Auparavant, c’était un frère aîné, une voisine, une grand-maman. L’élève en détresse scolaire les appelait à l’aide et ils servaient d’appui. Aujourd’hui, la pression d’un univers obnubilé par les diplômes l’obligeant, des organismes, souvent privés, fleurissent ici et là en Suisse romande, surtout autour des villes.
«UN COMPLÉMENT À L’ÉCOLE»
L’école publique propose certes partout des devoirs surveillés, mais ils ne suffisent souvent plus. «Un enfant qui avance tranquillement n’ira pas en voie gymnasiale», dit Isabelle Henzi de Boissoudy, du site Vaud Famille (www.vaudfamille.ch). «Nous constatons une augmentation très nette des demandes», confirme Isabelle Thièry, du Centre vaudois d’aide à la jeunesse. La démocratisation des études y est aussi pour quelque chose.» Dans cet organisme qui met en contact élèves et répétiteurs, on est passé de 2000 appuis en 2003 à 2500 aujourd’hui. Même musique à l’ARA, institution genevoise œuvrant depuis cinquante-deux ans: plus de 5000 élèves et 2400 répétiteurs. «Et si l’on ouvrait trois lignes, elles seraient pleines», note Bernard Matthey, son président. Entre Vaud et Fribourg, les Clefs du Succès (60 enseignants, 1200 élèves) viennent d’ouvrir dix centres et comptent en créer autant bientôt. «Nous nous considérons comme un complément à l’école», explique son directeur, Maurice Braillard.
L’appui se décline sous des formes diverses. Chez Appuisa, la directrice, Victorine Ungaro, connaît chaque élève. «On repère ses besoins, on le prend par la main, on vérifie tout.» Les valoriser, tel est le mot d’ordre. «Notamment ceux qui ont décroché de l’école et restent sur le carreau. Ils sont en pleine perte de confiance dans le système scolaire», note Isabel Perez, qui a fondé ipcoaching (www.ipcoaching.ch).
«On dit à l’enfant: «Passe des examens, ensuite tu verras…»
ISABELLE HENZI DE BOISSOUDY, VAUDFAMILLE.CH
Certains, comme l’ARA ou le CVAJ, vont systématiquement au domicile de l’élève. «On veut voir, s’intégrer, comprendre la famille», dit Bernard Matthey. D’autres pensent le contraire. «L’élève doit faire l’effort de se déplacer. Comme au fitness…» sourit Charles-Henri Moser, de Repetimus, qui travaille exclusivement avec des enseignants professionnels.
Ceux qui pensent, comme au CVAJ, qu’un «jeune étudiant répétiteur encore dans son cursus sait de quoi il parle». Et ceux qui ne jurent que par des enseignants donnant des cours qui, dans le cas du coaching scolaire, peuvent valoir jusqu’à 140 francs l’heure. Dans cette configuration, une seule leçon: la crise de 2009 a eu pour effet de focaliser les parents sur la nécessité d’obtenir des diplômes. «Si un enfant de 15 ans ignore ce qu’il veut faire, ce qui est son droit, on lui dit aujourd’hui: «Passe des examens. Ensuite tu verras bien…» conclut Isabelle Henzi de Boissoudy. Au diable les voyages initiatiques lointains ou les petits boulots. C’est un monde où l’on devient adulte très vite.
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