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HUMOUR
«ON VA MIEUX LE JOUR OÙ L’ON ARRIVE À DIRE NON»
Pour vivre heureux, vivons vraiment! C’est le conseil que la belle comédienne genevoise, également écrivaine à ses heures, explique dans un livre très drôle… et fort intelligent!

Par Robert Habel - Mis en ligne le 23.11.2010

Ce n’est pas une interview, mais une séance de rire. De la pure rigolothérapie pleine de légèreté et de finesse! Natacha Varga-Koutchoumov est sur un sofa, dans son appartement à côté de l’hôpital de Genève. On parle de son premier roman, Les bonnes résolutions d’Isabelle Koulik (Ed. Favre), qui met en scène une jeune femme un peu paumée et qui se pose plein de questions sur sa vie, bref une jeune femme d’aujourd’hui, tout à fait normale et presque banale. Le mari de Natacha Koutchoumov, Gabor, danseur, est en tournée à l’étranger; son fils de 3 ans, Elias, est allé avec sa nounou regarder des trains - sa grande passion! - à la gare de Cornavin. Natacha Koutchoumov est en pleine forme, pétillante, espiègle.

Vous avez changé de nom?

Oui, parce que je me suis mariée. Je m’appelais Natacha Koutchoumov, je m’appelle maintenant Natacha Varga. J’ai gardé Koutchoumov pour le moment, mais j’aimerais le laisser tomber plus tard et m’appeler simplement Natacha Varga. Je trouve ça chic.

En renonçant à votre nom, vous ne redevenez pas une femme soumise qui prend le nom de son mari?

Non et, de toute façon, j’avais déjà le nom d’un homme, à savoir le nom de mon père. Cette fois, c’est le nom de l’homme que j’ai choisi.

Mais les féministes ont longtemps revendiqué le droit de garder leur nom comme une preuve de liberté.

Eh bien, je suis complètement soumise! (Rire.) En fait, pour moi, c’est un vrai plaisir, c’est pas du tout une soumission. Et puis, quand on est artiste, on peut choisir l’identité qu’on veut. Je peux mettre Koutchoumov, l’enlever, le remettre… Koutchoumov, en plus, c’est un nom compliqué! Je revendique mes origines russes, mais je ne parle pas russe et j’ai dû entendre toute ma vie la même question: «Tu viens d’arriver de Russie, tu parles français?» Donc, j’avais envie de changer, et puis c’était aussi par amour pour mon mari.

Que fait-il?

Il est danseur. Lui, il n’est pas Russe, mais Hongrois. On n’en sort pas! (Rire.)

Quand vous êtes-vous mariés?

En juin, à Genève puis à Budapest. Il vit en Suisse depuis deux ans. Et j’ai aussi mon fils de 3 ans, Elias, que j’ai eu avant de ren contrer mon mari. Vous voyez, j’ai une vie pleine de rebondissements…

Vous êtes souriante et amusée. Donc vous avez déjà mis en œuvre les bonnes résolutions de votre héroïne, Isabelle Koulik?

Je me suis fait une frange, comme elle le conseille! Mais, en fait, je ne lui ressemble pas tant que ça. Moi, déjà, j’ai eu beaucoup moins d’histoires d’amour qu’elle. J’ai une vie d’une platitude, à ce niveau-là, assez intense.

Isabelle Koulik a toujours l’impression de faire faux.

Oui, elle se dit que les autres font ce qu’elles ont envie de faire, qu’elles se marrent, qu’elles ont des histoires d’amour… Et elle, pendant ce temps, elle se retrouve à bosser dans un bureau, sans être augmentée, avec des histoires de mecs qui foirent tout le temps. Elle se dit qu’elle est trop sage, trop obéissante, qu’elle n’arrive pas à aller au bout de ses désirs. Alors, elle essaie de prendre de bonnes résolutions pour changer sa vie. Elle veut se mettre à fumer, se droguer, écrire des textos à l’avance pour que ses histoires d’amour marchent mieux… C’est clair qu’on se dit que la pauvre, elle est mal barrée pour l’année prochaine…

Mais ce qui est bien, c’est qu’elle veut relancer sa vie.

