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AGRESSION
«L’INSÉCURITÉ DOIT CHANGER DE CAMP»
Il était en vacances à Barcelone, avec son épouse et leurs deux enfants de 6 et 4 ans. Victime d’un vol à l’arraché, samedi 31 juillet, le procureur général de Genève s’est défendu. Bilan: une quadruple fracture d’une clavicule.

Par Robert Habel - Mis en ligne le 13.08.2010

 
C’est lundi matin, il est 10 heures et Daniel Zappelli est de retour dans son bureau, au Palais de justice de Genève. Il est de bonne humeur, plein d’optimisme et chaleureux, et s’il accepte d’évoquer la mésaventure de sa famille, il y a une dizaine de jours à Barcelone, c’est pour témoigner de la montée en puissance de la violence dont tout un chacun peut être victime un jour ou l’autre. En tant que procureur général du canton de Genève, il met en évidence les difficultés, mais aussi les solutions pour améliorer l’ordre et la sécurité.

Daniel Zappelli était dans sa voiture, devant son hôtel à Barcelone, quand un malfrat a ouvert brusquement la portière pour voler le sac de son épouse. Il lui a couru après et, alors qu’il était à deux doigts de le rattraper, il est tombé lourdement et s’est fracturé une clavicule.

Opéré à Genève, Daniel Zappelli a dû passer quatre jours à l’hôpital...


Vous recommencez à travailler ce matin: comment allez-vous?

Je vais bien. J’ai été opéré et c’est plutôt mes deux enfants, mon garçon de 6 ans, Matteo, et ma fille de 4 ans, Julie, qui vont moins bien. Ils ont été assez choqués de voir ce qui s’est passé. On était devant l’hôtel, dans un endroit sûr, et quelqu’un ouvre la portière de la voiture, arrache un sac... C’est typique de ce genre de délinquants qui se moquent complètement des conséquences que leurs actes peuvent avoir sur leurs victimes, notamment des enfants.

Avez-vous eu la bonne réaction en vous lançant à la poursuite du voleur?

Je n’ai pas réfléchi, j’ai réagi instinctivement. Je pense que n’importe qui aurait agi de la même manière: on vous arrache quelque chose, vous essayez de récupérer votre bien, vous courez après un agresseur...

C’est la réaction que vous conseillez aux gens qui se font dévaliser?

Les policiers espagnols m’ont dit que si c’était à refaire, il aurait été plus sage de ne pas leur courir après. Ils m’ont dit que j’avais eu beaucoup de chance, car il y a toujours le risque, dans ce cas, de se faire planter. Il vaut mieux avoir une clavicule brisée que de recevoir un coup de couteau entre les côtes. (Rire.)

Combien de temps allez-vous garder cette attelle?

Environ un mois, je crois. Il faut que les os se ressoudent et je retrouverai ensuite ma mobilité habituelle. Il suffit d’attendre un peu.


«Mes petits enfants de 4 et 6 ans ont été très marqués par cette agression»


Vous n’avez pas de choc psychologique?

Non, moi pas, mais quand on voit certains cas même à Genève, on se dit qu’il y a bien plus malheureux que ce qui m’est arrivé. Mais je suis en colère comme n’importe quel père. Mes enfants connaissent et expriment désormais un sentiment d’insécurité. Maintenant, mon fils ferme les portières quand on entre dans la voiture et quand on est dans la rue, il me dit: «Fais attention, il y a peut-être un voleur.» Il n’est tout de même pas normal qu’un enfant de 6 ans ait peur d’être agressé dans la rue.

Vous leur avez dit que la police allait arrêter ces méchants?

Ils savent que leur mère a pu reconnaître un des agresseurs sur les photos de la police espagnole. Ils pensent donc que cet agresseur va finir en prison et ils éprouvent un sentiment de justice en pensant qu’une punition va tomber bientôt sur la tête de ce voleur.

