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FOOTBALL
FABIO CELESTINI, LA FORCE DU VIEUX SAGE
Revenu de Marseille et de Madrid, le footballeur Fabio Celestini rayonne dans ce Lausanne-Sport qui vient d’épater le continent en se qualifiant pour les poules de l’Europa League. A la fois vieux sage de 34 ans, moteur à explosion et papa poule, il se raconte comme rarement.

Par Marc David - Mis en ligne le 01.09.2010

Les deux garçons de Fabio Celestini regardent leur père poser, la lumière qui joue sur son ventre plat et caresse les arêtes de son visage, taillé au couteau. Ils le taquinent un peu et il leur répond, tendre et sévère, avec son air de bandit latino. D’un Che Guevara mêlé d’Eros Ramazzotti, des personnages qu’il aime avec passion. «Je suis double. Je suis à la fois sérieux, virulent, avec un gros caractère: je sais où je veux aller et j’aime les gens qui se battent pour un objectif. Et je suis aussi un papa poule, toujours à réclamer des bisous, à avoir besoin d’attentions et à vouloir sentir mes proches près de moi.»

L’œil anthracite et le regard qui ne se détourne jamais, Fabio Celestini a du chien. Enfant de Renens, revenu cet été à Lausanne après dix ans passés dans les vestiaires de France et d’Espagne (Troyes, Marseille, Levante, Getafe), il en est vite devenu l’âme, le cerveau, le poumon. Il a été reçu avec avidité. «Dès les premiers jours, mes équipiers se sont approchés de moi et m’ont questionné, même pour évoquer des trucs très personnels. «Fabio, je peux te parler?» disaient-ils. Je suis très fier d’être capitaine de cette équipe. Que des super garçons.»

UN STATUT PARTICULIER

Leurs questions l’ont parfois atterré. Ils lui demandaient par exemple s’il s’arrêterait de travailler, à leur place. Car la réalité du Lausanne en Challenge League, c’est cela: des joueurs qui gagnent parfois 2600 francs par mois, sont employés à côté du sport, sautent un entraînement ou sont forcés d’arriver en retard. C’est cette équipe-là qui a éliminé Lokomotiv Moscou, au budget quarante fois plus élevé que le sien (3,2 millions, dont un dévolu à la formation), et qui s’apprête à croiser des adversaires du même tonneau, CSKA Moscou, Palerme, Sparta Prague, dans une Europa League vaguement surréaliste pour elle.

Fabio connaît cette situation. L’envers des cartes l’intéresse. A Madrid, il a passé un diplôme de direction sportive avec le Lausanne-Sport pour sujet de mémoire. Il est revenu aux sources pour l’appliquer, d’entente avec les dirigeants vaudois. Devenant ainsi un joueur au statut particulier, impliqué dans la marche du club.

«Eloigné de mes enfants pendant 18 mois, j’ai vécu l’enfer»
Fabio Celestini

Il avoue avoir hésité. Quitter les vivats du Nou Camp pour remonter le col de sa veste dans la bruine de Wohlen l’enthousiasmait moyennement. Il ne regrette rien. «J’ai un tel plaisir à retrouver mes parents, mes amis. Et, pour moi, une défaite ou une victoire n’a pas le même sens que pour les autres joueurs. J’ai une vision et un projet derrière. Je veux faire progresser cette équipe, surfer sur l’euphorie actuelle. Bien sûr qu’il est possible de bâtir un grand club d’ici à cinq ans. Nous pouvons jouer en Super League demain si nous trouvons 6 millions de francs. Il faut pour cela que la ville et les entreprises se mobilisent. Rien de pire pour une équipe que de faire l’ascenseur. C’est se tuer soi-même.» L’inattendue participation à l’Europa League va apporter 1,5 million. Mais impossible de miser sur une telle manne à l’avenir.

Il regarde ses fils Dan et Matteo, Matteo et Dan. Il est rentré pour eux. Ces derniers dix-huit mois, la vie les a séparés. Lui à Madrid, eux en Suisse. «J’ai passé des moments terribles, l’enfer», glisse-t-il. Il revenait tous les lundis d’Espagne, juste pour les voir. «Un allerretour pour passer à peine une nuit ici. J’arrivais vers 20 heures, je leur disais bonne nuit et je les amenais à l’école le lendemain. Puis je repartais le mardi aprèsmidi. J’étais à la rue pendant une heure et la vie reprenait, le plaisir de jouer au ballon.»

Sa semaine, c’était rencontrer Messi ou Ronaldo sous les couleurs de Getafe, son club adoré pendant cinq ans. Sa fierté, c’est d’avoir été capitaine de Marseille en Ligue des champions. Mais surtout d’avoir laissé partout une empreinte profonde. Lié des amitiés, souvent prestigieuses. Au Real, il fait désormais partie de la famille. Il était estimé de tout le milieu de la Liga, jouait au golf avec Forlán, croisait Zidane au Lycée francais.

,JE SUIS BLANC OU NOIR»

Comme il est le contraire d’un ingrat, il cherche sans cesse à rendre au football ce qu’il lui a donné. Il a créé une Fondation, baptisée 442 et destinée à favoriser l’intégration sociale chez les jeunes à travers le football. En 2008, il n’a pas hésité à envoyer des centaines de mails et de lettres pour monter un match de gala à Genève. Tenace comme peu de footeux le sont dans la vraie vie, il a eu Raul, Zidane, Cantona.

Mais il est revenu à Lausanne. Il dit certes encore Innovation à la place de Globus et confond un brin le pont Bessières et le Grand-Pont. Lui, le fils d’Adriano, arrivé de Perugia en 1975 et chef chez Bobst. «Je suis fier du parcours de mon père. Je suis fils unique. C’est aussi pour cela que mes fils sont tout pour moi et que je me fiche un peu qu’on parle de moi. Je n’ai jamais voulu être footballeur pro. C’est venu comme cela. A Renens, on m’a dit: «Va jouer à Lausanne!»

Puis il a su se battre. En 2000, après deux Coupes de Suisse avec Lausanne, il a saisi sa seule offre venue de l’étranger. Le modeste club de Troyes fut son tremplin. L’équipe de Suisse? Trente-cinq sélections entre 1998 et 2008. «Mais jamais deux matchs d’affilée comme titulaire, note-t-il. Peut-être ne suis-je qu’un joueur de club. Sur 38 matchs, je suis bon 28 fois. Or, avec une équipe nationale, il faut sortir un match exceptionnel ici et là. Surtout, je ne suis jamais tombé sur un coach national qui croie en moi. J’ai eu un sentiment d’injustice par moments, c’est vrai.»

Il faut le voir à Lausanne. Rire, diriger, donner un conseil. «En même temps, je suis toujours fâché au moindre match d’entraînement perdu. J’essaie d’être plus zen mais je n’y arrive pas plus d’une heure. Je suis blanc ou noir.»

Dans ce monde gris clair ou gris foncé, c’est un footballeur qui tonne et détonne.



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Tags: footballeur, Fabio Celestini, Lausanne-Sport, Europa League Aller en haut de page Haut de page

 

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