La monarchie anglaise n’a jamais été aussi populaire. Au hit-parade de l’affection pour les royals, le cadet de Lady Di affiche la pole position. Henry Charles Albert David de Wales, plus communément surnommé Harry, est désormais le chouchou des Anglais. Surpassant son frère aîné, notamment chez les jeunes, qui le surnomment Bloggy, le blogueur.
«Harry est un garçon auquel on peut s’identifier, un gars direct, à l’esprit ouvert, moderne, comme l’est d’ailleurs son père, le prince Charles», explique Marc Roche, correspondant à Londres du quotidien Le Monde et fin connaisseur de la monarchie britannique à qui il a consacré plusieurs ouvrages. «William est beaucoup plus conservateur, du fait aussi qu’il a été élevé pour régner. La reine Elisabeth et la reine mère ont beaucoup influencé son éducation, il pense exactement comme sa grand-mère.»
Pour preuve, le fils aîné de Diana déclarait récemment en public regretter «la chute des valeurs morales et l’éclatement de la famille». Des propos qu’on a peine à imaginer dans la bouche de son cadet, plus connu pour ses frasques et ses sorties politically incorrect. La provocation? Une spécialité chez Harry ces cinq dernières années. S’habiller en officier nazi lors d’un bal costumé, assommer un paparazzi au sortir d’une boîte de nuit, traiter de Paki un camarade d’origine pakistanaise, déclarer à un acteur de couleur, lors d’une représentation pour les 60 ans de son père: «Bizarre, vous ne parlez pas comme les mecs noirs!» Bref, Harry the nazi ou Dirty Harry, comme l’ont surnommé les journaux anglais, s’est toujours distingué dans une catégorie: faire enrager sa royale grand-mère, et avec elle toute l’aristocratie britannique.
«A sa décharge, notait un membre de sa garde rapprochée, il faut dire qu’il était plus libre de dire des bêtises que son aîné strictement encadré!»
Oui, mais voilà: le dernier des Windsor a grandi. Il fêtera ses 25 ans le 15 septembre prochain et a pris de la bouteille, disent ses proches. Il va falloir s’habituer à un prince Harry plus fréquentable, même s’il garde le goût du déguisement (il s’habille toujours en rasta pour sortir incognito sous le nom de Winston). Le vilain petit canard à taches de rousseur est en passe de devenir un cygne blanc de chez blanc, un prince encore plus charmant que le prince héritier, son frère aîné, longtemps considéré comme celui qui avait hérité de l’attractivité de sa mère.
Décoré
Harry le zéro se transforme en héros, le wild boy en good boy, l’adolescent efflanqué en guerrier. La presse anglaise ne tarit pas d’éloges sur ses qualités militaires, notamment depuis son retour d’Afghanistan au printemps 2008. Il n’a pas craint, comme autrefois Lord Mountbatten, d’aller au front, participant même à la capture d’une bande de talibans. Bien sûr, avec des risques savamment calculés par l’état-major. N’empêche, à son retour, le lieutenant Harry et ses copains de régiment des Blues and Royals ont été considérés comme des héros, décorés de la médaille du courage par la princesse Anne, tante du prince.
Finies, en tout cas pour un temps, les images de beuveries. Good bye le prince insouciant et grossier, la valsehésitation des sentiments avec sa copine Chelsy avec qui il se serait rabiboché et qui vivrait désormais avec lui. C’est un nouvel aristocrate, sérieux et généreux, qui s’affiche en futur pilote d’hélicoptère ou sur la une du Times, le mois dernier, solidaire du marine Ben McBean, qui réclame une meilleure pension d’invalidité en raison de ses blessures de guerre. Harry le bon copain. Harry rayonnant avec ce sourire qui lui mange le visage. Rien à voir avec le semblant de sourire poli et contraint qu’affiche souvent son aîné. «William n’est jamais à l’aise avec les journalistes, qu’il déteste et rend responsables de la mort de sa mère, note Patrick Barkham, journaliste au Guardian (voir encadré). Harry ne les aime guère plus, mais il leur voue une haine moins prononcée, et c’est un garçon direct et naturel avec les gens!»
