d’Etat. Il est peut-être même meilleur homme d’Etat que politicien. A l’heure des premiers bilans, il faudra commencer par constater que sa force fut sa culture, large et réelle, sa résistance aux faux airs du temps, un courage à ne pas contenter tous les solliciteurs, un mépris des caricatures, de fortes convictions aussi.
«Le plus grand ennemi de la vérité n’est pas le mensonge, mais les convictions», disait cependant Friedrich Nietzsche. Couchepin porte parfois ses convictions comme en sautoir, mécontente, énerve, mais au moins l’on sait à quoi s’en tenir. Par exemple à un humanisme authentique et sans concession. L’histoire lui saura toujours gré d’avoir sans cesse en ce pays – et longtemps assez seul de son camp – dénoncé les dérives populistes, les coups de poignard dans nos institutions démocratiques. Dans le lourd et détestable bras de fer entre Blocher et Couchepin, le second a été le plus fort, et disons-le: ce fut un bien pour la Suisse.
Il est possible de beaucoup pardonner à Pascal Couchepin. Mais pas de n’avoir plus envie de la politique.
Ses réussites politiques sont nettement plus floues. Il n’aura bouleversé ni le Département de l’économie ni celui de l’Intérieur. Il se pourrait aussi qu’une fois parti il nous fasse le coup proadhésion à l’Europe sur le tard: c’est devenu l’habituelle blague cynique des ex-ministres, n’osant pas le dire pendant leur carrière, et le proférant en vieux sages sur le retour lorsqu’il n’y a plus ni risques ni enjeux de pouvoir.
Quant au dossier de la santé et des assurances, il promettait de gravir cette montagne prestement, et s’est essoufflé dès les premières pentes (lire l’article de Frédéric Vassaux en page 24). Il n’est pas l’unique responsable des blocages et errements en ce domaine. Mais la plus rude des critiques vient désormais de ceux, y compris dans ses rangs, qui le pensent aujourd’hui «désabusé», promenant son sourire fatigué sur les affaires courantes. C’est cela qui signale pour bientôt la fin de partie à Pascal Couchepin. Parce qu’il est possible de beaucoup pardonner à un politicien. Mais pas de n’avoir plus envie de la politique.