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L'analyse en quatre points
Grippe A: «Chacun choisit comment se comporter»
L’épidémie de grippe A (H1N1) a atteint son pic en France mercredi dernier. Elle est attendue en Suisse ces prochaines semaines. Grippette ou maladie sérieuse? Le point avec Eric Masserey, médecin cantonal adjoint vaudois.

Par Marie Mathyer - Mis en ligne le 22.09.2009

1 Quelle est la situation actuelle de la Suisse face au virus de la grippe A (H1N1)?

«Notre politique de surveillance de la maladie est différente de celle de la France»


La France a déclaré mercredi 16 septembre que son seuil épidémique avait été atteint, avec 103 000 consultations recensées en une semaine. Qu’en est-il de la Suisse?

Notre politique de surveillance de la maladie est différente de celle appliquée en France. Ils surveillent très étroitement les personnes avec des symptômes grippaux, alors que nous déconseillons plutôt les consultations. Du coup, on ne peut pas donner de chiffres, puisque nous avons renoncé à comptabiliser les cas. Ce que nous pouvons dire, c’est que l’on peut s’attendre à ce que la vague épidémique nous arrive dans ces toutes prochaines semaines.

Quelle a été l’incidence de la rentrée scolaire puis universitaire sur la propagation du virus?

On nous signale qu’il y a un certain degré d’absentéisme particulier dans les écoles, mais sans répercussions de façon évidente dans les consultations médicales.

Est-ce que les personnes qui consultent pour des symptômes grippaux sont systématiquement dépistées?

Non, en Suisse, nous ne dépistons que les patients qui font des complications ou à risque, femmes enceintes, personnes souffrant de maladies chroniques, nourrissons.

La procédure diffère-t-elle d’un canton à l’autre?

Tous les cantons appliquent cette approche nationale de la même manière. Maintenant, les médecins, individuellement, peuvent fonctionner différemment. Certains employeurs demandent aussi parfois des diagnostics, mais il s’agit là de politiques d’entreprise particulières, non justifiées, car elles ne changent rien aux attitudes à adopter.

Combien coûte un test de dépistage et qui doit le payer?

Le frottis pour un dépistage du H1N1 en laboratoire coûte un peu plus de 100 francs. Le diagnostic et le traitement sont pris en charge par les caisses-maladie pour autant que vous fassiez partie d’un groupe à risque ou que la situation requiert un diagnostic selon votre médecin. S’il s’agit d’un intérêt personnel, la prestation n’est pas remboursée.


2 Quelle est la dangerosité du virus?

«Faible, mais individuellement, oui, ça peut être grave. C’est bien ce qui pose problème»


En France, un homme de 26 ans est décédé alors qu’il ne présentait aucune autre pathologie. Au même moment, le professeur Bernard Debré affirmait que «cette grippe n’est pas dangereuse». Grippette ou maladie sérieuse: qu’en est-il au juste?

Les deux sont vrais, malheureusement. C’est bien ce qui nous pose problème. Pour la majorité des gens, elle est moins problématique qu’une grippe saisonnière. Les personnes âgées sont peu touchées par le virus et la majorité des enfants et des adultes en bonne santé ont des symptômes faibles pendant trois jours. Mais, si vous vous retrouvez aux soins intensifs, vous ne trouvez pas que c’est une grippette! Malheureusement, le H1N1 envoie plus de gens aux soins intensifs qu’une grippe saisonnière, et il s’agit d’adultes jeunes.

Le vaccin contre le H1N1 n’est pas encore livré que certains le jugent déjà inefficace. Quel est votre avis?

Pour l’instant, le vaccin n’est pas encore autorisé par Swissmedic. Il devrait être disponible dès fin octobre, d’abord pour les groupes à risque et les professionnels de santé ou particulièrement exposés, ensuite pour la population en général. On sait que le système immunitaire répond bien au vaccin, mais il est vrai qu’on manque encore de renseignements sur son degré d’efficacité.

La vaccination ne sera pas obligatoire. Recommanderez-vous que toute la population y ait recours?

Les groupes à risque et les professionnels exposés et exposants auront un bénéfice évident à la vaccination. Pour la population en général, chacun choisira, mais la motivation évoluera en fonction de l’impact de l’épidémie et des résultats attendus sur les études cliniques en cours.

Quels pourraient être les effets secondaires?

On sait qu’il provoque, plus fréquemment qu’un vaccin contre la grippe saisonnière, une forte réaction inflammatoire locale et, dans un certain nombre de cas, de la fièvre ou une petite grippe transitoire. Mais les études sont encore en cours…

Est-ce que le Tamiflu est toujours utile?

Il reste et restera le bon médicament pour des personnes qui présentent des risques de complications et font un début de grippe A. Sauf rares exceptions, il doit être pris lorsque les symptômes apparaissent et seulement par des personnes faisant partie des groupes à risque.

