La crise qui ébranle toute l’industrie automobile, comment la qualifiez-vous?
J’allais dire que c’est la fin d’un cycle, mais c’est trop fort. Il est sans doute plus juste de parler de période d’adaptation, due notamment à une surproduction de véhicules, à laquelle s’ajoute une profonde crise financière. La prise de conscience environnementale croissante dans la population, le besoin aussi de compter plus que jamais ses sous et le prix de l’essence qui a joué au yoyo l’année passée, tout cela contribue à calmer la demande sur le marché.
Quelle est la principale conséquence de ce changement de donne?
C’est un changement de statut de la voiture sans précédent dans l’imaginaire collectif: pour une partie toujours plus grande de la population, l’automobile n’est plus un bien de consommation aussi essentiel que par le passé. Beaucoup de gens se disent qu’on peut se déplacer autrement quand une autre solution existe. Je ressens très fortement l’émergence de ce nouvel état esprit, du moins en Europe. Mais il faut aussi éviter de stigmatiser la voiture, moyen de transport irremplaçable pour beaucoup de monde.
Si l’on créait pour vous un ministère de la mobilité individuelle, quelle première décision prendriez-vous?
C’est amusant, mais je pense tous les jours à ce défi. Je lancerais un chantier pour inventer un nouveau concept global de mobilité. Il s’agirait d’une véritable révolution. Car, en l’état actuel, je ne vois pas ce que l’on peut améliorer, si ce n’est construire plus de parkings près des grandes gares ferroviaires par exemple. Mais cela ne serait qu’une petite amélioration. Il faut mettre sur pied un système plus ambitieux de mise à disposition de véhicules pas ou peu polluants aux niveaux urbain et périurbain. Concrètement: un voyageur sort de son TGV et a réservé une petite voiture électrique pour parcourir les derniers kilomètres qui le séparent de sa destination. Cela implique d’améliorer et de rationaliser les véhicules et leur usage.
Certains voient les constructeurs automobiles en prestataires de services, organisant eux-mêmes un tel système de mobilité individuelle plutôt que de se contenter de fabriquer des véhicules.
C’est une piste. Mais il faudrait alors que les constructeurs s’associent, plutôt que de dépenser chacun de son côté beaucoup d’argent dans le marketing et dans le développement de prototypes qui n’aboutissent presque jamais à une production en série. Mais une telle révolution n’a aucune chance de voir le jour sans une volonté et un plan politiques clairs, fermes et globaux. Il y a urgence, car je suis catastrophé par l’état du trafic routier actuel, principalement en milieu urbain. Quand je suis à Paris en voiture, je trouve triste de subir cette situation d’engorgement sans précédent. Il aurait fallu prendre les devants il y a vingt ans déjà. Nous payons cette inertie politique et urbanistique.
La formule 1 s’est donné cette année une touche hybride avec le KERS, système de récupération de l’énergie de décélération. Gadget ou signe positif?
Ce n’est pas un gadget. C’est une nouveauté positive, même si le KERS n’est pas encore au point dans les écuries qui en sont déjà dotées. Le plus intéressant, c’est que les constructeurs ont opté pour des choix de KERS très différents: certains d’entre eux sont électriques, d’autres sont basés sur l’énergie cynétique, d’autres encore sont mécaniques, en jouant sur le différentiel. Ces expériences vont déboucher sur des améliorations des voitures grand public.
Vous avez planché sur les biocarburants pour le gouvernement français. Or, cette piste suscite désormais des critiques de toutes parts. Ils ont encore un avenir, ces carburants végétaux?
Je comprends les réticences, dues notamment aux besoins en eau et à la concurrence avec le secteur alimentaire. Mais la piste des biocarburants reste valable de cas en cas, de région en région. Exemple: en France, nous exportions des milliers de tonnes de betteraves pour faire du sucre, mais cela n’était rentable que grâce aux subventions agricoles. Maintenant qu’il n’y a plus de subventions, la reconversion de cette production en bioéthanol permettrait de faire rouler au moins 10% du parc automobile du pays. Et il reste les filières prometteuses des déchets végétaux, des algues et d’autres matières premières.
Et vous, dans quelle voiture roulez-vous?
Je vais vous avouer quelque chose que je n’aurais jamais imaginé il y a encore une année: pour la première fois de ma vie, je ressens parfois de la gêne à rouler dans mon gros 4x4. J’envisage d’ailleurs de changer de modèle, même si j’ai radicalement modifié mes habitudes de déplacement: je n’ai en effet roulé que 8000 kilomètres l’année passée, parce que je suis devenu un fidèle usager des transports publics quand ils sont performants.