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Grippe A (H1N1), virus masqué
Comment l'attrape-t-on? Quels sont les symptômes? Quels sont les risques? A quand un vaccin? Médecin cantonal à Genève, le Dr Philippe Sudre, spécialiste des épidémies, répond à toutes les questions, basiques ou angoissantes.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 22.07.2009

Le virus A (H1N1), c'est quoi?

«Le virus comprend des segments génétiques de deux virus porcins, d'un virus aviaire et d'un virus humain. Il a fait son apparition au Mexique au mois d'avril. Il est tellement contagieux qu'il se transmet facilement d'un être humain à l'autre, même en été.»

Quels sont les symptômes?

«Ce sont quasiment les mêmes que ceux de la grippe saisonnière: fièvre dépassant 38°C, toux, frissons, mal de gorge, douleurs musculaires, éventuellement rhume. Chez les enfants, vomissements et diarrhées sont assez fréquents.»

Quel comportement adopter en cas de soupçon d'infection?

«Rentrer chez soi et téléphoner à son médecin. Après quelques questions, celui-ci déterminera si une consultation est nécessaire ou pas. Se rendre aux urgences est inutile, sauf en cas de complications telles que difficultés respiratoires.»

Quelles sont les populations à risque?

«Les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies chroniques, notamment les affections cardiovasculaires, respiratoires, circulatoires, le diabète. Les enfants et les gens obèses semblent également plus sensibles au virus.»

Quelle est la durée de la période d'incubation, entre l'infection et le début des signes?

«De deux à sept jours.»

Et celle de la contagion?

«Un jour avant l'apparition des premiers symptômes et deux jours après la guérison. Les enfants restent parfois contagieux jusqu'à dix à quinze jours après leur guérison.»

Quelles sont les personnes hautement contagieuses?

«Nous ne sommes pas tous égaux devant la maladie. Certaines personnes, on ne sait pas très bien pourquoi, sont effectivement beaucoup plus contagieuses que d'autres à un moment précis de la maladie. Mais c'est surtout quand les signes sont au maximum, la toux en particulier, que l'on risque le plus de transmettre.»

Comment la pandémie se transmet-elle?

«Le virus est véhiculé par la projection de gouttelettes lorsqu'une personne atteinte éternue ou tousse. Les postillons représentent le plus grand risque. Le contact direct, par une poignée de main par exemple, permet aussi la transmission. Le virus restant infectieux plusieurs heures, il est possible de le contracter après avoir touché une surface contaminée telle qu'une poignée de porte ou une table et porter ensuite sa main à sa bouche, à ses yeux ou à son nez. Contrairement à ce qu'une rumeur colporte, la viande de porc n'est en aucun cas un vecteur de transmission. Il est probable que la circulation du virus s'intensifiera énormément lors de la rentrée des classes.»

Comment se protéger?

«Se laver fréquemment les mains avec du savon. Lorsque le virus circulera beaucoup en Suisse, restez à distance des autres (un mètre), évitez les poignées de main et les embrassades. Pour les malades et leurs proches, porter un masque sera utile; aujourd'hui, il n'est pas encore nécessaire.»

Un vaccin, mais quand?

«Il est annoncé pour le mois d'octobre. Un vaccin est un produit de très haute technologie soumis à des normes prudentielles de tests extrêmes avant d'être mis sur le marché. La Suisse en a commandé 13 millions de doses (ndlr. 84 millions de francs, soit 6 fr. 50 la dose). Il sera administré en priorité aux populations à risque et au personnel soignant.»

Précision: le vaccin contre la grippe A ne protège pas de la grippe saisonnière. Ce dernier sera proposé plus tôt que d'habitude, en septembre déjà probablement.

Y a-t-il des gens immunisés?

«On raconte que les personnes de 60 ans et plus seraient immunisées contre la maladie. En fait, on ne sait pas. Une partie d'entre elles seulement, sans doute confrontées à un virus approchant le H1N1 une fois dans leur vie, sont peut-être partiellement immunisées. Il serait irresponsable de considérer toutes les personnes âgées comme immunisées.»

