On dirait un chat avec ses deux aigrettes, ces plumes en faisceau, courtes et pointues. Un oiseau qui a quelque chose du félin, ce qui le rend fascinant: même concentration, même détente après des minutes d’immobilité totale, une façon de capturer déjà sa proie par le regard avant même de la dévorer. Ici, c’est une gerbille qui accapare l’attention de notre hibou du désert chasseur de petits vertébrés, mais aussi d’oiseaux, de reptiles, de scorpions, de chauves-souris, voire de fennecs ou de hérissons. Ce rapace nocturne donne vraiment l’impression de jouer au chat et à la souris avec sa proie devant l’objectif de Xavier Eichaker, dans le désert de Rub al-Khali, aux Emirats Arabes Unis!
Son véritable nom scientifique, c’est Bubo ascalaphus. Les Anglais l’appellent le hibou aigle pharaon, eu égard à sa majesté; son vol, toute proportion gardée, ressemble à celui de l’aigle. En français, nous nous contenterons de hibou grand duc du désert. Il est plus petit (environ 50 cm) que son cousin d’Europe et a une face plus arrondie, entièrement fauve pâle, bordée par une ceinture de petits points noirs, ce qui lui donne une expression différente, moins ténébreuse et plus joviale.
C’est en tout cas un seigneur méconnu, présent pourtant dans toute l’Afrique du Nord (Maghreb, Sahel, Algérie, Atlas marocain, Sahara occidental, Mauritanie, nord du Niger et du Mali) et dans la péninsule arabique. Au Proche-Orient, l’espèce est visible en Syrie et en Israël, puis dans tout l’ouest de l’Irak. Il aime les déserts rocheux ou les semi-déserts, les zones montagneuses avec gorges et falaises. Il est également présent en bordure des oasis et parfois dans les savanes arides.
Un seigneur qui n’a peur de rien, en tout cas pas de l’homme. L’animal reste très accessible et peut lui-même s’amuser à observer celui qui cherche à capturer son image. L’histoire de l’arroseur arrosé. Il suffit de taper grand duc du désert sur YouTube pour découvrir quantité de petites vidéos amateurs de touristes en vacances qui l’ont filmé en Egypte ou en Tunisie sans que l’oiseau ne s’en offusque ni ne se départisse d’une placidité condescendante.
RAPACE FIDÈLE
C’est cette confiance, peut-être, qui explique que le grand duc du désert doit être protégé même s’il ne figure pas encore sur la liste rouge des espèces les plus menacées. Il n’existe pas de chiffres précis concernant sa population, mais l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) confirme une certaine stabilité. Côté famille, c’est un rapace fidèle qui s’unit pour la vie avec sa compagne. Le couple occupe le même territoire pendant plusieurs années. Trente jours, c’est la durée de la période d’incubation. Les œufs sont blancs (généralement deux à quatre par nichée) et déposés dans un nid sans garniture particulière, l’éducation se fait à la dure. Ensuite, la femelle s’occupe seule des oisillons pendant deux semaines. Allez savoir pourquoi le mâle met autant de temps à prendre conscience de sa paternité avant de mettre la main à la pâte!
A noter que les petits vont rester environ vingt-six semaines avec leurs géniteurs, ce qui est relativement long. Le syndrome Tanguy, ça existe aussi chez les hiboux du désert!