Paris, Hôtel du Fouquet’s, premier étage. Franck Dubosc, seul,
converse au téléphone avec Danièle, sa compagne, qui fait des courses
sur les Champs-Elysées. L’humoriste boucle deux mois de représentations
au Palais des Sports. Il est vanné et se réjouit de partir quelques
jours en amoureux à l’île Maurice, où son pote Gad Elmaleh est aussi en
vacances… avec sa mère.
Franck Dubosc, que reste-t-il de Kikito en vous?
C’est mon surnom. Ma mère m’appelle encore parfois Kikito. Ma sœur aussi.
A l’image d’un Louis de Funès, votre carrière comique a démarré sur le tard. Comment appréhendez-vous le temps qui passe?
En
tant qu’être humain, je suis comme tout le monde: ça me fait chier de
vieillir. Un peu moins en tant qu’artiste, parce que je me dis que
j’aurai moins longtemps à tenir. Si j’avais débuté dans l’humour à 25
ans, j’aurais sûrement trouvé le temps long.
On a tendance à l’oublier, mais vous avez été révélé au Canada.
En
tant qu’humoriste, oui, j’ai été connu là-bas avant de l’être en
France. Ce qui m’amuse, c’est que mon image dans les médias canadiens
est très différente d’ici. Elle est plus classe. En France, je me suis
pas mal galvaudé à la télévision.
Les gens s’identifient facilement aux humoristes: vous êtes un peu leur grand frère?
Oui,
c’est vrai. On nous tutoie, alors que les acteurs dramatiques comme
Vincent Cassel ou Melvil Poupaud ont droit à plus de respect. Moi, je
ne cherche pas à prouver quoi que ce soit. J’apprécie qu’on me tape sur
l’épaule, j’aime cette proximité avec le public. J’en ai besoin.
A l’inverse, Bourvil et Louis de Funès trouvaient cela insupportable!
Je
sais, je lis justement leur biographie. Ils en ont terriblement
souffert. Pas moi. Moi, j’ai désiré devenir le copain des gens. J’ai
été et je suis public, donc je n’oublie pas.
Est-il exact que chaque soir, après votre spectacle, vous accordez une heure d’autographes?
Oui, systématiquement. Si je ne le faisais pas, je me ferais insulter.
Etes-vous quelqu’un de plutôt drôle à la ville?
Non, pas spécialement, je suis très normal. L’humour est vraiment un métier pour moi.
Vous admettez pourtant être assez angoissé.
Oui,
je suis angoissé. Quand il s’agit de prendre des décisions importantes,
par exemple. Professionnellement, plus tu montes, plus tes décisions
influencent ta montée. Il est essentiel de bien réfléchir. On n’est pas
devant une PlayStation quand on conduit une carrière!
Le succès fou qui est le vôtre vous effraie-t-il?
Non, parce que, en réalité, je m’y suis habitué.
Mais descendre les Champs-Elysées à visage découvert vous est impossible, non?
Rien n’est impossible. Je baisse la tête. C’est un peu chiant, mais bon, on s’habitue. C’est ça, ma vie.
On s’habitue à vivre en bête traquée?
On
s’habitue à ne pas fixer les gens, à sourire faussement, à dire merci,
à être beaucoup plus poli que qui que ce soit. Il faut être tout, plus!
En fin de compte, on nous force à être un peu faux. Moi, il suffit que
je ne regarde pas une personne croisée dans la rue pour qu’elle pense
aussitôt: «Regarde comment il frime!» A l’inverse, si je souris, on
dira: «Qu’est-ce qu’il est sympathique!»
De qui êtes-vous client, au cinéma?
Dans
ma jeunesse, c’était Bébel, les mecs du Splendid. Aujourd’hui, j’aime
les acteurs de la trempe de Vincent Cassel ou de Brad Pitt.
Vous
confessez avoir été impressionné de donner la réplique à certains
comédiens, comme Emmanuelle Béart. Cela vous arrive-t-il encore?
Bien sûr que ça me fait bizarre!
Seriez-vous resté un peu groupie?
Pas
groupie, non, mais peut-être sans savoir exactement où je me situe. Je
tiens à continuer de me positionner du côté du public. C’est mon arme.
Cela m’aide à savoir où j’en suis.
Qui d’autre peut vous aider à ne pas vous perdre: votre mère?
Non. Ma mère n’a plus la vision des choses de ce métier-là. Elle est devenue vedette, ma mère!
Elle a changé à ce point?
Oui, parce qu’elle a pris l’habitude, et plus vite que moi!
Cela vous a surpris?
Non,
pas vraiment, parce que je sais à quel point c’est facile. Moi, je
lutte. Quelqu’un dont ce n’est pas le métier prend tout le bonheur de
la chose. Moi, je ne peux pas. Je sais que, parfois, il faut se battre.
Est-ce que, à l’image de votre copain Elie Semoun, passionné de plantes vertes, vous avez un violon d’Ingres?
Oui,
les marionnettes. Dans chaque ville où je passe, j’en achète une. J’en
ai des quantités. Les premiers shows que j’ai donnés, devant les
enfants du quartier, c’était avec des marionnettes. Je faisais payer un
bonbon ou une pièce jaune. Les pièces jaunes avaient moins de valeur,
mais, pour moi, c’était de l’or!
