Un ciel d’étain, une bise à pierre fendre, le sol gelé comme un sérac. Pas de quoi refroidir Daniel Aubort, l’auteur des images de ce reportage. Depuis vingt ans, par tous les temps, le photographe vaudois parcourt les montagnes et les forêts, les plaines et les marais à la découverte de la faune sauvage. Mélange de zoologie et de zen, son art s’accommode particulièrement bien de l’hiver. Si les animaux sont moins nombreux – les hérissons, les marmottes, les chauves-souris sont en pleine hibernation et les migrateurs comme les hirondelles ou les étourneaux ont rejoint des régions plus chaudes –, l’absence de feuillage, le manteau neigeux et la faim qui tenaille beaucoup d’espèces permettent des observations beaucoup plus riches. Et chaque image a son histoire...
AMOURS DE RENARD
«Ils étaient à moins de 50 mètres. Le renard doit obtenir la soumission de la renarde. Ensuite ils se sont accouplés. La scène a duré près de quarante minutes. Chacun essayait de repartir de son côté, mais ils restaient accrochés! C’est une situation extrêmement rare, elle aurait pu se passer derrière les branchages...»
OISEAU RARE
«Le butor étoilé ne passe que trois mois en Suisse et pas forcément chaque année. Il vit dans les roseaux. Son plumage est sa meilleure protection. A moins de cinq mètres, il est parfaitement invisible. Les oiseaux dominants du groupe avaient choisi les meilleurs coins pour guetter les poissons sous la glace, ceux où ils étaient à l’abri des regards. Celui que j’ai photographié en était par contre réduit à pêcher à découvert... Ça a été ma chance.»
RAGOTS DE GENÈVE
«Le cinéaste Samuel Monachon m’a fait découvrir les sangliers dans le canton de Genève. Comme la chasse y est interdite depuis 1974, ils sont plus faciles à observer que nulle part ailleurs... Soudain, ils sont arrivés face à nous, ils venaient de traverser un étang à la nage. Le sanglier est un animal fascinant, très intelligent, qui semble capable d’estimer une situation.»
GRÈBE EN PÉRIL
«Je suis depuis longtemps la colonie de grèbes huppés aux Grangettes. Un jour, juste devant mes yeux, l’un d’entre eux a complètement raté son atterrissage sur la glace. Coincé sur le dos, il lui a fallu un bon quart d’heure pour trouver un appui et pouvoir se remettre sur ses pattes. Si un autour ou un épervier étaient passés par là, il aurait été une proie facile.»
LEVER LE LIÈVRE
«Réussir une image de lièvre en pleine course, c’est un assez joli défi photographique. Généralement, on n’a qu’un petit derrière à queue blanche qui s’enfuit! Au Creux-de-Terre, près de Chavornay, où ils sont assez nombreux – certains maraîchers de la plaine de l’Orbe s’inquiètent –, j’ai eu la chance d’en voir surgir un devant moi et qu’il détale sur la gauche... Il faut déclencher très vite.»
MARTIN LE PÊCHEUR
«Pour les oiseaux, je me camoufle dans un affût. Les martins-pêcheurs sont passionnants à observer parce qu’ils ont une très grande variété d’attitudes, on peut par exemple voir le mâle faire des offrandes à sa femelle... Et puis ils sont très bien organisés avec des perchoirs réservés à la pêche, d’autres pour le couple, un troisième pour les bains de nettoyage... C’est ce que l’oiseau vient de faire sur la photo, sinon il aurait un poisson dans le bec!»
GOULUE, L’AIGRETTE
«Avec son plumage immaculé et son bec jaune, la grande aigrette est vraiment un magnifique oiseau, aussi grand qu’un héron. Celle-ci avait quand même eu les yeux un peu plus gros que le ventre, il lui a fallu un bon quart d’heure pour réussir à avaler le joli brochet qu’elle avait capturé! Quand il pêche, l’oiseau agite curieusement une patte pour faire bouger les poissons ou alors il marche très lentement sur les hauts fonds. On peut aussi l’apercevoir au milieu d’un champ, parce qu’il chasse aussi les campagnols et les mulots.»
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