Oui, elle se dit que les choses ne sont jamais définitives. Je dis qu’Isabelle Koulik a 29 ans depuis pas mal d’années, donc elle peut avoir 40 ans, 50 ans, l’âge qu’on veut… Je remarque qu’à partir de 30 ou 40 ans, on commence à se dire: «Bon, eh bien ma vie, ça va être tout le temps comme cela.» Ça crée une espèce d’angoisse. Le problème d’Isabelle Koulik, c’est que la pauvre ne prend pas le bon chemin!

Pour se réinventer, elle veut aller contre le politiquement correct.

Oui, et cela, c’est bien. On est toujours sous la pression sociale, on nous dit qu’il faut être comme ceci, comme cela… Quand on a un gamin, tout le monde vous dit comment il faut l’éduquer! Il y a aussi tout ce mensonge autour de la maternité, qui serait l’épanouissement absolu d’une femme, alors que c’est quand même un petit peu plus compliqué que cela. C’est fantastique d’avoir un enfant, mais c’est aussi très difficile. C’est aussi être seule face à soi-même, c’est aussi se sentir très seule… On a tellement de conseils et tellement de barrières qu’on ne fait plus ce qu’on veut vraiment.

Vous vous sentez libre aujourd’hui?

Oh, j’ai encore du boulot. Je ne m’embête pas dans ma vie, mais j’ai toujours l’impression d’être complètement débordée, désorganisée, de ne pas arriver à faire tout ce que je voudrais… Je joue dans des films, mais il y a 12 000 trucs que je n’arrive pas à faire aboutir! Je n’ai pas l’impression d’être la femme épanouie, parfaite.

C’est quoi la femme épanouie?

C’est celle qui trouve son propre chemin, celle qui fait ce qu’elle veut vraiment sans être en train d’obéir à qui que ce soit. Je me suis libérée de relations qui me pesaient, j’essaie d’être cohérente avec mes envies et de ne pas être là pour faire plaisir. En même temps, on ne peut pas faire tout ce qu’on veut comme un ado. Il y a l’envie de gagner des sous, l’envie d’être cohérent artistiquement, de faire des projets…

Il faut accepter ces contradictions?

Il faut accepter ce qui est inévitable: Isabelle Koulik, par exemple, ne sera jamais plus jeune qu’aujourd’hui, elle ne sera pas plus belle, elle aura toujours, parmi ses collègues, certains qui seront de vrais cons… Et, pour ses histoires d’amour, elle devra aussi savoir ce qu’elle veut: elle se plaint que chaque fois qu’elle embrasse un garçon, elle en prend pour huit ans, mais elle donne aussi une douzaine d’exemples de mecs qu’elle a largués. En faisant ce bouquin, je me suis rendu compte que l’humour est très important pour supporter les choses.

Vous avez quel âge?

Trente-sept ans. Ça peut être assez angoissant, mais c’est bien.

Comme comédienne, vous pouvez changer de vie à volonté.

Oui, c’est une chance de pouvoir s’immerger dans d’autres milieux et de faire d’autres métiers, même si c’est de la fiction. Je vais tourner un film où je serai leader d’un groupe terroriste, type bande à Baader des années 70. Je serai une sorte d’Ulrike Meinhof. D’où ma nouvelle coupe de cheveux! C’est génial, donc je m’imprègne, je bouquine, je regarde la littérature révolutionnaire de l’époque. Je lis les trucs de Jean Ziegler, qui va aussi apparaître dans le film.

C’est bien d’être une terroriste?

Au début, je me suis demandé comment j’allais pouvoir jouer ce personnage et m’identifier. Je me suis dit que des gens qui se disent «OK, on peut foutre des bombes et assassiner», c’est quand même limite. Du coup, je me suis intéressée à Ulrike Meinhof, à son parcours politique, mais aussi à son destin de femme. Il y a un moment où elle part en vrille, il faut bien le dire, elle entre dans la clandestinité, mais c’est aussi le moment où son mari la trompe. C’était une journaliste très vénérée, elle voyait qu’il y avait encore d’anciens nazis au pouvoir en Allemagne, elle avait l’impression qu’elle ne pouvait plus rien faire avec des mots, alors elle est passée à l’action.

