La première remarque est d’ordre sanitaire. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a-t-elle eu raison d’informer aussi fortement sur la pandémie de grippe née au Mexique? La réponse est oui: c’est son travail, après tout, de signaler les dangers, même ou surtout potentiels, afin de mettre en place ripostes et préventions. La contamination semblant perdre en vigueur – c’est en tout cas la situation actuelle – l’OMS serait même légitimée à considérer cela comme son succès. Une certaine mondialisation de la réponse s’est mise en place, c’est heureux. Quelle était l’autre option? Attendre et voir? Supposer que ce n’était pas si grave? On voit bien les limites et vertiges de telles attitudes.
Le catastrophisme est devenu un genre. Dire pourtant que le pire n’est pas toujours sûr demeure un courage: ayons-le, parfois.
La deuxième remarque est d’ordre géogra-phique. Cette grippe était suffisamment médiatique pour intéresser les pays occidentaux. Mais un malaise persiste, si l’on ose dire, quant à certaines priorités, y compris à l’OMS. Le choléra continue par exemple de faire des ravages dans l’indifférence, notamment en Afrique. Un vaccin existe, pas cher, efficace à 90%, des thérapies fonctionnent. Mais la pauvreté et l’éloignement, le peu de risques de pandémie générale font détourner le regard chez nous, où l’on se regarde tousser. Rien qu’au Zimbabwe, plus de 4000 personnes sont pourtant mortes du choléra depuis août dernier, près de 100 000 sont contaminées. Alors oui, la grippe… Mais il existe plus grave ailleurs.
La troisième remarque est de l’ordre du vocabulaire. Grippe mexicaine, c’était stigmatisant pour les Mexicains, paraît-il. Grippe porcine, c’est embêtant pour la filière de la cochonnaille. Alors grippe A, comme un prude voile sur les mots. Avec cette façon de couper les virus en quatre, le politiquement correct a encore de beaux jours devant lui.
La quatrième remarque est de l’ordre de la bonne nouvelle. Les Suisses, comme les citoyens de la plupart des autres pays, n’ont absolument pas paniqué. Il se trouvera toujours quelques excités pour bourrer caves et greniers de Tamiflu, mais la réaction générale a plutôt été la placidité. Au vu des mots ici et là proférés, allant de l’épidémie totale à l’humanité en danger, c’est à souligner.
La dernière remarque est d’ordre sociétal. Nous vivons un monde où la logique de la peur prend trop souvent le dessus. «Toute époque a toujours été la pire», philosophait autrefois le théologien Henri de Lubac. A la mort des forêts succède aujourd’hui l’implosion financière. Au réchauffement de la planète la grippe aviaire, le SRAS, la mexicano-porcine désormais. Aux pluies acides, la fin des haricots, l’anéantissement du secret bancaire, ou ce que vous voudrez. Le catastrophisme est devenu un genre. Dire pourtant que le pire n’est pas toujours sûr demeure un courage: ayons-le, parfois.