La grippe A, dangereuse?

«Les données disponibles indiquent que, chez la plupart des malades, la grippe A (H1N1) n'est pas plus grave qu'une grippe saisonnière. Les patients guérissent souvent sans traitement. Dans l'immense majorité des cas, il suffit de se reposer chez soi durant une semaine, de boire beaucoup, de traiter la fièvre si nécessaire et d'attendre que ça passe. Seuls les cas aigus et les populations à risque doivent recevoir un antiviral, le Tamiflu par exemple. Le but est d'éviter à tout prix les complications principales de la grippe pandémique, en particulier la pneumonie virale, qui peut se révéler fatale.»

Des personnes apparemment en bonne santé meurent-elles de la grippe A?

«C'est vrai. En Angleterre, un médecin et une fillette d'une dizaine d'années sont décédés de la grippe A après avoir fait une forme grave de la maladie sans qu'on sache vraiment pourquoi. Si, aux Etats-Unis, on a constaté plusieurs décès de personnes obèses, en l'occurrence, ce n'était pas le cas. C'est le genre de situation qui me fait dire qu'on doit s'inquiéter de ce virus et le traiter avec le plus grand sérieux.»

Pour mémoire, au 14 juillet 2009, 113 507 personnes de 135 pays étaient touchées par le virus à travers le monde. L'OMS a recensé 549 cas mortels à ce jour. Il semble que la plupart était des personnes mal diagnostiquées, ou fragilisées au départ. Le sous-continent sud-américain, où sévit actuellement l'hiver austral, est la zone la plus touchée, avec 100 000 personnes infectées et 440 victimes, dont 137 pour l'Argentine, selon l'OMS. Avec 55 000 cas déclarés et 29 morts (état au 16 juillet), l'Angleterre est le pays européen le plus touché. La grande majorité des personnes décédées après avoir contracté la grippe porcine présentaient «des problèmes médicaux annexes». Seul un cas confirmé de décès attribué uniquement à la grippe a été confirmé jusqu'à présent, souligne l'Agence de protection sanitaire britannique.

En Occident, la grippe A (H1N1) tue plus que le sida. vrai?

«C'est statistiquement tout à fait plausible. Le taux de mortalité de la grippe A est de 5 personnes pour 1000. Mais, une fois de plus, cette proportion est liée à l'état de santé des patients. Pour les gens en bonne santé, le taux est sans doute beaucoup plus bas, contrairement à celui des populations à risque.»

De 2000 à 10 000 morts cet hiver en Suisse, c'est possible?

«Oui, mais malheureusement tout à fait en rapport avec le nombre supposé de personnes pouvant être atteintes par le virus. Plus il y aura de malades, plus le nombre de patients à risque contaminés sera élevé.»

Par comparaison, la grippe saisonnière en Suisse est chaque année à l'origine de 200 000 consultations auprès des médecins, de 5000 hospitalisations et de 400 à 1000 décès.

Des hôpitaux de campagne?

«Nous rien sommes pas encore là, Dieu merci. Mais on peut imaginer que, en cas d'engorgement, des infrastructures provisoires, telles que des tentes, soient dressées à proximité des hôpitaux, non pas pour soigner les gens, mais pour filtrer et aiguiller les personnes selon leur type de maladie.»

Un scénario similaire est envisagé du côté du CHUV, à Lausanne.

Et si le virus mutait?

«L'une des caractéristiques des virus de la grippe est qu'ils peuvent muter facilement. Personne ne sait si le virus H1N1 se transformera ou pas en un agent pathogène virulent entraînant des complications plus graves. Ce que l'on peut dire, c'est que la première vague de la grippe espagnole, en été 1918, avait été relativement peu agressive, mais le virus est réapparu en automne de la même année sous une forme beaucoup plus dangereuse et agressive. A ce stade, je ne peux pas prédire comment le virus actuel évoluera.»

Les médias informent-ils ou font-ils peur?