A Genève aussi, ils ont peur dans la rue?

C’est encore tout frais, je ne sais pas comment ils vont digérer tout cela dans les prochaines semaines. Mais aujourd’hui, mes deux petits poussins, en sortant de la voiture, sont inquiets et font attention. Ça m’attriste profondément. Je crois qu’il faut arrêter de se voiler les yeux: Genève est devenu un canton et une ville où la sécurité n’est plus assurée, notamment dans certains quartiers. Il faut cesser de faire de l’angélisme! Il y a une insécurité grandissante et je le constate tout simplement par l’augmentation du nombre de procédures pénales. C’est 60% de plus en dix ans!

Cette agression illustre l’insécurité montante en Europe, y compris en Suisse?

Oui, c’est une mésaventure qui peut arriver n’importe quand et n’importe où, y compris à Genève et en Suisse. En général, ce sont les personnes les plus faibles qui ressentent le plus ce sentiment. Ce sont les personnes âgées qui se font détrousser quand elles vont chercher leur AVS, ce sont les femmes qui évitent d’aller dans des parkings le soir, ce sont aujourd’hui mes enfants qui sont inquiets...


«Il faut renforcer le Code pénal suisse»

Cette agression renforce votre détermination en tant que procureur général?

Cette détermination, je l’avais déjà. En tant que procureur général, je dois faire appliquer le droit avec rigueur. Mais cette affaire ne va en tout cas pas amoindrir mon envie de rendre Genève plus sûre pour les citoyens... et moins sûre pour les criminels. Il faut que l’insécurité change de camp! Le pouvoir judiciaire et le Conseil d’Etat œuvrent main dans la main en matière d’amélioration de la sécurité.

Il y a des discours musclés et des effets d’annonce, par exemple l’opération Figaro à Genève, qui devait chasser les dealers des Pâquis. Mais ils sont toujours là.

Ce n’est pas un effet d’annonce. Il y a toujours des dealers, mais il faut comprendre une chose: le nombre de policiers n’a pas augmenté. L’opération Figaro consiste en réalité en une réorganisation améliorée du même nombre de policiers présents sur le territoire. Mais le problème est celui du nombre de policiers par rapport à la population. La seule solution pour chasser les dealers et autres malfrats, c’est d’assurer une présence policière plus forte et d’occuper le terrain.

Il faut augmenter le nombre de policiers?

Oui, absolument. Si l’on voulait avoir, à Genève, le même pourcentage qu’à Bâle-Ville, un canton très comparable, il faudrait proportionnellement 500 policiers de plus. La conseillère d’Etat Isabel Rochat ne s’y est pas trompée et veut en engager 100 de plus. Je l’approuve totalement.

Vous êtes pour les caméras de surveillance?

Les caméras de surveillance ont l’avantage, pour la justice, de constituer un moyen de preuve: on peut reconnaître quelqu’un, voir ce qu’il a fait. Ça peut aussi être dissuasif: si, dans une rue, vous n’avez aucun policier et plein de victimes potentielles, c’est évidemment le terrain de jeu idéal pour des criminels. L’installation de caméras de surveillance n’est pas de ma compétence, mais c’est une solution intéressante, avec évidemment un contrôle judiciaire très strict sur l’utilisation des images.

On entend à Genève un discours de sécurité, mais il ne semble pas que cet été la police ait démantelé les joueurs de bonneteau qui arnaquent les gens.

Le problème, en l’occurrence, c’est que la loi est faible. Le fait de jouer sur la rue est une infraction qui peut être punie d’une contravention par la Commission fédérale des jeux. C’est du même niveau que si vous garez mal votre voiture. Pour les joueurs de bonneteau, on peut saisir l’argent et infliger une amende, mais c’est tout. Mais je ne baisse pas les bras, je suis en train de voir, avec mes troupes, s’il n’y a pas un moyen plus efficace de procéder.

