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LIBÉRATION
«JE N’AI PAS PEUR DE LA PROVOC!»
Pour combattre l’UDC, le président des jeunes socialistes suisses cultive les actions d’éclat et les slogans-chocs: il préconise surtout un virage à gauche.

Par Robert Habel - Mis en ligne le 14.12.2010

Il partage un appartement en colocation, dans une ancienne maison au centre de Baden, mais il passe une bonne partie de la semaine entre Zurich, où il termine ses études de sciences politiques, et Berne, où il mène ses activités politiques. Cédric Wermuth, 24 ans, est président des jeunes socialistes et viceprésident du parti socialiste suisse. De père suisse alémanique mais de mère lausannoise, il parle un français parfait. Sympathique, sérieux, il représente l’aile gauche du parti qui s’est fait remarquer, lors du dernier Congrès socialiste à Lausanne, fin octobre, en affirmant que l’objectif du parti demeurait bel et bien, non pas la simple gestion, mais le «dépassement du capitalisme».

 

Ça veut dire quoi, dépasser le capitalisme?

Le dépassement du capitalisme n’est pas un concept nouveau: il est inscrit dans le programme du PS depuis 1888. C’est l’essence même de l’idée socialiste. La crise financière que nous connaissons depuis trois ou quatre ans montre l’échec total du capitalisme.

Nous proposons de dépasser ce système hiérarchique et autoritaire, et d’introduire la démocratie dans l’économie. Ça ne me semble pas si radical que cela!

Concrètement?

Il y a différentes stratégies pour aller dans cette direction: développer les services publics, encourager les coopératives, étatiser les grandes banques, l’industrie pharmaceutique…

Ce ne sont pas de vieilles recettes?

On me répond toujours cela, mais l’idée libérale est beaucoup plus ancienne que l’idée socialiste. Ce sont des idées qui sont nées au XVIIe siècle et qui sont complètement dépassées, depuis au moins la grande crise de 1929. Il ne s’agit pas de nationaliser le boulanger ou le petit commerçant, mais de grandes entreprises dont le pouvoir économique est si puissant qu’il se transforme en pouvoir politique antidémocratique, comme on l’a vu avec l’UBS. Sauver une banque qui met sous pression 7 millions d’habitants simplement parce qu’elle est trop grande pour faire faillite. Incroyable!

Elle aurait dû faire faillite?

Non, parce que trop de gens dépendaient de l’UBS. Mais on aurait dû la nationaliser.

Vous proposez un virage à gauche alors que la Suisse est de plus en plus à droite et sous l’influence de l’UDC. N’est-ce pas paradoxal?

Non, c’est justement la seule stratégie qui nous reste. L’UDC a réussi à imposer son image de la Suisse et nous devons lui opposer notre propre image de la Suisse. L’objectif, c’est que les partis et la société se déterminent à l’avenir par rapport à notre vision socialiste, et non plus par rapport à celle de l’UDC.

Pour cela, vous jouez beaucoup sur la provoc: vous avez fumé un pétard, demandé la séparation de l’Eglise et de l’Etat, publié une affiche retouchée montrant Doris Leuthard et Vasella à poil. Vous imitez l’UDC?

Je dirai plutôt que c’est l’UDC qui a imité la stratégie socialiste du XXe siècle. La propagande, en principe, c’est une stratégie de gauche. Capter l’attention par la provocation, c’est la stratégie de la minorité. L’UDC l’a fait dans les années 90 et nous pouvons le faire à notre tour. Mais, ce qui est important, c’est que notre message politique est complètement différent!

Mais on vous accuse de populisme?

Eh bien, ça ne me dérange pas. Et d’ailleurs qu’est-ce que veut dire ce mot? Quand j’ai fumé un pétard, j’ai eu une énorme réaction médiatique. J’ai été surpris en bien et j’ai continué cette stratégie. A vrai dire, je n’aime pas tellement la provocation, la personnification, mais c’est ce qui marche aujourd’hui. Si l’on n’avait pas parlé de dépasser le capitalisme dans notre nouveau programme, on n’aurait pas été repris par les médias. Et la jeunesse socialiste ne serait jamais connue aujourd’hui si je n’avais pas fumé un pétard.

Fumer un joint, c’était aussi défendre un socialisme libertaire?

Oui, car l’individu doit être complètement libre, vis-à-vis de la société mais aussi vis-à-vis de l’Etat. Pour moi, c’est ça qui est au centre de l’idée socialiste. Ce que les socialistes, surtout alémaniques, ont un peu oublié parfois, c’est que le socialisme n’a pas une mission pédagogique. Ce n’est pas à nous d’expliquer aux gens comment ils doivent vivre, mais c’est à nous de leur donner la possibilité de se libérer de toute entrave.

Parmi la libération dont vous rêvez pour la Suisse, il y a l’abolition de l’armée. Ce serait un grand pas en avant.

Oui, notre meilleur allié pour le moment est Ueli Maurer. (Rire.)

Vous avez fait l’armée?

Non, j’étais inapte, heureusement. J’ai eu un problème, une opération au nez… Aujourd’hui, il est facile d’être réformé, parce qu’il y a trop de gens, mais il est bête de devoir payer ensuite une taxe. Mais j’aurais bien aimé faire le service civil. Je suis né dans une famille de la classe moyenne, j’ai fait des études… Le service civil m’aurait permis de voir un autre aspect de notre pays.