Dans la série Dix, sur la TSR, vous devenez une grande bourgeoise.

Oui, je suis une galeriste très bourgeoise, famille genevoise, ultrabourge, protestante… C’est sûr que l’intérêt de ce métier, c’est de changer.

Mais quand Isabelle Koulik veut aussi changer de vie, vous pensez que c’est une illusion.

Je suis toujours entourée de gens insatisfaits. J’en rencontre plein qui me disent: «Et si j’habitais ailleurs qu’à Genève, cette ville est tellement horrible que même Lausanne serait mieux. Ou bien si j’ouvrais une maison d’hôtes en Italie?» Ouvrir une maison d’hôtes, faire des bijoux, des colliers, de la déco… Je rencontre des troupeaux de gens qui en rêvent. Moi, je suis nulle en sacs, nulle en maisons d’hôtes, nulle en tout, mais parfois je me dis que je pourrais peut-être ouvrir un bar. Mais un bar, c’est le cauchemar, il faut être là tous les soirs, il faut gérer les ivrognes.

Donc il faut rester dans sa vie et essayer de la réaménager sur les marges.

Oui, mais sans oublier son rêve! C’est une sorte de bouée de sauvetage: on peut se dire qu’il y a toujours un autre possible. Moi, je suis très tourmentée, même si ça ne se voit pas, parce que je noie cela dans le rire. (Rire.) Mais je ne suis pas zen. Donc, j’ai besoin d’une bouée mentale.

Un plaisir de la vie, selon Isabelle Koulik, c’est d’emmerder les cons. Vous le pratiquez aussi?

Non et je m’en veux beaucoup. Je me retrouve souvent à ménager la connerie des gens pour ne pas rentrer en conflit avec eux. S’il y a une résolution que j’aimerais tenir, c’est d’arriver à me dire: «Si cette personne, je la dérange, eh bien tant mieux!» Je pense qu’on va un peu mieux le jour où l’on arrive à dire non et à ne pas faire trop de compromis pour être une gentille fille ou un gentil garçon qui fera plaisir aux autres.

Il faut vivre égoïstement?

Eh bien, bizarrement, c’est en étant égoïste qu’on l’est le moins! Vivre pour faire plaisir aux autres, en se mettant de côté, est-ce que c’est vraiment être généreux? Mais s’il y avait une solution miracle, ça se saurait!

Natacha Varga-Koutchoumov dédicacera son livre samedi 27 novembre à la librairie Payot, à Lausanne, de 15 h 30 à 17 heures, et le samedi 4 décembre à la librairie Payot rive gauche, à Genève, de 14 h 30 à 16 heures.

 


 

MON MONDE

En 3 mots…

 

MON ALLIANCE

«Je l’ai reçue lors de mon mariage l’été dernier. Lorsqu’on colle les deux alliances, ça forme un cœur. C’est très beau, n’est-ce-pas? (Rire.) C’est fait juste pour nous, par une amie hongroise de Bruxelles qui a créé ce bijou.»

UN JOUET

«C’est un siège Ikea, c’est une bonne idée de cadeau de Noël, mais n’achetez jamais ce truc! C’est le cauchemar. Parce que ça tourne et que mon fils Elias veut tout le temps aller dedans et qu’on le tourne. Donc, j’ai des courbatures horribles aux bras!»

UN POSTER

«C’est un dessin de Robert Crumb, un dessinateur de BD new-yorkais qui a été un peu dans l’underground et qui a fait aussi de la BD érotique. Je trouve que ce dessin raconte la vie telle qu’elle est, avec une sorte de violence et de dérision. Je me reconnais assez là-dedans. C’est mon père qui me l’a offert.»



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Tags: interview, Natacha Varga-Koutchoumov, roman, «Les bonnes résolutions d’Isabelle Koulik», Editions Favre Aller en haut de page Haut de page

 

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