A combien de décès doit-on s’attendre?

Parler de chiffre est impossible. Un décès évitable sera toujours un décès de trop. On sait qu’il y aura des décès, même si, pour l’instant, la Suisse est épargnée. Dans les prévisions, on est malgré tout bien en deçà de ce que l’on aurait pu craindre au printemps dernier. La dangerosité est faible, mais individuellement ça peut être grave. Une pneumonie virale sévère chez un adulte jeune, c’est compliqué et difficile à traiter.


3 Vivre en zone épidémique, ça implique quoi?

«Les inquiétudes ont beaucoup diminué depuis l’été»


Constitution de stocks de masques, utilisation systématique de gel désinfectant, limitation des contacts physiques: que faut-il vraiment faire?

A l’heure actuelle, on ne cherche pas à savoir si quelqu’un a le virus et, donc, on ne vise pas à l’empêcher à tout prix de se répandre. Du coup, investir dans un bon savon et avoir une bonne hygiène des mains suffit, avec le maintien d’une distance d’un mètre avec une autre personne si l’on a des symptômes. Pour les masques, en période épidémique, on met un masque quand on est malade et quand on côtoie des personnes à risque. Les inquiétudes ont beaucoup diminué entre le début de l’été et maintenant. On n’est plus obligé de prescrire aux gens d’arrêter de se serrer la main ou de se faire la bise de façon systématique, comme cela avait été dit. Chacun choisit comment se comporter.

Ce sont bientôt les vacances d’automne. Peut-on partir en vacances?

C’est le bon moment pour partir dans l’hémisphère sud! Non, sérieusement, il n’y a aucune restriction de voyage.

J’ai un début de grippe: je fais quoi?

Vous prenez votre température, vous fonctionnez comme pour une grippe normale en hiver. Si vous n’avez pas de fièvre et que vous vous sentez assez bien, vous allez travailler en respectant les règles d’hygiène; si vous êtes trop mal, avec de la fièvre à 38 °C ou plus, vous restez chez vous jusqu’à un jour sans fièvre. Si vous voulez consulter, vous téléphonez avant. En moyenne c’est trois jours de maladie avec fièvre, un jour sans et le cinquième on peut reprendre ses activités.

Combien de temps est-ce qu’on est contagieux?

On considère que, vingt-quatre heures après la fièvre, on excrète moins de virus, et donc on est moins contagieux. Pour un enfant, cela peut être plus long.


4 Un pronostic pour l’hiver?

«Les virus de la grippe évoluent toujours»


Quelle sera l’interaction entre la grippe saisonnière et la grippe porcine?

Les virus de la grippe saisonnière et ce nouveau A (H1N1) peuvent cohabiter. Nous n’avons que les pays de l’hémisphère sud comme indicateurs, et là-bas on a pu constater que 80% des grippes étaient de type H1N1. Le virus épidémique supplante ainsi l’autre, même s’il peut arriver, comme en Afrique du Sud, qu’une vague de grippe saisonnière ait lieu avant ou peut-être juste après l’épidémie de H1N1.

Faut-il donc renoncer à se faire vacciner contre la grippe saisonnière?

Non, au contraire. Les populations cibles de la grippe saisonnière devraient d’autant plus se faire vacciner cette année, notamment pour éviter la confusion. On sait par exemple que les personnes âgées sont peu touchées par le H1N1 mais, quand elles sont atteintes, elles ont tendance à développer des complications. Donc, si elles ne sont pas vaccinées et qu’elles font une grippe saisonnière, il sera difficile de faire la différence.

Le vaccin classique protège-t-il quand même un peu du H1N1?

Non.

Ne pas savoir de quelle grippe on souffre, est-ce dangereux?

Si vous ne faites pas partie d’un groupe à risque, non. Vous avez une H1N1, et alors? On ne vous soignera pas différemment, sauf complications.

Avec l’arrivée du froid, est-ce que le virus pourrait muter?

Oui, les virus de la grippe aiment cette saison. Et, plus ils s’y sentent bien, plus ils nous font des surprises. Si le virus mutait et devenait plus dangereux, on aurait recours aux fameux plans grippe aviaire, qui étaient des plans maximalistes par rapport à celui qu’on utilise aujourd’hui. Mais on ne peut pas se préparer contre toutes les pandémies en même temps. Les virus évoluent toujours. Est-ce que ce sera un peu, beaucoup, réassorti au H5N1 (le virus de la grippe aviaire)? Ce sont des possibilités, les virus sont capables de tout. A ce jour pourtant, le A (H1N1) est resté stable.




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Tags: Grippe A (H1N1), Suisse, épidémie, Eric Masserey, médecin cantonal adjoint vaudois Aller en haut de page Haut de page

 

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