Il a beau brouiller les pistes en sautant d’un registre à l’autre, faire l’éloge de l’insolence, voler au secours du condamné Zemmour et même s’autoproclamer révolutionnaire ascendant anarchiste, l’actualité finit toujours par le renvoyer à ses premières amours: les têtes couronnées. Avec deux mariages princiers à l’agenda (Kate et William le 29 avril, Charlene et Albert le 2 juillet), le prince du PAF aura l’été bien rempli. Pas de quoi le paniquer. Stéphane (le couronné en grec), est tombé tout petit dans cette monarchie qu’il sait si bien vendre et dépoussiérer. Mais Le fou du roi (l’émission quotidienne qu’il anime sur France Inter) a d’autres joyaux à sa couronne: l’autodérision, comme dans la série Sois riche et tais-toi, diffusée par la chaîne Comédie, ou encore sa passion débordante pour l’histoire, palpable au fil des épisodes de Secrets d’histoire. Sous ses allures de gendre idéal, l’ami des royals et des toutous (il a deux teckels à poil dur, Virgule et Dash, dont il se sépare rarement), adore en réalité se retrouver là où on ne l’attend pas. Aussi mordant que gentil, sérieux alors qu’on le connaît drôle, franc et ouvert quand on le perçoit secret…
Animateur, acteur, journaliste, écrivain, producteur, si vous étiez cycliste, on se demanderait à quoi vous marchez…
Je me dope au plaisir. Je suis gourmand de tout et je ne m’interdis rien. J’accepte toutes les propositions qui m’amusent. C’est mon adrénaline, mes sauts à l’élastique. Des gens me disent parfois que j’ai réussi. Réussi quoi? J’ai juste l’impression de faire le métier que j’ai choisi et que j’adore, d’être un sacré privilégié, si je songe aux millions de personnes qui n’aiment pas leur job.
Alors, disons que vous êtes un camé du boulot…
Absolument. Sauf que c’est un moteur, pas une drogue. Il y en a qui se shootent aux substances, moi, je ne me drogue pas, je ne bois pas, je ne fume pas. Mon moteur, c’est le bonheur de rencontrer des gens intéressants, de visiter des lieux magnifiques et de vivre des moments amusants. Je ne suis pas blasé. J’ai encore des rêves plein la tête et j’essaie de les réaliser, de sourire à la vie pour qu’elle me sourie.
Pourquoi pas chanteur, pour le coup?
Non, c’est la seule chose pour laquelle je n’ai aucun talent. En revanche, j’ai adoré tourner un film, qui sortira bientôt au cinéma et qui s’appelle Celle qui aimait Richard Wagner. J’y tiens le rôle de Louis II de Bavière.
C’est quoi le secret de votre éclectisme?
La passion. Je n’ai pas plus de talent qu’un autre. Quelques atouts peut-être, ma gentillesse, ma bienveillance, mon sens de l’humour et de l’autodérision…
Ça flatte aussi votre ego d’être omniprésent dans les médias?
Je ne crois pas. Si j’avais de l’ego, je voudrais être le meilleur, le plus riche, le plus célèbre dans un seul domaine. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis jamais dans la compétition.
Votre côté un peu exalté sur les plateaux, c’est donc votre enthousiasme, pas une posture délibérée?
Ah bon, vous croyez? Je ne savais pas qu’on me percevait comme un exalté. Rien n’est forcé chez moi. Je suis dans la bonne humeur et l’enthousiasme permanents. Vous savez, quand je n’aime pas quelque chose, ça se voit tout de suite.
On vous voit mal piquer des colères…
Et pourtant mieux vaut ne pas être là quand cela arrive. Je n’attaque jamais les gens gratuitement et je ne commence jamais, car c’est éprouvant pour moi de dire des choses désagréables à quelqu’un en public. Mais, si l’on me marche vraiment sur les pieds, je peux devenir terrible. Comme tous les gentils, j’ai du mal à doser.
Votre dernière grosse colère?
Contre le sénateur Philippe Mariani. Un homme très puissant en France, dont tout le monde a peur à cause de sa fonction de rapporteur général de la commission des finances. En évoquant les paradis fiscaux, il a insulté le Luxembourg, le pays d’origine de ma famille, où j’ai grandi, en disant que cet Etat n’aurait jamais dû exister. Je n’ai pas supporté.
Difficile de vous imaginer triste en revanche…
Je le suis pourtant régulièrement. Comme dirait Jean d’Ormesson, je suis un pessimiste joyeux qui se soigne. Je pense que tout va mal et que tout va aller de mal en pis mais qu’il faut se battre et ne pas se décourager.
On vous connaît très mal finalement…
J’aime des choses très contradictoires. Tout ce qui va avec les familles royales, la musique classique, les châteaux, et d’un autre côté je ne supporte pas l’arrogance, la richesse quand elle est étalée. On ne sait pas non plus pour qui je vote, ce que je pense; j’ai cette liberté de ton qui me rend un peu insaisissable. Souvent, on n’aime pas les gens insaisissables…
Votre passion pour les têtes couronnées, que vous avez cultivée dès l’enfance au grand-duché, ne faiblit pas?
