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«Je ne me vois pas femme au foyer»
La Saint-Galloise Linda Fäh, 21 ans, a retrouvé avec émotion Benken, le village de son enfance, où elle vit toujours chez ses parents. Petite visite de politesse à Franzruedi et Brigitte Fäh, des gens simples propulsés malgré eux sur le devant de la scène médiatique.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 20.10.2009
«Willkommä, bi üs däbei, da möcht i bliebä.» La banderole de bienvenue suspendue au-dessus de l’entrée du N° 11 de la Rietstrasse, à Benken (SG), se voit de loin. Installée à la hâte par la famille Fäh, elle salue la reine, Linda, 21 ans, couronnée plus jolie fille du pays. La nouvelle a fusé dans le village et remonté le cours de la Linth, la rivière qui relie désormais le fief de Miss Suisse à celui de Mister Suisse, André Reithebuch, distant d’une cinquantaine de kilomètres. La Saint-Galloise et le Glaronnais ont le même accent!

Chez les Fäh, on reconnaît s’être un peu fait dépasser par les événements, d’où certaines déclarations, mal interprétées, saluant l’élection d’une «authentique Suissesse», sage comme une image pieuse. Le père de Linda, Franzruedi Fäh, un monteur chauffagiste de 57 ans au look de militaire en fin de carrière, avec ses cheveux blancs coupés court, n’était pas préparé. «Tout ce cirque, comme de répondre aux journalistes, on n’a pas l’habitude. Moi, je ne viens pas de ce mondelà. Je suis plutôt pudique. Il est vrai que j’ai vanté ce coin de pays, son folklore, ses traditions, mais j’ai grandi ici. Jamais je n’ai voulu parler de pureté ou de je ne sais quoi. Les polémiques, je laisse ça aux politiciens à Berne!» Discrète, son épouse, Brigitte, approuve: «J’espère que ça va vite se calmer…»

Un père musicien

Les parents de Linda Fäh ont grandi là, sur cette bande de terre saintgalloise coincée entre le lac de Zurich et le Walensee. «On s’est connus au bal», raconte Brigitte, qui travaille aujourd’hui comme sommelière à temps partiel. Franzruedi, musicien amateur, jouait de l’orgue et de l’accordéon au sein d’un trio folklorique, les Chowas.

Le couple s’est marié en septembre 1984 à Schmerikon, sur la rive orientale du lac de Zurich, où leurs trois enfants, Fabio (23 ans), Linda (21 ans) et Sina (17 ans) sont nés. «On a choisi des prénoms à consonance italienne», souligne Brigitte Fäh – une rare entorse aux traditions. En 1989, les Fäh ont construit sur un terrain familial où naguère le grand-oncle de Linda élevait vaches et chevaux. «Cette maison a été l’une des premières bâties ici», souligne fièrement Martha, la grand-mère et voisine, observant avec dépit les immeubles neufs des alentours.

«Les gens de Benken sont très soudés. Ils ont du coeur, parce que les loisirs sont rares. C’est comme une grande famille»
Linda Fäh

Bordant un petit verger où s’élèvent une poignée d’arbres fruitiers, la villa de Franzruedi et Brigitte est de plain-pied, avec une piscine extérieure, partiellement enterrée. Le gazon est soigné, de même que la haie de thuyas, érigée en mur. De là, on aperçoit d’un côté le centre sportif et, de l’autre, au-delà du nouveau canal de la Linth, des terrains agricoles. En guise de bruit de fond: les cloches des vaches, le ronron lointain d’un tracteur, le battement d’ailes des libellules.

Une vraie campagnarde

Zurich n’est qu’à 40 kilomètres par la route, pourtant Linda, qui a son permis de conduire depuis trois ans, ose encore à peine s’y aventurer seule. «Que voulez-vous? Je suis une campagnarde!» insiste-t-elle. Une fille amoureuse de son bourg, Benken, aux 2400 habitants. «Ici, après mon élection, c’était l’euphorie, confie-t-elle, émue. J’ai reçu d’innombrables lettres. Il faut dire que les gens d’ici sont très soudés, très amicaux. Ils ont du cœur, parce que les loisirs sont rares. C’est comme une grande famille.»

D’ici, bien sûr, la Suisse romande apparaît lointaine. Linda préfère rester prudente: «Je connais trop peu les Romands pour me prononcer à leur sujet. Enfant, j’y suis beaucoup allée en vacances, chez ma tante, qui vit à Lausanne. J’espère bien m’y rendre souvent durant cette année, ne serait-ce que pour améliorer mon français.»

Dans la maison, chaque chose est à sa place, avec un goût prononcé pour les objets typiques, tel cet ancien chariot de bois rempli de fleurs ou encore un harnais pour chevaux accroché au mur. La chambre de Linda est toute simple: une grande armoire, un lit, une table étroite avec un PC. Pour seule déco, un poster de deux bébés noirs, des jumeaux, offert par son petit ami Dejan Gavrilovic. Miss Suisse confie avoir la fibre maternelle, pourtant, insiste-t-elle, «je ne me vois pas femme au foyer. Travailler, c’est fondamental pour moi.» Sur le lit trône un énorme nounours Hello Kitty.

Linda se sent reconnaissante à l’égard de ses parents, qu’elle n’a toujours pas quittés. «Ils m’ont inculqué une éducation stricte, mais j’en avais besoin pour grandir.» Aujourd’hui, bien que vivant séparée de Dejan, dont elle est amoureuse depuis cinq ans, Linda se félicite de ce choix. «Je me sens bien mieux à la maison pour affronter cette année. On verra bien dans un an.» En attendant, elle exaspère son père en squattant la salle de bain…

Une famille sportive

Quand le temps le permet, Linda chausse ses rollers ou prend son vélo et va se promener le long du canal. Son frère et son père sont, eux, des passionnés de moto, comme en témoigne la Suzuki 1000 parquée au garage. L’hiver, toute la famille skie!

De l’extérieur, en sortant par le garage, on distingue au loin le restaurant Erle, où les retraités de Benken tapent le carton et, bien sûr, l’église où, selon la presse unanime, la nouvelle Miss Suisse aurait ses habitudes. Elle éclate de rire: «Je dois bien y aller quatre fois par an, en incluant Pâques et Noël!»

Catholique, Linda Fäh confirme cependant avoir la foi: «C’est vrai qu’il m’arrive de prier, le soir.» Et si le secret de son élection était d’ordre divin? Elle rit: «Franchement j’en doute. La veille de la finale de Miss Suisse, je n’ai pas prié.»




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Tags: Miss Suisse 2009, Linda Fäh, Benken Aller en haut de page Haut de page

 

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