«A force d'avoir peur de faire peur, on a fini par minimiser et banaliser le risque. Ce n'est pas bien. Beaucoup de gens n'ont pas encore réalisé la gravité de la situation qui pourrait se produire. Le travail des médias est justement de leur en faire prendre conscience sans toutefois tomber dans un alarmisme exagéré. Mieux les gens seront informés, mieux ils se comporteront pour éviter la propagation du virus ou pour s'en débarrasser.»

Et les grippes parties, votre diagnostic?

«Se réunir pour se contaminer mutuellement est en quelque sorte une façon de se vacciner sans... vaccin. Cela dit, inciter les gens à tomber malades alors que ma mission est de renforcer la protection de la santé publique serait fort de café. La grippe party est d'ailleurs une fausse bonne idée. Ily a trop d'incertitudes autour du virus pour jouer à ce jeu de roulette russe. Et puis cela pose un problème éthique: que se passerait-il dans le cas où une personne ayant délibérément le virus l'aurait involontairement transmis à un malade chronique?»

Vie quotidienne: l'automne et l'hiver en mode ralenti

Texte: Christian Rappaz

Le pic présumé de la pandémie (entre 1 et 2 millions de malades), clouera près d'un travailleur sur trois à la maison pendant une à deux semaines dès septembre, selon les prévisions officielles. De quoi perturber l'activité économique et bouleverser nos habitudes. Tour d'horizon des «plans de continuité» prévus.

Bizarre, bizarre! D'habitude si prompts à se protéger contre tous les périls potentiels, les Helvètes semblent zen face à la grippe A. L'effet vacances, allié à une certaine incrédulité, sans doute. Cadre du groupe Sun Store (une centaine de pharmacies en Suisse), Francis Rossier confirme n'avoir constaté aucun rush sur les masques et autres solutions désinfectantes ces derniers jours. «Tout juste avons-nous vendu un peu plus de Tamiflu qu'à l'accoutumée», s'étonne-t-il, persuadé que cela ne va pas durer. Le groupe se dit paré et chamboulera son mode de fonctionnement. «Nous proposerons à nos clients d'envoyer leur ordonnance par fax ou par poste. Nous déposerons ensuite leur commande devant leur porte. Cela évitera tout contact inutile et nous permettra aussi de pallier en partie l'absentéisme auquel nous serons confrontés.»

L'angoisse des distributeurs

S'adapter, s'organiser, improviser. Des mots brandis comme des slogans au sein des entreprises à l'approche d'un automne qu'elles traverseront peut-être en mode ralenti. Et nous avec. A l'ère du stress universel, la nouvelle de ce coup de frein n'est pas mauvaise en soi. Elle nous compliquera juste un peu la vie. Des ordonnances par courrier, disait Sun Store. Encore faudra-t-il que le tri et la distribution du courrier suivent et que les offices postaux soient ouverts. Ce que le géant jaune, malgré des plans de continuité ad hoc, ne peut pas garantir. «Au-delà de 25% d'absentéisme et malgré des horaires de distribution rallongés ainsi que toutes sortes d'adaptations ponctuelles, il faudra compter avec des perturbations», avertit Nathalie Salamin, sa porte-parole. Nos «e-courses» commandées par internet risquent bien de moisir dans leur emballage. Dans ce cas, mieux vaut donc passer chez son distributeur habituel. Mais ce n'est pas gagné pour autant. En cas de pandémie de grande ampleur - et donc de manque de personnel - Coop et Migros n'écartent pas l'hypothèse de fermer certains magasins, non alimentaires notamment, et de concentrer leurs efforts dans quelques centres afin de garantir l'approvisionnement. L'assortiment pourrait également subir une cure d'amaigrissement momentanée. Les deux géants de la distribution assurent cependant tenir constamment à jour leurs plans de continuité afin de réduire au minimum les désagréments pour leur clientèle et leurs 138000 employés (Migros 88 000 et Coop 53 000).

