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FOOTBALL
«LES CLUBS ROMANDS SONT MALADES DE LEURS DIRIGEANTS»
FOOTBALL Six mois après avoir fêté sa renaissance, le football romand d’élite est à l’agonie. Conséquence logique d’un management désastreux selon Gilbert Gress, ancien entraîneur à succès de Xamax, Servette et Sion. Analyse.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 10.01.2012

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors que la Suisse romande fêtait jusqu’à cinq titres nationaux dans la même décennie, le trophée n’a plus franchi la Sarine depuis 1999, année du dernier sacre de Servette, deuxième club le plus titré du pays (14). Treize ans au cours desquels le club genevois (2001) mais surtout le FC Sion (2006, 2009, 2011) ont sauvé l’honneur et les apparences en remportant quatre fois la Coupe de Suisse. Treize années d’errance et de déboires parsemées de faillites financières et sportives qui ont tour à tour précipité nos clubs phare en enfer. Puis est arrivée la glorieuse saison 2011, avec le retour de Servette et de Lausanne en Super League. Une double ascension historique tant l’idée de revoir un jour quatre représentants de ce coin de terre réintégrer une élite limitée à dix équipes paraissait utopique. De quoi rêver de la fin prochaine de la traversée du désert. Hélas, quelques mois ont suffi à revenir sur terre et à envisager le pire: une prochaine saison avec… zéro club romand! Car à ce jour, personne ne peut jurer que Neuchâtel Xamax, dévasté par les armes de destruction massive de Bulat Chagaev, son propriétaire tchétchène, sera encore «vivant», que Servette ne sera pas rattrapé par ses problèmes de trésorerie apparus cet automne, que Sion, recalé sur tapis vert (retrait de 36 points), et LS, le plus mal loti de tous sur le plan sportif, échapperont à la culbute. Bien sûr, ce scénario catastrophe est encore loin d’être une réalité, mais il n’a rien de farfelu. La faute à qui, la faute à quoi?

«Le drame de Xamax me laisse froid»

Du haut de ses 70 ans, Gilbert Gress, consultant-vedette de la télévision suisse alémanique et nouvelle coqueluche du public d’outre-Sarine, a une opinion très tranchée sur la question. Pour lui, au-delà des problèmes financiers, c’est le management, catastrophique à ses yeux, qui conduit à cette déliquescence. «Les clubs romands sont malades de leurs dirigeants, assène-t-il. Certes, l’arrêt Bosman, qui contribue au pillage des joueurs des petites nations par les plus nanties ne leur facilite pas la tâche. Mais cela ne justifie en rien le grand n’importe quoi auquel on assiste», affirme celui qui a mené deux fois Xamax au titre et en quart de finale de la Coupe UEFA (ex-Europa League). Une vague de succès qui contraste avec le chaos actuel du club neuchâtelois, dont la survie ne tient qu’à un fil. «J’ai passé quinze ans à Neuchâtel sans jamais signer le moindre contrat. Tout s’est fait sur des poignées de main, la confiance, la loyauté envers des couleurs auxquelles on restait fidèle non pas vingt jours ou vingt heures mais vingt ans. Alors, si le drame de Xamax me peine pour ses supporters, il me laisse froid. En football comme ailleurs, la bêtise et l’incompétence doivent être sanctionnées.»

«N’importe quel guignol peut se payer un club»

Engagé de longue date dans une association de handicapés mentaux de Strengelbach, près d’Aarau, l’Alsacien perçoit à travers le cas des rouge et noir les dérives d’une économie sportive trop libérale. «N’importe quel guignol fortuné peut se payer un club. Pourquoi ne pas copier le système allemand, qui interdit à un investisseur de posséder plus de 49,99% du capital s’il ne fait pas partie de la société depuis au moins vingt ans? Créée en 1963, la Bundesliga n’a jamais connu la moindre faillite.»

«Pas de grand club sans grand président»

Pour Gress, triple champion de France – deux fois comme joueur avec Marseille et une fois à la tête du RC Strasbourg – l’équation est simple: il n’y pas de grand club sans grand président. «C’est de lui, bien plus que de l’entraîneur ou de l’avant-centre, que dépend le succès.» Et pas besoin d’être féru de foot pour réussir. Selon l’ancien mentor, il suffit d’un peu de nez pour flairer les bons coups et d’un brin d’humilité pour s’entourer de personnes compétentes et leur laisser certains pouvoirs décisionnels. Cette recette maintes fois éprouvée aurait, par exemple, peut-être permis à Lausanne de trouver un compromis avec Fabio Celestini, rouage essentiel de l’équipe sur et hors du terrain et, qui sait, de conserver aussi le buteur brésilien Silvio, grand artisan de l’ascension. A Servette, cette politique du bon sens n’aurait pas abouti au licenciement de João Alves, encore qualifié d’entraîneur providentiel quelques mois auparavant. «Avec un président moins tourné vers son ego et plus porté par l’amour de son club, le FC Sion évoluerait lui aussi dans un climat nettement plus propice. Malheureusement, même quand l’équipe marche bien, Christian Constantin invente quelque chose pour qu’on parle d’abord de lui. Et, croyez-moi, les présidents plus connus que leurs joueurs, ce n’est jamais bon signe. Demandez aux gens, même aux fans de foot, de citer le nom du président de Barcelone, de Manchester United ou de Borussia Dortmund. Ils seront bien empruntés.»
Barcelone, c’est l’exemple à suivre pour le Franco-Suisse, qui partage sa vie entre Saint-Blaise et Strasbourg. «Je ne suis pas naïf. Je suis conscient que le Barça a les moyens financiers de conserver ses joueurs. Reste qu’aucun autre club au monde n’investit autant pour former physiquement, techniquement, mentalement et culturellement ses futures stars. Contrairement à Neuchâtel, à Sion ou même à Servette, il émane de cette équipe quelque chose de sain, d’authentique, d’exemplaire et – c’est le plus important – de très attachant pour les supporters.»

Une Super League à 16

Journaliste-écrivain, Jacques Ducret, qui observe le microcosme romand depuis soixante ans, abonde. «Julian Esteban, bientôt 26 ans, est le dernier joueur formé par Servette. Et que dire de Sion, naguère club formateur par excellence, contraint de se débattre dans de graves problèmes administratifs à cause de six joueurs étrangers de qualité discutable», s’interroge le Genevois, bienveillant envers le LS «qui a le mérite, sans grand succès pour l’instant, de privilégier cette filière». Imprégnés par la rigueur et la culture germaniques, beaucoup plus sensibles aussi à l’identité locale que leurs pairs romands, les dirigeants alémaniques, Bâle en tête, suivent également cette voie remarque Gilbert Gress. «Un retour à seize équipes en Super League inciterait sans doute les Romands à y revenir. Nos internationaux évoluant presque tous à l’étranger, notre championnat n’a plus guère d’influence sur la valeur de l’équipe nationale», note Jacques Ducret, effrayé par la diminution du nombre de francophones au sein des diverses sélections juniors. «Et puis revenir à seize équipes n’a pas fatalement comme conséquence d’affaiblir les grosses cylindrées du pays. A l’époque, Ajax Amsterdam a remporté la Coupe d’Europe en ne perdant aucun match de championnat», rappelle Gilbert Gress. «Pourquoi ne pas regarder la réalité en face?» conclut Jacques Ducret. Par manque de flair et d’humilité peut-être…



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Tags: football romand, management, désastre, Gilbert Gress Aller en haut de page Haut de page

 

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