Que faire quand une femme inconnue s’offre à vous en guise de cadeau de Noël? Quoi, ça ne vous est jamais arrivé? A Carl Hirschmann, oui. Que faire quand on doit aller à Paris toutes affaires cessantes et que votre jet privé est ailleurs? Vous n’en avez pas? Carl Hirschmann, si. Que faire quand on est invité le même soir à deux partys, l’une mise sur pied par le prince de Monaco, Pierre Casiraghi, l’autre par le rappeur 50 Cent? Vous ne connaissez personnellement ni l’un ni l’autre? Carl Hirschmann, oui.
Une vie sacrément relax
Ce fils de millionnaire et propriétaire de boîte de 29 ans ne collectionne pas les marques de sympathie. Mais les belles femmes, oui. Elles lui servent de jouet, d’objet décoratif et… de détente. Quand il avoue qu’il n’y a pas de meilleur endroit que de se retrouver «dans les bras d’une belle femme après l’amour», ça ne le rend pas plus sympa aux yeux des jaloux. On peut dire sans trop se tromper que Carl, enfant de la jet-set, mène une vie sacrément relax. Du moins jusqu’à la semaine passée. Fini la belle vie, il a été placé en détention préventive. On dit que dans la très privée Platinum Room de son club zurichois, le Saint-Germain, se sont déroulées de véritables orgies. Il est, à part ça, aussi question de relations sexuelles orales forcées, de lésions corporelles, de films et de photos de ses victimes nues. Ces accusations pourraient se révéler lourdes de conséquences. Quand on est jeune, au faîte de la gloire, on court d’autant plus le risque de basculer. Un gros risque pour Carl Hirschmann, un très gros risque.
Un homme comme lui a connu tôt les hauts et les bas d’une existence privilégiée. Il vient au monde le 5 septembre 1980, représentant de la troisième génération du clan Hirschmann. A Carl W. (1920-1995) et Carl W. junior succède Carli. C’est à Nice que son père fait la connaissance de sa mère, Elizabeth, belle Méridionale aux cheveux noirs. Carli passe donc ses premières années non loin de Saint-Tropez. Quand toute la famille déménage à Küsnacht, sur la côte dorée du lac de Zurich, Carli et Michael, son cadet de deux ans, fréquentent une école française, le collège-lycée de Gockhausen (ZH).
«Le paradis? Dans les bras d’une femme après l’amour»
Carl Hirschmann
Le fait qu’il ne parle pas le moindre mot d’allemand lui vaudra le surnom de Baguette. Mais aujourd’hui Carl Hirschmann parle aussi bien l’allemand, le français, l’anglais, l’espagnol que l’italien. Quand les deux frères ont 12 et 10 ans, leurs parents se séparent et leur mère déménage avec ses enfants à Paris. Comme les mômes ne s’intègrent pas à leur nouvelle vie, elle les renvoie à leur père. Abandonnés par la femme qui compte le plus pour eux, ils dormiront longtemps à trois dans la même chambre. Carli reçoit chaque mois une somme à quatre chiffres comme argent de poche. Jusqu’à peu, ce play-boy de presque 30 ans vivait dans la maison de ses parents avec vue sur le lac.
Rebelle
Son récent déménagement doit être mis en parallèle avec l’arrivée de la nouvelle compagne de son père. Pour Carl Hirschmann, volontiers rebelle, la situation devient inconfortable. Il emménage donc dans une suite du Dolder Grand, à Zurich. Interrogé sur son enfance, il soulignera toujours qu’il «n’a jamais eu de véritable famille. J’ai grandi seul et j’ai été livré à moi-même la plupart du temps.» La fortune de la famille, estimée entre 200 et 500 millions de francs, n’y a rien changé.
A quoi sert, alors, d’être né avec une cuillère en argent dans la bouche quand la soupe a été préparée par la bonne espagnole et non par une maman aimante et pleine de sollicitude? Ses proches en sont persuadés: l’absence de figure maternelle a marqué négativement l’image qu’avait Carl Hirschmann de la femme. Sa haine des femmes doit être terrible. Le pouvoir d’attraction qu’il exerce sur elles aussi: mignon, millionnaire et sexy, il les attire comme le miel les abeilles. Et, dès qu’il les tient, il veut les dominer. Cette pulsion, associée à son agressivité, donnent un mélange explosif. Car au plus profond de cet homme se cache, parallèlement à son faible pour les femmes, un caractère impossible, un penchant pour les aventures amoureuses et un certain talent pour le mensonge.
Cette dernière caractéristique lui a coûté sa relation avec le mannequin Bianca Gubser, 20 ans. Pendant quatre ans et demi, le rejeton Hirschmann et la belle-fille de l’éditeur alémanique Jürg Marquard forment un couple. Pendant cette période, Carl Hirschmann est adopté par sa famille. Au début de leur relation, comme Bianca Gubser n’a que 15 ans, il passera quinze jours en préventive, soupçonné d’avoir eu des relations sexuelles avec une mineure. Une plainte avait été apparemment déposée par le propriétaire d’un club de nuit avec lequel Carl Hirschmann s’était querellé. Il explique cette différence d’âge en disant: «Je suis moi-même encore un enfant.» En société, il exprime son amour pour elle avec feu. Il lui écrit les plus beaux poèmes, lui envoie des fleurs. Il est, dit-il, «un naïf et un romantique».
Mais l’irascibilité du jeune homme fait de lui une bombe à retardement. Si un autre serre Bianca de trop près, Carl Hirschmann devient incontrôlable. Il peut cogner. Et, s’il aimait Bianca du mieux qu’il pouvait, il succomba finalement aux charmes féminins qui défilaient dans son club.