Les plans secrets des CFF

Vous habitez la campagne, la montagne, et vous n'êtes pas motorisé? Aïe! Ça se corse pour vous rendre au centre commercial le plus proche. A partir de 15% d'absentéisme, certaines lignes de cars postaux, les moins utilisées, pourraient être supprimées. Le train? Vaste question, à laquelle les CFF ne répondent pas encore. «La situation actuelle n'exigeant pas la mise en œuvre de mesures urgentes, nous ne désirons pas communiquer sur les plans mis en place», fait savoir Frédéric Revaz, porte-parole. Mais la régie dispose depuis plusieurs années de scénarios élaborés avec les autorités sanitaires pour faire face à une pandémie de grande ampleur. Les CFF ayant plus souvent un train de retard qu'un coup d'avance, on attend quand même de voir comment circuleront les 7000 convois quotidiens transportant 860 000 passagers au cas où un quart des 28000 cheminots restent à quai...

Moins de mystère chez Swiss: la compagnie est en alerte depuis la phase 3 de l'épidémie, au mois de mai. Des stocks de masques, de gants et de Tamiflu ont été constitués, rapporte Jean-Claude Donzel, en craignant un automne difficile: l'exposition au virus sera importante pour les 1000 pilotes et les 4000 personnes de cabines affectés aux 77 avions que Swiss fait voler chaque jour. «Cela dit, en cas de forte pandémie planétaire, on peut penser que les gens voyageront beaucoup moins. Ce qui réduira nos problèmes d'absentéisme.»

TSR et journaux sur le qui-vive

Voyager moins et rester chez soi. Comment s'occuper lors d'une éventuelle assignation forcée à résidence? Par la lecture des journaux? Pas sûr. Selon Le Temps, le plan d'action du groupe Edipresse prévoit que ses cinq quotidiens (Le Matin, Le Matin bleu, 24 heures, La Tribune de Genève et Le Temps) seraient remplacés par un journal unique. En Suisse alémanique, c'est le quotidien Blick qui pourrait devenir le journal de la pandémie de Ringier, selon Daniel Pillard. Selon le patron de la division romande, la fabrication des magazines, dont celui que vous tenez dans vos mains, ne devrait pas être perturbée, compte tenu de leur parution hebdomadaire.

Et la télévision? Le service pourrait devenir minimal. «Si 10% des employés sont absents, la production sera faiblement perturbée, explique Christophe Chaudet, de la direction des programmes. Si c'est 20%, elle sera dégradée, et fortement dégradée à partir de 40%. Des émissions prioritaires seront choisies pour chaque scénario. La volonté est de maintenir les programmes d'information et les émissions pour la jeunesse si les enfants doivent rester à la maison.» Bien vu. Car la rentrée des classes reste sujette à caution, même si, en l'état actuel, elle n'est pas remise en question. «Il faudrait une flambée importante de cas pour que les écoles soient fermées», détaille Georges Dupuis, médecin cantonal valaisan, canton le plus touché avec une septantaine de cas confirmés. Même marche à suivre pour les crèches et les garderies, «à la différence près que les bébés de moins de 1 an risquent davantage de tomber malades», précise le médecin cantonal vaudois Karim Boubaker. Il pourrait imposer des mesures plus contraignantes, comme des mises en quarantaine et des investigations particulières.

Loisirs en péril

Foires, manifestations sportives, discothèques, l'inquiétude monte chez les patrons des grands rassemblements populaires. «Nous allons tous les jours prier Notre Dame de Lorette pour qu'elle nous épargne.» Michel Maillard, le sous-directeur du Comptoir suisse (18 au 28 septembre au Palais de Beau-lieu, à Lausanne), choisit d'en rire. A l'énoncé des chiffres monstrueux avancés par l'OFSP, le ton se fait soudain plus grave. «Que pouvons-nous faire hormis se conformer aux instructions des autorités sanitaires?» interroge notre interlocuteur, en reconnaissant que le comité n'a pas prévu de mesures particulières pour l'édition 2009. «Une assurance annulation? Je me demande même si cela existe», soupire Michel Maillard, qui préfère croire à une issue favorable.

