La réussite scolaire est une âpre compétition qui demande beaucoup de sacrifices et d'efforts. Récits des différents acteurs qui la vivent.
Par
Marc David - Mis en ligne le 10.09.2010
«Je voulais donner à mon fils les mêmes chances qu’ont les autres élèves»
ELISABETH FRITZ BAUMANN, SECRÉTAIRE
EPALINGES (VD)
MAMAN DE NICOLAS, 16 ANS ET DEMI
S’ organiser, travailler. C’était le problème très ordinaire et très profond de son fils Nicolas l’an dernier, en neuvième année d’un collège secondaire vaudois. «Pas du tout une question d’intelligence ou de capacité, souligne Elisabeth Fritz Baumann, mais lui-même commençait à s’inquiéter en voyant arriver l’échéance du certificat.»
Volontaire, elle tente de prendre la situation en main. «Il bâclait ses devoirs, mais je ne pouvais pas intervenir. Selon lui, le travail qu’il accomplissait n’était jamais assez bien à mes yeux et cela le décourageait. Cette situation a généré des tensions sans fin entre nous.» Mère élevant seule son fils, employée à 90%, elle rentre du travail vers 17 heures. «Peutêtre que si j’avais eu plus de temps…» Elle opte alors pour du coaching dans un centre de soutien scolaire privé, deux fois par semaine pendant six mois. «Je voulais donner à mon fils les mêmes chances qu’ont les autres élèves. Il a réfléchi pendant une semaine, puis il s’y est mis et il a été séduit.» Elle ne l’a pas regretté. «C’était un sacrifice financier, c’est vrai, et j’ai pu bénéficier d’un soutien familial. Mais cela m’a changé la vie! Je n’ai plus eu à m’occuper des devoirs.» Nicolas vient d’entrer au gymnase. Il intègre mieux ce qu’il apprend. Surtout, gain inestimable, la paix est revenue dans le foyer des Fritz.
«La pression sur les résultats à obtenir est devenue tellement forte»
PHILIPPE CHERVET, MAÎTRE D’ÉCOLE
MEYRIN (GE)
ENSEIGNANT DEPUIS TRENTE ANS AU CYCLE D’ORIENTATION DE LA GOLETTE
A vec ses trente-six ans d’expérience, Philippe Chervet n’est pas étonné par la vogue soudaine des soutiens scolaires. «Non, je ne suis pas surpris. La pression sur les résultats est devenue très forte. Les normes d’admission dans les collèges sont sévères.» Membre de la Fédération des Associations des Maîtres du Cycle d’orientation (FAMCO), il enseigne le français mais aussi l’information professionnelle à ses élèves de neuvième année. «Je vous assure que je n’ai jamais de problème de discipline pendant ces cours-là. Tous les yeux sont braqués sur moi…»
L’école publique offre certes une riche palette de possibilités d’appui. Des cours spécifiques pour les non-francophones, par exemple. «Mais, quoi que nous fassions, soit toute une série de soutiens internes et d’appuis en dehors des heures, la crainte des parents existe. Si le problème persiste, nous dirigeons les élèves vers les répétiteurs de l’ARA. Ceuxci ont d’abord un contact avec nous. Cela dit, attention, il ne faut pas craindre de changer de répétiteur. Tout est dans le lien qu’il établira avec son élève.» De plus en plus d’entre eux se tournent pourtant vers des solutions privées. Il s’en désole: «J’ai tendance à dire que ce rôle devrait être dévolu à l’école, même ce que l’on appelle le coaching. Si l’on n’y arrive pas, c’est un échec de notre part.»
«Nous pouvons personnaliser, progresser à petits pas et donner du sens»
NOËL ET YOLANDA DENTAN, ENSEIGNANTS
LAUSANNE (VD)
RESPONSABLES DU CENTRE DE SOUTIEN SCOLAIRE FUTURPLUS
Cinq petites salles en plein centre de Lausanne, lumineuses. A l’accueil, Noël Dentan, 33 ans, et son épouse, Yolanda, sont tout ouïe. Ils ont ouvert FuturPlus il y a un année et demie, et le succès ne se dément pas. Près de 350 élèves et une trentaine d’enseignants se croisent dans ce lieu, tous attentifs à s’approcher au plus près des soucis de chacun, de cours collectifs de 2 à 5 élèves jusqu’au coaching scolaire, plus pointu. «Nous essayons de personnaliser au maximum», dit Noël Dentan, qui a gardé une dizaine de périodes d’enseignement dans un collège public de la région. «Progresser à petits pas», dit-il encore.
Essayer de donner du sens aux choses fait aussi partie des méthodes appliquées: «Apprendre ce qu’est un pourcentage, par exemple, est beaucoup plus parlant quand on explique à quoi il peut servir.» Le plaisir est réciproque. Des professeurs viennent depuis Neuchâtel, juste parce qu’ils prennent plaisir à retrouver cette proximité. Payante, certes. «Mais tous les bassins de population sont représentés dans nos classes, assure le directeur. Des personnes très fortunées, mais aussi des gens consentant de gros sacrifices pour offrir à leurs enfants la chance qu’ils n’ont pas forcément eue.»
«Il me manquait les bases en maths. Je n’arrivais plus à rattraper»
ESTELLE PILLONEL, 16 ANS
LE MOURET (FR)
ELÈVE EN DERNIÈRE ANNÉE DU NIVEAU SECONDAIRE
Dans sa chambre, impeccablement rangée, une barre fixe trahit son amour pour la danse classique. En dernière année scolaire obligatoire dans le canton de Fribourg, Estelle consacre une dizaine d’heures par semaine à sa passion. Elle s’y adonne aujourd’hui le cœur plus léger: l’école l’inquiète moins. Ce ne fut pas toujours le cas. «Avec 25 élèves dans une seule classe, il est difficile pour le maître de s’occuper de tout le monde», explique-t-elle, d’une voix posée. Elle avait le même problème insoluble que tant d’autres jeunes étudiants: les maths. «Il me manquait les bases et je n’arrivais plus à rattraper.» Parents vite dépassés par les théorèmes, il fallait faire quelque chose. «Ma mère a cherché et j’ai rencontré une enseignante qui travaille pour l’association Les Clefs du Succès, à Fribourg. Elle était vive, pleine d’entrain. Cela m’a tout de suite plu. Avec elle, j’ai le temps, je reprends confiance.»
Elle y va une fois par semaine. Pas seule: Naomi, sa sœur de 12 ans, et Lisa, sa cousine de 10 ans, l’accompagnent en classe, chacune avec ses petits soucis scolaires, très divers. Elles forment une classe à trois et leur mère jure qu’elles ne rechignent jamais. C’est aussi simple que la vie: quelqu’un s’est penché sur elles et elles ont compris qu’elles pouvaient y arriver.