Cool, comme à son habitude, affable et aussi soucieux de bien répondre que d’écouter lors de l’interview, le syndic et patron de 56 ans se passait du Bach cet après-midi-là en épluchant ses dossiers. Il n’a peur ni de la routine, ni des combinazione politiques, ni du temps qui passe.
Regrettez-vous d’avoir dit dans la presse qu’être syndic, c’est plus facile que de diriger Paléo?
Non, c’était le fond de ma pensée. La charge est lourde, c’est vrai, mais par rapport à d’autres métiers, ce n’est pas si compliqué! La politique, au fond, est moins complexe que ce que les politiciens essaient de nous faire croire.
Ils vont apprécier...
A la tête de Paléo, je me suis retrouvé dans des situations bien plus difficiles. Parfois, je ne savais pas comment j’allais payer les salaires, les fournisseurs, la vie du festival était en jeu. Souvent, les gens qui font de la politique ont tendance à expliquer combien tout est compliqué. Alors qu’on devrait faire l’inverse. Rendre les problèmes plus accessibles, sans prendre les gens pour des idiots.
La ville de Nyon connaît un déficit de 14 millions. Vous allez devoir prendre des mesures impopulaires. Au risque d’être moins aimé?
Je ne cherche pas à flatter les gens. Mais je vais utiliser la méthode Paléo. Quand on avait de sérieuses économies à faire, on s’arrangeait pour ne pas toucher à l’affiche, la programmation restait vitale. En politique, c’est pareil! On va étudier les mesures, on travaillera dans la transparence. Si on explique bien les choses, les citoyens peuvent comprendre que si on n’augmente pas les impôts on ne pourra pas, par exemple, s’offrir le futur centre multisport!
Je n’ai pas trouvé un conseiller communal pour dire du mal de vous. C’est quoi votre truc, offrir des billets pour Paléo?
(Sourire.) Pour le moment, je suis neuf, je n’ai pas encore prouvé grand-chose ni dû arbitrer des conflits. Mais j’ai montré, je crois, une ouverture d’esprit. J’aime les gens, je les respecte, je respecte chaque opinion même si ce n’est pas la mienne.
Même le responsable UDC, à qui vous avez refusé de coller ses affiches antiminarets, ne vous garde pas rancune. Vous êtes le Kim Jong-il de La Côte, version sympathique?
J’ai fait très peu de promesses, mais je les ai tenues. J’ai voulu que la municipalité aille au Conseil régional, elle y est. J’ai dit qu’on allait répondre à toutes les anciennes motions, faire le ménage dans les tiroirs, c’est fait.
Certains disent pourtant que sous votre aspect gauche écolo vous menez une politique de droite?
J’ai ma fibre sociale, ma sensibilité culturelle, mon souci de l’environnement qui sont plutôt de gauche. Mais mon esprit d’entreprise, ma vision sur le sens des responsabilités individuelles me rapprochent du centre droit.
Le syndic s’inspire donc du patron. Vous remettez la gestion du centre sportif à l’UEFA, vous songez à donner l’Usine à gaz, haut lieu culturel, au privé. N’avez-vous pas peur qu’il dicte sa loi?
La ville n’a pas assez de moyens. Il y a beaucoup de patrons qui ne correspondent pas à la caricature: à droite, égoïste, motivé par l’argent uniquement. A ceux-là, je demande d’exercer leur responsabilité sociale. On a la chance d’avoir des impôts pas trop élevés, ils peuvent faire un geste.
Vous dessinez le visage d’un capitalisme à visage humain. Mais ce qu’on observe avec les dérives de l’UBS, les bonus scandaleux, c’est un peu différent.
Les chefs d’entreprise animés uniquement par la cupidité et l’argent rapide et qui se sont crus au-dessus des lois, pris dans une sorte d’ivresse de l’argent, me navrent, bien sûr. La facture totale est colossale et qui la paie? Je comprends que le citoyen soit choqué.
Dans toutes les interviews, vous répétez que votre expérience de patron vous est bénéfique comme syndic. Et le syndic, qu’amène-t-il au boss de Paléo?
Peut-être une meilleure compréhension des aspects juridiques. Pas d’avantages naturellement puisque je me retire dès qu’il s’agit de parler du festival. Mais, au fond, le patron sert plus au syndic que le contraire.
Finalement, pour être un bon syndic il vaut mieux avoir été patron?
Ça aide. Quand j’avais des dettes à Paléo, mon bien le plus précieux c’était la confiance. J’allais trouver mes créanciers, j’expliquais mon plan, ils n’ont pas perdu 1 franc. Le citoyen, dans mon esprit, est comme le client de Paléo. Mais il faut tenir les promesses de l’affiche!
Lorsque vous sentez qu’un projet ne passe pas la rampe, vous le retirez pour le repasser saucissonné. C’est machiavélique tout ça?
C’est du pragmatisme. Quand un client n’aime pas votre produit vous le retravaillez.
Vous survivez aux manoeuvres politiciennes?
Ça m’amuse. J’observe. Ce n’est pas toujours de la grande stratégie, mais parfois c’est normal d’avoir une stratégie pour gagner des élections. Ce qui me choque le plus, c’est la mauvaise foi. Quand quelqu’un est capable sur un même sujet d’avoir trois affirmations péremptoires selon l’auditoire.
J’imagine que vous n’allez pas me donner de nom?
Exact.
Au centre-ville, j’ai vu que des appartements à 3 millions avaient trouvé preneurs. Il va aller se loger où le Nyonnais moyen?
Un grave problème, c’est vrai. En France, la loi permet d’imposer jusqu’à 20% de logements sociaux, pas ici. Je discute avec chaque promoteur pour tenter de le convaincre de garder un lot d’appartements abordables. C’est une priorité pour moi. La municipalité a des projets pour tenter de garder une mixité de population en ville.
«Faire un tri entre ce qui est important et ce qui l’est moins, ne pas perdre trop de temps dans des trucs qui ne servent pas à grand-chose», disiez-vous à 40 ans? Que dit le syndic aujourd’hui?
A chaque fois que je rencontre des gens, je n’ai pas l’impression de perdre mon temps. Regardez cette pile de dossiers urgents sur mon bureau. Le sont-ils vraiment? Qu’en dirai-je dans six mois. Je me méfie des urgences qui monopolisent énergie et attention.
Et les voyages, le vin et les bonnes bouffes?
Mes voyages sont plus courts, mais vous savez, la pire des punitions pour moi serait de passer deux semaines sur une plage.
Un de vos amis dit que vous risquez de vous ennuyer à la longue, vous qui aimez l’action. Est-ce vrai?
Si je m’ennuie, je m’en irai.
De vos quatre enfants, lequel vous ressemble le plus et pourrait vous succéder à Paléo?
Le petit n’aime pas perdre, il est ambitieux, aime la musique et c’est un très bon négociateur! Un autre est hypercool, il n’entre jamais en conflit et fait toujours ce qu’il veut. A vous de voir!
La ligne de vie
«A 20 ans, j’ai vu qu’on ne faisait pas confiance aux jeunes et aujourd’hui j’essaie de toujours m’en souvenir. J’ai eu la chance de ne pas connaître de frontière entre passion et travail. C’est quand même une chose formidable.»
De quoi rêvez-vous?
«Quelqu’un a dit: «Pour réaliser ses rêves, il faut d’abord se réveiller.» J’aime ça. Un rêve, pour moi, se fait les yeux ouverts, c’est quelque chose que je vais essayer dès demain de réaliser.»