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Notre planète
«Je prépare un nouveau film»
Yann Arthus-Bertrand exposera ses photographies sur les rapports entre hommes et animaux le mois prochain à Carouge (GE). L’occasion de lui demander notamment comment il a vécu sur place le sommet sur le climat de Copenhague.

Par Philippe Clot - Mis en ligne le 09.02.2010

Vous étiez à Copenhague pour France 2. Un mois et demi après, partagez-vous le sentiment d’échec total de ce sommet sur le climat?

Je faisais partie des gens qui ne se faisaient aucune illusion. J’ai conscience que les gens qui nous dirigent ne sont ni des visionnaires ni des personnalités engagées. Les politiciens des pays démocratiques sont prisonniers des échéances électorales. Or, les dossiers écologiques et notamment le dossier climatique appellent des décisions impopulaires. Et il y a aussi l’égoïsme des nations quand il s’agit de répartir des sacrifices de manière équitable.

Et y avez-vous trouvé aussi des raisons de rester optimiste?

Ce qui m’a favorablement étonné à Copenhague, c’est le sentiment d’un consensus très fort sur la réalité du réchauffement climatique et sur les responsabilités humaines de ce phénomène. J’ai aussi été ému par ces milliers de jeunes qui sont venus en train, sac au dos. Ils avaient en moyenne 20 ans, venaient de l’Europe entière pour manifester leur inquiétude, pour faire entendre leur voix. J’ai manifesté avec eux, un peu comme un vieux con. Et c’est enfin toujours précieux qu’un grand nombre d’organisations non gouvernementales se retrouvent, communiquent, échangent leur expérience.

Avec votre association GoodPlanet.org, vous vous êtes spécialisés dans le cycle du carbone, ce carbone qu’on envoie dans l’atmosphère par millions de tonnes. Avez-vous l’impression que ce dossier compliqué sur le plan scientifique est de plus en plus maîtrisé par les négociateurs?

Je n’étais qu’un observateur à Copenhague. Je n’étais pas dans le secret des dieux. Mais avec le Grenelle de l’environnement en France, j’ai pu vérifier que les hommes politiques français, même Sarkozy, ont bel et bien intégré tout ça. Mais même quand ils ont compris le problème, ils continuent à appeler de leurs vœux une croissance économique maximale. C’est assez fauxcul, leur posture: d’un côté, ils admettent qu’il faut cesser de déstabiliser la biosphère, de l’autre, ils cherchent à favoriser une production industrielle et une consommation maximales. J’entendais l’autre jour Sarkozy qui se réjouissait des ventes records de bagnoles l’année dernière, grâce à la prime à la casse qui a encouragé les gens à changer de véhicule. C’est une très bonne nouvelle pour les usines en France et pour les deux millions de personnes qui travaillent dans le secteur automobile, mais c’est une mauvaise nouvelle pour l’écologie.

Comment résoudre ce conflit d’intérêt entre économie et préservation de la planète?

Vivre mieux avec moins! C’est ça, la solution! Mais personne ne veut entendre parler d’une telle voie dans la mesure où elle handicape l’économie d’un pays. Et c’est aussi très facile pour un écolo comme moi de dire ça, moi qui suis tout sauf un exemple de frugalité avec mon job qui m’envoie en permanence aux quatre coins du monde. Et pour un homme politique, il est encore impossible d’assumer de tels propos. Mais bon, je n’en démords pas: il faut moins consommer la Terre! Je regardais l’autre jour une émission sur la pêche: c’était hallucinant de voir un pêcheur professionnel admettre, dépité, qu’il avait dû cesser de pêcher une espèce car elle avait disparu et qu’il se rabattait donc sur un autre poisson. Et ainsi de suite, année après année. Il admettait qu’un jour il n’y aurait plus rien, mais répétait qu’il était bien obligé de continuer quand même, de faire au fond comme tout le monde. Car nous vivons tous, d’une certaine manière, dans un déni collectif.

Votre film HOME a connu un retentissement mondial l’année passée. Que préparez-vous de neuf?

Je m’occupe encore beaucoup de HOME, qui est projeté en permanence dans le monde entier. Je vais aller le présenter à Shanghai, même si c’est complètement con de faire un tel voyage pour vingtquatre heures. Mais quand je n’accompagne pas ce film, j’ai l’impression de ne pas bien faire mon boulot. Je vais aussi aller à Los Angeles pour une énorme projection avec le maire de la ville et faire en sorte que le film soit diffusé dans toutes les écoles américaines. Et je continue l’émission Vu du ciel sur France 2. Je reviens d’ailleurs d’un tournage fabuleux au Bangladesh où nous avons filmé des gens qui essaient de changer les choses. Et je prépare un nouveau film, comme HOME, à but non commercial.

Pourquoi l’exposition-vente à la galerie Krisal de Carouge sera-t-elle surtout consacrée à vos photos sur les hommes et leurs animaux domestiques et pas à vos fameuses photos aériennes?

Parce que les galeristes trouvent que mes photos aériennes sont moins adaptées à une exposition vente. Moi, je ne trouve pas, mais bon, ce sont les galeristes qui décident.

Qu’est-ce qu’il vous reste à faire en photo, vous qui avez photographié la planète entière?

Il y a beaucoup de régions du monde que je n’ai pas bien faites, comme la Chine, l’Inde, l’Europe centrale, la Russie. Mais on verra bien. Vous savez... Je suis de plus en plus en train de me dire que je vais arrêter de voler, que je vais rester chez moi pour travailler tranquillement, sans polluer.

Photographies de Yann Arthus-Bertrand. Galerie Krisal, à Carouge (GE), rue du Pont-Neuf 25. Du 6 mars au 4 avril. Vernissage samedi 6 mars de 11 à 17 h, en présence de l’artiste.



Tags: Yann Arthus-Bertrand, photos, climat, Copenhague, GoodPlanet.org, «HOME»


 

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