Même optimisme du côté de la Foire du Valais, où le directeur, Raphaël Garcia, se déclare plus préoccupé par l'interdiction de fumer en vigueur depuis le 1er juillet en Valais, que par la progression de la pandémie. «Si la contagion est telle que l'Etat nous impose de fermer cette 50e édition (2 au 11 octobre), on se soumettra. L'idéal serait que la manifestation soit placée en quarantaine avec 20000 personnes à l'intérieur», plaisante tout de même le sémillant Bas-Valaisan.

Patron du Mad, la grande discothèque branchée lausannoise, Igor Blaska, n'a, lui, vraiment pas envie de rigoler. «Les conséquences économiques d'une fermeture, même courte, seraient catastrophiques. Avec nos 130 employés, on se retrouverait vite au bord de la faillite», s'insurge-t-il, en clamant qu'il n'y a pas plus de risque d'être contaminé dans son établissement qu'à la Migros ou dans un train. Ironie du destin, le club inaugurera un purificateur d'air le 1er septembre prochain.

Coupe du monde de foot et JO en danger?

Le sport est déjà touché. A Auckland, le syndrome de la grippe A a en effet plané sur le premier match du Tri Nations de rugby ce week-end, entre la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Inquiètes face à l'accélération de la pandémie dans leur pays (2500 cas confirmés), les autorités sanitaires néo-zélandaises ont supplié les supporters présentant des symptômes de renoncer à assister à la rencontre.

Le football rien est pas encore là. Mais la FIFA surveille «l'évolution de la situation, en étroite collaboration avec l'OMS». Quant à savoir si des rencontres de qualification pour la Coupe du monde 2010 ou des championnats nationaux seront reportés ou annulés, l'organe faîtier indique qu'il est trop tôt pour en parler. Même son de cloche du côté du CIO, où l'on suit l'évolution de la pandémie à six gros mois des Jeux olympiques de Vancouver. Chargée des relations médias de l'institution, Sandrine Tonge estime qu'il est prématuré d'imaginer un report ou une annulation des joutes canadiennes. «Nous sommes en contact permanent avec la commission médicale du comité d'organisation, qui traite ce dossier en collaboration avec l'OMS. Pour l'instant, aucune recommandation particulière ni restriction nous ont été transmises au niveau des voyages.»


Témoignage: «J'étais sûr d'avoir une simple grippe»

Texte: Sonia Délèze

Sebastian Kuonen a attrapé la grippe A début juillet aux îles Canaries. Un voyage de classe qui marquait la réussite de ses examens de maturité. Avec deux autres de ses camarades, il compte parmi les 21 cas de grippe H1N1 recensés en Valais.

Sebastian Kuonen, 19 ans, a été contaminé par le virus de la grippe A il y a à peine deux semaines. Aujourd'hui, c'est un jeune homme en pleine forme et tout sourire qui nous accueille dans le petit village de Niedergesteln (VS), où il vit chez ses parents.

Au début du mois de juillet, Sebastian part pour une semaine de vacances aux îles Canaries. «Nous voulions fêter notre maturité gymnasiale avec mes camarades de classe. Je ne m'attendais vraiment pas à tomber malade», explique-t-il. Sur les 18 amis partis au soleil, seuls trois sont atteints.

Chez Sebastian, les premiers symptômes apparaissent quelques heures seulement après son retour en Suisse. De la fièvre et de la toux, rien d'alarmant en soi. Mais le Haut-Valaisan sait que plusieurs cas de grippe A se sont déclarés en Espagne. Prudent, il appelle son médecin le lendemain. Ce dernier le dirige vers les urgences de Sion. Sebastian s'y rend, en toute décontraction, sans précaution particulière. «C'est seulement une fois à l'hôpital qu'on m'a donné un masque. Puis on m'a isolé dans une chambre en attendant le médecin», précise-t-il. Un test de dépistage, puis renvoi direct à domicile avec des comprimés de Tamiflu à titre préventif, avec la consigne de rester à la maison durant cinq jours.

Deux jours de patience ont été nécessaires pour avoir les résultats du test. Mais Sebastian ne s'est pas inquiété: «J'étais sûr d'avoir une simple grippe, parce que deux jours après je n'avais plus de fièvre.» Du coup, lorsque le médecin lui annonce le diagnostic par téléphone, test positif à la grippe porcine, Sebastian est déjà presque guéri. Il tousse encore un peu, sinon rien; il se sent parfaitement bien.

