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LA RECONSTRUCTION
JAPON, 3 MOIS APRÈS L’ENFER
Le Pays du Soleil levant veut se relever, et vite. Depuis le tsunami du 11 mars dernier, des milliers de tonnes de débris ont été évacuées et beaucoup de bâtiments reconstruits. Résultat d’un effort collectif sans précédent.

Par Marc David - Mis en ligne le 21.06.2011

Des lieux immaculés, redevenus comme avant. Des routes réparées, des arbres qui repoussent, un enfant qui jœu. Et puis, çà et là, une colline de débris. Un entrelacs compliqué de bois et de métal puant, parfois aussi élevé qu’un immeuble de quatre étages et attendant d’être transporté ailleurs, on ne sait où.

Voilà ce à quoi ressemble aujourd’hui le littoral nord-est du Japon, dévasté le 11 mars dernier en plusieurs vagues délirantes et qui se couvrit en quelques secondes de l’équivalent d’un siècle d’ordures ménagères.

Le passage de plusieurs générations y a soudain été effacé, en une volée de chiffres officiels qui font mal: 15 281 morts, 8942 disparus, 5363 blessés. Côté matériel, 88 873 maisons endommagées ou détruites, 3970 routes, 71 ponts. Et 20 millions de tonnes de débris divers, qu’il s’agit aujourd’hui d’entreposer.

DÉPRESSIONS ET SUICIDES

A Ishinomaki, on les a amenés dans une vallée voisine, en un défilé continu de camions. «Nous pensions qu’il y aurait là assez de place pour une année. Mais en un mois et demi tout était déjà plein, déplore Hideyuki Katsumata, qui dirige une compagnie de transports. Il faut un effort national. L’Etat a envoyé l’armée et des machines lourdes, mais nous ne savons pas quoi faire de tous ces débris!»

Vaguement surréalistes, de gros bateaux se dressent dans le paysage, certains perchés au sommet de bâtiments. Plus de 20 000 ont été endommagés ou détruits. Ceux en acier doivent être découpés sur place, un travail pénible et malaisé.

L’Etat japonais a débloqué 4,3 milliards de dollars en urgence pour tous ces travaux. Après le séisme de Kobe, en 1995, il avait fallu trois ans pour nettoyer. Le but premier des autorités, jusqu’en août, consiste à rétablir tout ce qui appartient à la vie quotidienne, notamment l’accès aux routes.

«Du côté du trafic, tout se passe en effet beaucoup mieux», confirme Kosuke Okahara, photographe qui a sillonné ces régions. Il y a croisé les gens.

«Je les trouve calmes. Que faire d’autre qu’accepter ce qui est arrivé?» Les âmes sont meurtries, pourtant. «J’ai une amie infirmière: elle m’a parlé de beaucoup de dépressions et de nombreux cas de suicides, peut-être deux ou trois par jour. Il n’y a pas de chiffres officiels, mais c’est une réalité.» Selon une source médicale, un dixième des victimes souffrent de désordre posttraumatique, soit des dizaines de milliers de personnes.

«J’AI BAISSÉ LES BRAS»

En cause, leur situation quotidienne. Trois mois après, les sinistrés sont encore 98 000, hébergés dans 2000 centres d’évacuation, surtout situés dans les préfectures les plus touchées, Miyagi, Fukushima, Iwate. Ces chiffres englobent ceux dont les habitations ont été détruites le 11 mars et ceux qui ont dû évacuer la zone de 20 kilomètres proscrite autour de la centrale nucléaire de Fukushima. «J’ai baissé les bras», reconnaît Eiichi Kogusuri, qui vit dans un des plus grands centres d’hébergement, sous un stade couvert. «Tout ce que je fais toute la journée, c’est manger, dormir et regarder la télévision. Chaque jour paraît une éternité. J’ai la soixantaine, pas de travail. Je n’ai rien à quoi me raccrocher et suis trop vieux pour recommencer», dit cet ancien chauffeur routier, célibataire, qui a perdu sa maison et son emploi.

Ryoko Konno et son mari Michio, eux, vivent dans une des maisons provisoires que le gouvernement a bâties. Il était ingénieur maritime, ils gagnent une centaine de dollars par jour à collecter les débris du tsunami. Comme des milliers de sinistrés, ils ont commencé par loger dans les abris d’urgence. Tout y était offert: l’électricité, les repas. «Nous aurions aimé y rester plus longtemps», avœunt-ils. Dans leur maison provisoire, ils doivent payer leurs charges, leur nourriture. L’avenir, ils y pensent à peine.

Les perspectives? Le gouvernement accorde 24 000 dollars à ceux qui ont perdu leur maison et 6500 à ceux dont les habitations ont été endommagées. L’industrie de la pêche ou du tourisme n’offrant plus d’emploi, le temps est à l’attente. Dans un lieu comme Minamisanriku, qui a perdu 3300 maisons (60% du parc total), 1224 habitations provisoires se dressent désormais.

Et puis il y a la chape du deuil. Les histoires terribles qui affleurent jusque dans les journaux, peu à peu. A Rikuzentakata, où un dixième de la population de 23 000 habitants est mort ou a disparu, l’institutrice Yukiko Horie pleure encore six jeunes élèves. Ils étaient membres du club de natation. Ce jour-là, ils se préparaient à aller nager sur le front de mer. Ils venaient d’enfiler leur costume de bain quand le tremblement de terre s’est déclenché.

Egalement prof de natation, Yukiko n’était pas avec eux. Le staff les a emmenés là où il était prévu d’aller en cas de tsunami, le grand immeuble de la communauté de la ville. Décision fatale: ils n’ont pas eu le temps de gravir les marches et sont morts noyés, bloqués dans une salle. Yukiko, elle, a pu gagner une colline voisine avec les autres élèves. «Je voudrais tellement m’excuser auprès des morts pour ne pas avoir été présente. Ils apparaissent parfois dans mes rêves et essaient de me faire rire. Ma responsabilité aujourd’hui est d’aller de l’avant», dit-elle en montrant leurs photos.

200 PORTS CONSOLIDÉS

Le gouvernement, lui, n’hésite pas à évoquer des lendemains qui chantent. Makoto Iokibe, président du Reconstruction Design Council, annonce la consolidation de plus de 200 ports. Il veut les équiper de pontons pour de plus grands bateaux de pêche et une meilleure distribution. Faire de cette région une pionnière des énergies renouvelables. «Nous voulons que le nordest devienne un leader pour l’économie japonaise. C’est le meilleur lieu de pêche du monde.»

L’aide internationale ne faiblit pas. La Croix-Rouge japonaise vient de remercier plus de 50 pays pour leur participation. A ce stade, elle a remis 834 millions de francs. Elle dotera bientôt plus de 90 000 nouvelles habitations d’équipements tels que machines à laver, fours à microondes, téléviseurs. Se relever, continuer.

 

Davantages d'images du Japon, après la catastrophe et aujourd'hui, dans «L'illustré» n°25 de cette semaine.



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Tags: Japon, Pays du Soleil levant, tsunami, 11 mars 2011, reconstruction Aller en haut de page Haut de page

 

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