Etre le fils de ne sert pas à grandchose quand on a sa fierté et de l’ambition. Il exagère parfois quand il s’agit d’évoquer les écoles qu’il a fréquentées. A cela s’ajoute un sens inné du business. Ses partenaires commerciaux le savent: le propriétaire du Saint-Germain pense vite, compte vite et voit à la seconde s’il y a une bonne affaire à conclure. Son réseau est impressionnant.
Pour la première fois, lors de la fête de ses 20 ans, il se montre à la hauteur de sa réputation de «fêtard le plus décadent». Cette nuit-là, les gens se déchaînent, le Kaufleuten zurichois est saccagé et les invités aux partys de «l’enfant terrible des jeunes riches» n’en finiront désormais pas de s’éclater au champagne. Concurrents et jaloux se sentent provoqués et accolent à ce jeune prince des ténèbres les pires épithètes: imprévisible, compliqué, ergoteur et mégalo.
Mais, si on ne se laisse pas impressionner par ses chemises Wellis taillées sur mesure, avec son monogramme brodé, ses chaussures Gucci et sa montre Limited Edition d’Audemars Piguet, on repère la démarche légèrement voûtée de cet homme d’un mètre nonante. On le surprend au moment où il gratouille tendrement le pelage de son bouledogue français Lily. On découvre qu’il ne se ronge pas les ongles mais les petites peaux sèches autour. Et on constate, étonné, qu’à tout souper fin il préfère le suprême de poulet avec nouillettes.
A ce Carli, sa mère, qui se pique d’astrologie, à Paris, prédit que son grand rêve d’une famille va se concrétiser cette année encore. Mais que faire quand on se retrouve soudain assailli par les accusations les plus graves et si près de l’abîme? Vous n’avez pas ce problème? Carl Hirschmann, oui.
Traduction et adaptation: Jean-Luc Ingold
L’affaire
Itinéraire d’un prédateur
Le prince de la nuit zurichoise avait aménagé un local privé très particulier dans son club, un lieu muni de caméras sophistiquées. «Quand la porte se fermait, cela devenait dangereux», raconte l’une de ses victimes.
Carl Hirschmann, 29 ans, a été arrêté mardi de la semaine dernière à Zurich par des policiers en civil. L’affaire concerne plusieurs dénonciations et faits ainsi que plusieurs lésés, selon le procureur Daniel Kloiber. D’anciens camarades et plusieurs victimes se sont exprimés de manière anonyme dans les médias. Selon Sonntag, le mannequin Lulu M., 19 ans, bellefille d’un manager sportif zurichois bien connu, a été la première à déposer plainte et à avoir ainsi alerté la justice. Sa plainte porterait sur des lésions corporelles: lors d’une crise de jalousie dans une villa de Saint-Tropez, Lulu aurait saisi un couteau de cuisine et Carl l’aurait alors giflée, la faisant tomber à terre. D’après le SonntagsBlick, l’ancienne Miss Suisse Whitney Toyloy, 19 ans, compte également parmi les victimes. La jeune Yverdonnoise a, elle, choisi de se taire. «On en a longuement discuté avec Whitney, l’organisation de Miss Suisse et différentes parties et il nous a semblé judicieux de ne pas en rajouter», confie son père, Dwayne Toyloy, joint par téléphone. Carl Hirschmann posséderait des photos de Whitney nue et de Lulu M. prises dans sa suite de l’hôtel Dolder Grand, et cela à l’insu de l’ex-miss. Dans l’entourage de l’accusé, on murmure qu’à 20 ans déjà, Carl Hirschmann a commencé à filmer et à photographier ses ébats sexuels. Il a ainsi constitué une collection privée de trophées - photos et vidéos pornos - qu’il fait volontiers circuler. Depuis des années, la rumeur évoque son comportement brutal avec les femmes. Plusieurs d’entre elles racontent avoir eu des rapports sexuels avec lui dans la Platinum Room de son club, le Saint-Germain, un local privé qui serait équipé de discrètes caméras. Quand Carl Hirschmann fermait la porte, cela devenait dangereux, selon une femme citée par le Blick: «Il m’a prise à la gorge et m’a demandé de lui faire une fellation.» Il aurait aussi forcé une autre jeune fille à répéter l’acte sur un parking, après lui avoir proposé de la ramener chez elle. D’après un habitué, Carl Hirschmann faisait souvent circuler des bouteilles de vodka au contenu douteux. Le témoin soupçonne que le mélange pouvait rendre les femmes sexuellement dociles. Daniel Kloiber dit seulement: «L’enquête ne porte ni sur du chantage ni sur des relations sexuelles avec des mineures.» Le vendredi, à 16 h 30, après trois jours de préventive, Carl Hirschmann a été relâché contre une caution de 500 000 francs. Ses papiers ont été saisis et il lui a été interdit d’avoir des contacts avec les personnes concernées par l’enquête. Selon Daniel Kloiber, l’enquête pénale durera plusieurs semaines encore. Daniela Zivadinovic, SI
«Dallas» sur Goldküste
Le clan Hirschmann a souvent défrayé la chronique.
L’histoire débute en 1967. Le grand-père, Carl W. Hirschmann, fonde la société Jet Aviation. Parti de rien, il devient millionnaire. Pour lui succéder, en 1984, il choisit son second fils, Thomas, plutôt que l’aîné, Carl W. Junior, à qui il reproche ses frasques. S’ensuit une lutte fratricide qui se terminera en 2003 par la victoire de Carl W. Junior. Le père du jet-setteur Carli vendra ensuite la société.