Quant à ses parents, ils ne se sont pas fait de souci non plus, tant leur garçon s'est rétabli rapidement. «On en a même plaisanté, ajoute le jeune homme en riant. Lorsque ma mère me demandait un service, je le lui refusais, prétextant que j'avais la grippe porcine!»


Buenos Aires, trois semaines d'état d'urgence sanitaire

Texte: Dorothée Schepens, Buenos Aires

Après la panique, l'Argentine a pris des mesures drastiques et contradictoires. Mais les gens en ont vu d'autres...

Depuis trois semaines, Buenos Aires vit en état d'urgence sanitaire. Vendredi dernier, le gouvernement a annoncé qu'il prolongeait d'une semaine les mesures déjà prises. Difficile, pour l'heure, d'établir un nombre de victimes précis; le chiffre officiel est de 137, mais les autorités reconnaissent qu'il est peu représentatif de la réalité. De toute façon, ici, personne n'y croit, aux chiffres. Dans la capitale, après quinze jours de confusion, l'ambiance est au retour à la vie. Les théâtres, qui avaient fermé, ont rouvert et, ce week-end, il y a affluence.

C'est le lendemain des élections législatives, le lundi 29 juin, que la grippe A a été officiellement annoncée. La coïncidence en a surpris plus d'un. Le mardi 30, il est décidé que les vacances d'hiver, initialement prévues du 20 au 31 juillet, sont avancées au 6 et dureront jusqu'à la fin du mois. Depuis, les employés de l'Etat et les parents d'enfants de moins de 14 ans sont autorisés à rester à la maison. Les femmes enceintes, les personnes atteintes d'immuno déficience et les diabétiques sont mis en congé dans le secteur public comme dans le secteur privé. Pourtant, les matchs de foot ont lieu, les magasins, les banques, les cinémas restent ouverts, les transports en commun fonctionnent. Du coup, beaucoup s'interrogent: pour diminuer le risque de contagion, ne faudrait-il pas tout fermer, comme cela a été le cas à Mexico?

Panique

Les premiers jours de grippe A ont provoqué un mélange de panique, d'alarmisme et de je-m'en-foutisme à Buenos Aires. Une réaction due avant tout à l'incertitude: méconnaissance du virus et méfiance, voire défiance, à l'égard de la parole des autorités politiques. Certains ont donc décidé de sortir le moins possible de chez eux pour éviter tout contact, tandis que d'autres ont continué à éternuer sur tout le monde dans le métro bondé. Les masques sanitaires sont apparus. Chacun était observé avec suspicion, tant parce qu'il était protégé que parce qu'il ne l'était pas. Les interprétations passaient d'un extrême à l'autre: «une surinfection qui tue en moins de six heures» pour les uns; «rien de plus grave qu'une grosse grippe saisonnière, la fièvre disparaît en une nuit» pour d'autres.

Pragmatisme

Puis le pragmatisme a pris le dessus: début de mesures d'urgence, campagne de prévention du gouvernement, la grippe avait désormais ses affiches couvrant la ville, son site internet et son numéro de téléphone. Des messages d'information étaient répétés en boucle à la radio. Rien n'est omis.

On apprenait même que l'on pouvait se rendre sans risque de contagion à la veillée funèbre d'un ami décédé du virus. La vie sociale tournait toujours pourtant au ralenti dans cette capitale célèbre pour son côté animé. On parlait moins et on restait chez soi. On préférait une réunion entre quelques amis à la maison à une sortie dans un lieu public. Les hobbies en groupe étaient annulés. La ville était déserte, excepté quelques cafés bondés qui apparaissaient comme des îlots de survivants.

Aujourd'hui, la grippe semble être entrée dans l'ordre des choses. Les gens vivent avec. Peut-être parce que, depuis cinquante ans, la crise, qu'elle soit économique ou politique, est omniprésente. Alors la grippe A...



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