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MARIAGE REFUSÉ
«JE NE VEUX PAS QU’ON ME PRIVE DU BONHEUR DE VIVRE AVEC ELLE!»
Il a 65 ans, elle en a 30. Il vit à Renens, elle n’a jamais quitté le Cameroun. L’état civil vaudois a considéré que leur projet de mariage ne tenait pas la route, qu’il s’agissait d’un mariage blanc. Depuis, Paul-Henri Bourgeois se bat comme un beau diable contre ce qu’il appelle une atteinte à son droit d’aimer.

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 19.05.2010
«Ce n’est quand même pas un petit fonctionnaire qui va décider si j’ai le droit de me marier. C’est quoi cet office de l’état civil, le bureau des nazis?» Il n’y va pas avec le dos de la cuillère, Paul-Henri Bourgeois. Il est sacrément en pétard, ce retraité de 65 ans qui nous a passé un coup de fil pour témoigner de ce qu’il considère comme une atteinte à son droit le plus élémentaire: épouser qui bon lui semble. En l’occurrence, Sandrine Ateba Emvoutou, une Camerounaise dont il a fait la connaissance via l’internet il y a deux ans.

Elle a 30 ans, il en a 65. Une différence d’âge qui, lorsque Paul-Henri a déposé une demande de mariage auprès des autorités vaudoises, l’a tout de suite rangé dans la catégorie «à risques». Dame, c’est qu’il faut montrer patte blanche pour échapper justement à la suspicion de mariage blanc! Depuis l’introduction de l’article 97a dans le Code civil, en janvier 2008, l’officier d’état civil suisse possède un pouvoir immense, matrimonialement parlant: il peut dire non à un mariage s’il soupçonne qu’il est contracté dans le but d’obtenir un permis de séjour. On a d’ailleurs trouvé dans la littérature du Conseil d’Etat vaudois un véritable catalogue. Ainsi les mariages «bezness» qui concernent les femmes suisses de 45 ans qui veulent épouser des jeunes gens rencontrés en vacances. Le mariage «béquille», entre un(e) Suisse(esse) et une personne sans papiers ou un réfugié débouté cherchant à éviter l’expulsion. Paul-Henri et sa fiancée appartiennent manifestement à la catégorie mariages «facilitateurs». «Entre une personne étrangère sans statut légal et généralement des personnes seules», selon la prose étatique. Ce sont les a priori et le manque de tact qui ont fait sortir cet ancien routier de ses gonds. «On m’a posé une vingtaine de questions orientées. Un fonctionnaire m’a dit: «Vous êtes stupide ou quoi? Elle va vous avoir.» «Il n’y a pas d’avoir, a répondu, goguenard, le retraité vexé, je n’ai rien. D’une certaine manière, elle gagne mieux sa vie en Afrique avec 120 francs par mois que moi à Lausanne avec mes 2200 francs de rente.» Paul-Henri vit seul dans un appartement d’une pièce à Renens. Un divorce déjà lointain. Une vie passée sur les routes qui rend les amitiés difficiles. Un chat, Miomio, et une chienne, Léa, pour seule compagnie. «La solitude a commencé à me peser. Je me suis dit qu’on allait un jour me retrouver mort dans mon appartement bouffé par mon chien!»

9 ANS AVEC UNE AFRICAINE

L’ancien chauffeur affirme pourtant ne pas être né de la dernière pluie. «J’ai vécu neuf ans avec une Africaine. Je ne suis pas sous tutelle. Et j’ai le droit aussi de me planter! Je n’accepte pas qu’on décide à ma place!» Sandrine, il l’a contactée par le biais de sa sœur, une Camerounaise de Genève rencontrée dans un bistrot. Tous les soirs, le couple soupe tête à tête via le programme Skype. «Bien sûr, il y a notre différence d’âge, mais tous les deux y trouvons notre compte. Elle a perdu un enfant, son mari l’a abandonnée, elle a besoin de tendresse. Ici, elle pourrait tout de suite travailler comme laborantine!» Ici, à Renens, le petit appartement est tout entier dédié à son Africaine. Du calendrier mural au poster, en passant par le fond d’écran de l’ordinateur, la plantureuse Camerounaise jaillit de partout avec son sourire à la vie et sa robe de... mariée. En effet, Paul Henri a passé outre à la décision de son canton.

«Un fonctionnaire m’a dit: «Vous êtes stupide ou quoi? Elle va vous avoir…»
Paul-Henri Bourgeois

«On s’est mariés le 23 janvier dernier à Yaoundé. Quand les Suisses m’ont dit que mon mariage ne serait pas accepté, qu’elle ne pouvait avoir un visa pour venir me voir, j’ai attendu de toucher l’AVS et je suis parti là-bas!» Au retour, il a envoyé dix photos à l’état civil lausannois. Qui n’a pas été ébranlé par les images de liesse familiale ni par le fait que Paul-Henri, tout à son bonheur, a dansé pour la première fois. Niet pour un mariage, niet pour une validation de mariage!

Le jeune marié (aux yeux de la loi camerounaise) a découpé un article paru dans un quotidien vaudois retraçant l’itinéraire similaire d’un autre retraité.

«Sauf que ce monsieur a de l’argent. Il a fait un recours et gagné contre l’Etat de Vaud!» Paul-Henri aurait tout intérêt à faire recours, même sans avocat. Les statistiques poussent à le faire car, sur huit recours déposés en 2008, le Tribunal administratif a désavoué la décision de l’état civil dans 50% des cas.

«Les erreurs subsistent», reconnaît Jean-François Ferrario, chef de la division état civil de l’Etat de Vaud. Il rappelle la difficulté pour ses fonctionnaires d’appliquer la nouvelle loi, surtout que deux tiers des mariages dans le canton impliquent au moins un étranger. «Ce sera encore plus contraignant en 2011, puisqu’une personne en situation irrégulière ne pourra déposer une demande de mariage sur territoire suisse!» Mais le haut fonctionnaire souligne, sans connaître le cas de Paul-Henri, que ce sont souvent les proches qui alertent ses services. «Certaines personnes nous remercient aussi après coup de l’avoir interdit!» Le responsable des officiers d’état civil insiste sur leur formation, leur expérience de vie nécessaire. «Elle est loin, dit-il, l’image du pétabosson qui oubliait le registre du mariage au bistrot!»

UNE MAISON À YAOUNDÉ

Reste malgré tout la question des droits de l’homme. Peuton interdire à une personne d’exercer librement son droit au mariage? En attendant qu’un cas soit soumis à la sagacité du Tribunal fédéral, Paul-Henri se replonge dans son album de photos. Il attend une décision définitive des services de l’Etat mais songe déjà à s’expatrier en cas de refus.

«On fait construire une maison à Yaoundé. J’y ai mis ce qu’il me restait de mon deuxième pilier. Je ne veux pas qu’on me prive de ce bonheur de vivre avec elle, même si c’est juste pour quelques années. Et je ne veux pas continuer à vivre dans un pays où les fonctionnaires commencent à se prendre pour des dieux!»




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Tags: mariage blanc, état civil, Cameroun, Suisse, Afrique Aller en haut de page Haut de page

 

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