Donc vous voulez abolir l’armée?

Il serait utopique aujourd’hui, et peut-être même irresponsable, de dire qu’on veut l’abolition de toutes les armées dans le monde. Parce qu’il y a des conflits violents qui persistent. Je suis même pour davantage d’interventions internationales, par exemple dans un conflit comme le Darfour, mais le système des armées nationales est réellement dépassé.

L’UDC défend la démocratie directe et se méfie de l’Europe. Et vous?

Je veux adhérer le plus vite possible à l’Union européenne, précisément pour défendre notre souveraineté. Car, en réalité, nous sommes en train de la perdre. Dans cent ans, je suis sûr que les historiens mourront de rire en relisant certains textes: un peuple de 7 millions d’habitants qui parle de sa souveraineté alors qu’il est entouré par une union de 500 millions d’habitants, 100 fois plus forte politiquement et économiquement. Nous avons déjà perdu une grande partie de notre souveraineté! On reprend tout ce qui est décidé à Bruxelles sans la possibilité d’avoir notre mot à dire. Il faut mettre en place une délégation de souveraineté, comme les cantons l’ont fait quand on a construit la Confédération helvétique.

Vous essayez de ramener le débat sur les enjeux économiques et sociaux, mais l’UDC réussit à faire prévaloir ses propres thèmes: les étrangers, les valeurs suisses.

C’est le génie de la pression néolibérale. On commence par créer un sentiment d’insécurité générale et de peur de l’avenir, en ressassant des thèmes comme la flexibilité du travail, la remise en cause des systèmes sociaux, les menaces sur les retraites, la dégradation de l’éducation, etc., et on dit ensuite que le véritable problème, c’est Mohammed qui vient en Suisse. Et la gauche a trop longtemps laissé faire… Il faut incarner de nouveau une force progressiste, une force d’espoir. C’est une stratégie à long terme! L’objectif, ce n’est pas 2011, c’est 2020, 2030…

Vous faites déjà l’impasse sur les élections fédérales de l’année prochaine: vous allez assister à une nouvelle victoire de l’UDC et à un recul du parti socialiste?

Au contraire, je suis persuadé que le parti socialiste va gagner ces élections. Je pense qu’on va progresser de 2% et que l’UDC va plutôt redescendre.

Le virage à gauche que vous représentez choque beaucoup de gens au sein du parti socialiste, qui est tout de même un parti d’élus, de notables.

On parle en allemand d’un parti de «socialistes de champagne»! (Rire.) On nous reproche d’avoir renoué, en parlant de dépassement du capitalisme, avec un discours de lutte des classes. Mais ce sont les plus riches qui mènent la lutte des classes: 470 milliards de francs dans les mains des 300 plus riches. Pourtant, la lutte des classes, ce n’est pas un concept sociologique mais politique: les super riches peuvent tout à fait participer à la lutte des classes, comme Bill Gates ou comme Warren Buffet aux Etats-Unis, quand ils demandent au président Obama d’augmenter les impôts pour les riches.

Ce discours ne vous rapproche pas de la gauche radicale et marginale, comme celle de Zisyadis?

Je ne connais pas bien Zisyadis mais, sur le plan politique, on a souvent des positions semblables. Au parti socialiste, il y a un large espace politique, aussi bien pour un Franco Cavalli que pour une Simonetta Sommaruga. Il faut maintenir cette ouverture, mais le balancier a trop basculé en direction du centre, d’une politique très gouvernementaliste. Ce que nous avions surtout perdu, c’est notre culture du débat. Il ne faut pas étouffer le débat, mais l’électriser pour reformuler notre vision de la Suisse et de l’avenir que nous voulons. Le parti socialiste doit redevenir cet arena pour le développement de nouveaux concepts, de nouvelles utopies.

Aujourd’hui, vous êtes le trublion du parti socialiste, dans vingt ans vous serez devenu un notable?

J’espère que non! (Rire.) Pour l’instant, je suis élu au Conseil municipal à Baden et je serai candidat, l’année prochaine, au Conseil national. De toute façon, en Suisse, on ne peut pas planifier une carrière politique. Et d’ailleurs ma carrière personnelle n’a pas d’importance. L’important, c’est que notre cause avance. Je ne sais pas quelles seront mes positions politiques dans vingt ans, mais un homme comme Jean Ziegler me fait penser qu’on peut maintenir toujours une approche politique forte et radicale.

Quelles seraient selon vous les pistes pour remplacer le capitalisme?


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Tags: interview, Cédric Wermuth, président, jeunes socialistes suisses, UDC, capitalisme Aller en haut de page Haut de page

 

Le système capitaliste est-il dépassé? (sondage réalisé du 15 au 21 décembre 2010)


Résultat final (12 votes)

Quelles seraient selon vous les pistes pour remplacer le capitalisme?

serpent1, le 17.12.2010 à 20:37

Voilà des nouvelles de l'Europe : dès le 1er avril 2011, c'est un fait. Lisez sur internet la page suivante : "quand planter des légumes devient un acte criminel". Et cette page édifiante : "l'0ccident s'écroule et gendarme le monde - démocrature". Nous pouvons remercier Chrstoph Blocher d'être hors de l'Europe. Je dirais que les pistes sont à visionner sur internet, pour encore avoir les vraies informations, avant la censure.

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