Mais les joueurs de bonneteau ne jouent pas honnêtement, ils escroquent les gens.

C’est cela qu’il faut vérifier, la grande question étant: est-ce qu’ils trichent ou pas? Si tel est le cas, ce n’est plus une simple contravention, mais de l’escroquerie. Mais je ne veux pas en dire davantage pour le moment.

Est-ce que vous diriez, comme les proches de Sarkozy, que la montée de la criminalité est liée au nombre des étrangers?

La majorité des infractions, en Suisse, sont des infractions de la route et, là, les Suisses représentent une très bonne part! Mais dès qu’on passe à tout ce qui est trafic de drogue, vol à l’astuce, cambriolages, on tombe sur un grand nombre d’étrangers. A la prison de Champ-Dollon, il y a 90% d’étrangers.

Pourquoi?

Parce que les juges suisses appliquent une loi légère et parfois laxiste, notamment envers les récidivistes. En France, la loi Rachida Dati a institué des peines planchers, des peines minimales pour les récidivistes. En Suisse, cela n’existe pas. Donc un certain nombre de délinquants français viennent désormais commettre des délits en Suisse: c’est comme quand on va acheter dans le magasin le moins cher; les délinquants vont là où les peines sont les moins dures.

Il faut durcir les lois?

Oui, en particulier pour les récidivistes.

Il y aura, le 28 novembre, le vote sur le renvoi des délinquants étrangers. Vous êtes pour?

Oui. En 2007, on a introduit la loi qui instaurait les jours amende et qui, en même temps, enlevait au juge la possibilité de prononcer l’expulsion de délinquants étrangers récidivistes. Si des gens n’ont pas de lien avec la Suisse et la choisissent uniquement pour venir y commettre des infractions, je ne vois pas pourquoi on devrait les garder dans notre pays.

La Suisse est vraiment le pays de cocagne pour les criminels?

C’est le supermarché quasiment gratuit, c’est le paradis des voleurs, c’est Eurodisney... On s’amuse et on ne paie pas grand-chose. Il faut renforcer le Code pénal suisse pour l’adapter à celui des pays voisins.

On ne doit pas se résigner à ce niveau de criminalité?

Non, certainement pas! Je prends l’exemple de Monaco: un tout petit territoire avec des caméras et des policiers partout! C’est un endroit sûr! Evidemment, Genève n’est pas Monaco, mais le principe est le même: les gens ont le droit d’aller faire leurs courses à la Migros ou à la Coop sans se faire dévaliser. On a le droit d’aller boire son café et poser son sac à main à côté sans se faire voler. Et on a le droit de se promener sans se faire agresser ou voler, sans se voir proposer de la drogue. En d’autres termes, les citoyens ont droit à la sécurité.

Beaucoup d’étrangers indésirables parviennent toutefois à rester en Suisse.

C’est une autre partie du problème. Des cantons comme Bâle-Ville ou Zurich appliquent rigoureusement la détention administrative, qui concerne les gens qui sont l’objet d’une non-entrée en matière et qui refusent de donner leur identité et de rentrer chez eux. Il est clair que celui qui est dans ce cas n’est pas forcément un délinquant, mais il est clair aussi que si quelqu’un n’a aucun statut et aucun moyen de gagner sa vie, il risque plus facilement de tomber dans l’illégalité. On a pu constater, en tout cas, qu’un certain nombre de délinquants faisaient l’objet d’une non-entrée en matière. Or, Genève n’applique qu’au compte-gouttes la détention administrative, ce qui la rend encore plus attractive pour les délinquants. Je suis convaincu que l’application coordonnée de ces solutions, soit l’augmentation du nombre de policiers, la détention administrative et le durcissement de la loi pour les récidivistes ne pourra qu’améliorer la sécurité de nos concitoyens.




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Tags: interview, Daniel Zappelli, procureur général de Genève, vol à l'arraché, Barcelone Aller en haut de page Haut de page

 

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