«Harry est un garçon auquel on peut s’identifier, un gars direct, à l’esprit ouvert, moderne»
Marc Roche
«Et puis, quand il s’agit d’aider les autres, Harry ne considère jamais que c’est une corvée», explique Harper Brown, qui dirige Sentebale, la fondation créée par le prince et un autre prince africain pour venir en aide aux enfants démunis du Lesotho, un petit pays de 2 millions d’habitants ravagé par le sida, qui compte 500 000 orphelins. Harry y avait séjourné un an, en 2004, après son bac. Il a promis d’y retourner une fois sa formation militaire achevée. Encore une fois, son engagement fait tilt dans le coeur de ses concitoyens.
Autre signe évocateur, Harry dispose désormais, avec son frère, d’un secrétariat privé composé de Jamie Lowther Pinkerton, ancien soldat, d’un officier de presse qui vient du Ministère de la défense et d’un ancien ambassadeur à Washington, David Manning, conseiller de Tony Blair pendant la guerre en Irak, qui va guider les jeunes princes en matière de politique étrangère. Du beau (et sérieux) monde installé à St. James Park, demeure attenante à Clarence House, résidence du prince Charles et de Camilla.
Un signe que la famille royale est consciente du fait que la pérennité de la couronne repose désormais sur les épaules des deux princes. «Et aussi que le rôle de Harry peut être déterminant à l’avenir s’il met son capital sympathie au service de son frère», ajoute Marc Roche.
Rôle ingrat
Une belle revanche en tout cas pour celui que l’ordre de succession a condamné à venir éternellement en second. Ce n’est jamais facile d’être le cadet, encore moins quand on naît prince d’Angleterre. «Il a toujours été celui qui ne compte pas, poursuit le correspondant du Monde. Imaginez qu’à chaque repas officiel, le plan de table prévoit que William soit à la droite de la reine Elisabeth tandis que Harry est relégué en bout de table.»
Et la nature a respecté le protocole, puisque Harry mesure 1 m 89, soit un centimètre de moins que son frère! Ajoutez à cela un test ADN effectué à son insu, lorsqu’il avait 10 ans, pour s’assurer qu’il était bien le fils de Charles et pas celui du major Hewitt, amant de Diana. De quoi se sentir la cinquième roue du char…
Patrick Barkham, journaliste au Guardian, rapporte cette anecdote cruelle: «Enfants, les deux princes assistaient à une manifestation officielle sur une plage. Tandis qu’on initiait William aux subtilités du kitesurf devant les journalistes, Harry s’ennuyait ferme à l’arrière. Un policier pris de pitié pour le jeune prince lui construisit un château de sable. «C’est bien le seul damné château que tu posséderas un jour», souffla-t-il à son oreille.» Aujourd’hui, Harry peut se consoler avec cette certitude: la première place est pour lui dans le coeur des sujets de Sa Majesté!
L’analyse
«Harry a la liberté de parole de sa mère et sa capacité à charmer les gens»
Patrick Barkham, spécialiste de la monarchie britannique au quotidien «The Guardian».
Comment le peuple anglais perçoit-il le prince Harry?
Harry
a toujours été très aimé des Anglais, malgré ses frasques. Il y a même
une certaine adoration pour lui, contrairement à son frère, moins
apprécié mais qui a aussi beaucoup moins de marge de manoeuvre pour
s’exprimer. Les Anglais aiment les naughty boys, les méchants garçons.
Harry a la liberté de parole de sa mère et sa capacité à charmer les
gens. C’est un garçon avec qui tout le monde a envie d’aller boire une
pinte au pub. Il ressemble à son grand-père, le duc d’Edimbourg, pour
son goût des mauvaises blagues. Il s’est un peu rangé ces derniers
temps, c’est vrai, il a grandi, surtout depuis son séjour en
Afghanistan, mais il continuera à faire des vagues: provoquer fait
partie de sa nature.
Quel rôle pourra-t-il jouer lorsque son frère régnera?
William
va prendre de plus en plus de place, Harry va être de plus en plus
marginalisé et, le jour où William sera roi, Harry, pour subsister,
dépendra du bon vouloir de son frère et de ses cadeaux. Tous les deux
sont proches et bien loin de la caricature qu’on en fait dans les
journaux. William est plus drôle qu’on ne le dit et Harry plus
intelligent qu’on ne le croit. Il y a une certaine similitude entre le
rôle qu’a joué Margaret, la soeur d’Elisabeth II, très aimée du public,
et celui que jouera Harry. A la différence qu’il va exercer un métier.
Il est né pour être militaire et je pense qu’il va faire une belle
carrière dans l’armée.