Non, au contraire. Je reste un amoureux fou de l’histoire de France et des monarchies si elles sont constitutionnelles et démocratiques, pas si elles portent l’habit de la dictature comme en Arabie Saoudite ou à Bahreïn. Au Luxembourg, la famille grand-ducale incarne l’identité du pays. Plus tard, j’ai travaillé pour le comte de Paris, qui m’a encouragé à devenir journaliste.
N’est-ce pas une fascination un peu kitsch, beauf même?
Ce qui est très beauf, c’est de ne pas ouvrir un livre d’histoire et penser que tout est né en 1789, à la Révolution française. Le 29 avril, deux milliards de personnes regarderont le mariage du prince William. Je n’ai pas à juger si c’est kitsch ou pas. Respectons les gens.
Deux milliards de personnes, c’est plus qu’une demi-finale de Coupe du monde de foot…
Pourquoi les familles royales plaisent tant? Parce qu’en réalité elles incarnent l’histoire de toutes les familles dont elles sont ni plus ni moins que l’émanation. La seule différence est qu’elles sont placées sur un piédestal par leur position historique. Mais elles ne sont ni plus brillantes ni plus intelligentes qu’une autre. Elles focalisent l’attention. Et rassurent les gens. Comme dit George Orwell, tant qu’on promènera des figures de cire dans un carrosse, on évitera des Hitler et des Staline. Le jour où l’on élira des technocrates, ce qui est en train de se passer en France, on aura du souci à se faire.
Concernant les royals, est-ce l’idée de faire partie du spectacle qui vous motive?
J’ai une devise: reste à ta place pour éviter qu’on t’y remette. Je ne me prends ni pour un roi ni pour un prince. Je suis un acteur mineur qui fait partie du décor. Peut-être que, dans trente ans, les gens me diront: «Je vous ai entendu le jour du mariage du prince William.»
La récente condamnation d’Eric Zemmour à 2000 euros d’amende avec sursis pour provocation à la haine raciale, ça vous inquiète ou ça vous réjouit?
Je ne suis pas d’accord avec ce qu’il a dit (ndlr: à propos des contrôles de police au faciès: «Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois? Parce que la plupart des trafiquants sont Noirs et Arabes, c’est comme ça, c’est un fait»), mais on n’a pas à le condamner. Je ne pense pas qu’il y ait incitation à la haine raciale. Tout le monde lui est tombé dessus. C’est le jeu médiatique d’aujourd’hui. On ne peut plus rien dire, plus faire de blagues, plus froisser personne. Bientôt, on ne pourra parler que des catholiques, Blancs et de souche, ce sont les seuls qui ne vont pas protester.
Quand vous poussez loin l’autodérision, c’est une façon d’atténuer votre image mondaine auprès du public?
Pas du tout. Je ne suis pas calculateur. J’assume tout. D’être Tintin reporter chez les rois et les défendre très sincèrement ou de faire la révolution pour briser les inégalités scandaleuses et insupportables que l’on constate en France et un peu partout dans le monde aujourd’hui.
Poser en photo dans Match au côté de celui qu’on présente comme votre compagnon, c’est donc une façon d’assumer votre sexualité?
La journaliste qui a écrit la légende nous connaît. C’est à elle d’assumer. Je n’ai pas à faire de commentaires. Je sais que j’ai une position ambiguë sur cette question. Je ne mens pas mais je ne raconte rien. Je n’ai rien à cacher mais rien à promouvoir non plus. Vous savez ce que vous savez, si vous voulez l’écrire, moi, je n’attaque personne. Ce n’est pas la peine de gêner ma famille et sa famille. Surtout, je ne veux être récupéré par personne, par aucun groupe, je déteste le communautarisme.
Vous êtes très engagé, très exposé et, pourtant, on vous connaît peu d’ennemis, hormis Stéphane Guillon avec qui vous vous fritez depuis un an. C’est louche…
Je fais dire les horreurs par d’autres. C’est le rôle d’un animateur… Plus sérieusement, avec le nombre de services que j’ai rendus, je devrais effectivement avoir pas mal d’ennemis, puisque les gens vous en veulent du bien que vous avez fait pour eux. C’est le cas de Stéphane Guillon. Je l’ai amené à France Inter, à Canal+, je lui ai présenté Muriel, sa compagne, que j’ai virée du Fou du roi. Je regrette cette brouille qui s’envenime petite phrase après petite phrase. C’est ridicule, nous avons tellement vécu d’aventures en commun. Si vous le voyez, dites-lui que je suis prêt à lui tendre la main, qu’on en finisse!
Les Guignols adorent aussi se moquer de vous…
Pour moi, c’est aussi flatteur qu’être au Musée Grévin. Mais je ne suis sensible ni à ces honneurs- là ni à toutes les idioties qu’on peut écrire sur mon compte. Tout cela fait partie de l’écume des choses. Et l’écume, comme vous le savez, disparaît avec le temps…