Dans votre nouveau spectacle, d’aucuns vous accusent de flirter avec la vulgarité…
Je l’ai entendu, c’est vrai, mais je ne suis pas d’accord. Je parle de quéquettes, oui, et alors?
Vous n’en faites pas pour autant une fixette?
Je
ne crois pas, non. Est-ce que je parle trop de quéquettes? Peut-être?
Je pourrais en couper, mais en même temps, ce sont des endroits qui
font beaucoup rire!
Votre personnage est limite ringard, mais jamais de trop.
C’est
vrai. Il doit rester attachant. C’est un mélange subtil, j’allais dire
un savant mélange, mais ça ferait quand même trop prétentieux. Il ne
doit jamais gagner.
C’est un loser magnifique?
Il faut
qu’il perde, oui, constamment. Sinon, ça ne fonctionne pas. Mes
détracteurs ne se sont pas rendu compte qu’il y a un mode d’écriture
spécifique à ce personnage. Je ne dirai jamais: «Je suis le meilleur.»
Je dirai: «Je ne pense pas être le meilleur.»
Tout est dans la nuance.
Exactement.
J’ai aussi choisi de faire le faux beau, en me moquant un peu de mon
physique. Mais jamais je ne me suis trouvé beau. Si je le pensais, je
n’en jouerais pas.
Mais que savez-vous de l’image que les gens ont de vous?
C’est
compliqué. Cela dépend du public. Pour les mecs, je suis un peu le
grand frère déconneur, le faux beau gosse. Ensuite, il y a les jeunes
filles qui me trouvent, elles, mignon. Bon… pourquoi pas? Je dois
jongler avec les deux.
Vous sentez-vous à l’aise avec les nanas?
Oui, parce que j’ai vieilli. Je ne cherche plus à les séduire à tout prix.
Y a-t-il un tombeur qui sommeille en vous?
Non, je n’ai aucun tableau de chasse.
Qui vous faisait fantasmer, adolescent?
Vers
l’âge de 10 ans, c’était Sylvie Vartan. Mon Dieu qu’elle était sexy!
Elle l’est toujours d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est plus Jessica Alba ou
Eva Mendes: ça, c’est quelque chose! Mais là, c’est l’homme qui parle.
Cela dit, pour elles, je suis un charlot. Je le dis sans fausse
modestie.
A propos d’humour, vous dites volontiers: «Tout le monde ne peut pas faire rire de tout.»
Oui, cette phrase-là, je la revendique.
On pardonnera à Elie Semoun un gag sur les fours de fabrication allemande, pas à vous?
Oui,
pourtant ce sketch-là, on l’a écrit ensemble… En outre, personne n’a
été déporté dans la famille d’Elie, alors que mon grand-père, lui,
accusé d’espionnage, a fini dans les camps de concentration. C’est
troublant.
Un mot peut-être sur Dieudonné. Ce qui lui arrive vous chagrine-t-il?
A
force de dire de telles conneries, ça n’a rien d’étonnant! Dieudo est
peut-être l’un des meilleurs humoristes de notre génération. En tout
cas, il est celui d’entre nous qui écrit le mieux, mais je pense qu’il
est un peu fou. Là, il faut qu’il arrête, parce qu’il ne s’agit plus de
faiblesses, mais tout simplement de connerie. Et la connerie, ça ne se
pardonne pas.
«Incognito», d’Eric Lavaine, avec Franck Dubosc et Bénabar. En salle dès le 29 avril 2009.
«Il était une fois Franck Dubosc», à l’Arena, Genève, les 8 (complet) et 9 mai 2009 à 20 h 30.
Dubosc et les siens
Sa maman
Janine
Dubosc, 78 ans, ancienne secrétaire de mairie. Kikito reste son
chouchou, à 45 ans. Il l’appelle tous les jours, porte une chevalière à
ses initiales, JD, et raffole des «tomates Janine» qu’elle lui concocte
quand il va la voir à Grand-Quevilly (Normandie), où il a grandi.
Son père
Lucien
Dubosc, déclarant en douane, décédé à l’âge de 65 ans en avril 2002, au
moment où le fiston allait jouer à l’Olympia. Franck Dubosc a-t-il eu
honte de son père, comme il l’a avoué un jour? «Pour être précis,
répond-il, mon père a cru que j’avais honte de mes origines sociales.
Comme c’était quelqu’un de très intelligent et qu’il n’y a pas de fumée
sans feu, j’en étais certainement un peu gêné, parce que projeté au
Conservatoire de Rouen dans un milieu très bourgeois qui n’était pas le
mien. Alors on se construit une image, puis on arrive à Paris, où l’on
constate que certains ont des facilités. Je pense donc que mon père a
regretté, à ce moment-là, de n’avoir pu m’offrir plus et qu’il a
renversé la situation.» Franck regrette de n’avoir pu lui dire merci.
Sa sœur
Premier enfant du couple Dubosc, Corinne est mère de deux filles: Emilie et Jennifer.
Sa compagne
Danièle,
jolie brune libanaise, la trentaine, rencontrée il y a trois ans. «Au
début, son père n’avait pas trop envie qu’elle s’affiche avec un
Français hors des liens du mariage», confie Franck. Installé à Neuilly,
le couple n’est toujours pas marié. Franck avouait récemment dans la
presse rêver d’un enfant. Il ajoute en riant: «Danièle, elle, m’a
simplement dit: «Et à moi, quand est-ce que tu me le demandes?»