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«Je vois à l'intérieur des gens»
Accourant comme des pèlerins, simples patients ou personnalités fameuses se déplacent du monde entier pour le consulter. Le paysan-magnétiseur fribourgeois soigne aussi loin de chez lui, à Paris notamment. Nous l’y avons suivi.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 16.10.2009
C’est un homme de 43 ans, des mains chaudes qui savent lire en vous. Il vous touche et il sait: problème banal ou maladie grave, le corps ou l’esprit, il le ressent en quelques instants. Et il soigne avec l’énergie de ses mains. Il se dit magnétiseur, pas guérisseur, «parce qu’on ne peut pas guérir tout le monde». On y croit, ou on n’y croit pas. Mais ils sont de plus en plus nombreux, par ici et de par le monde, à y croire.
Un jour de ses 15 ans, relevant un copain blessé, il a vu tous ses bobos. «Quand je l’ai pris par les épaules, j’ai été projeté 2 mètres en arrière. Je ne savais pas ce qui m’arrivait. L’angoisse m’a fait perdre 30 kilos. Aujourd’hui encore, je me demande parfois ce qui m’arrive.»
Pourtant, après bientôt trente ans de pratique, la réputation de Denis Vipret n’est plus à faire. L’homme a désormais soigné une ribambelle de stars. Des sportifs surtout, dont Zinedine Zidane, Didier Cuche, Jean-Claude Killy, Stéphane Lambiel ou Slava Bykov. L’entraîneur de l’équipe nationale de Russie de hockey ne prend aucune décision sanitaire concernant son équipe sans son avis. «La première fois que j’ai soigné Zidane, avant un match de Ligue des champions, Ronaldo l’accompagnait. J’étais très impressionné. Moi qui tutoie tout le monde, ce jour-là, je n’ai pas osé.»
Le «sorcier de Léchelles», surnom qu’il abhorre, a eu nombre de personnalités entre ses mains. Discret, le Fribourgeois se contente d’évoquer ceux dont les rencontres sont de notoriété publique: Georges Moustaki, Francis Lalanne, Nadine de Rothschild, Anthony Kavanagh ou Lauriane Gilliéron, terrassée par une sciatique quatre jours avant l’élection de Miss Monde, en 2005. La belle confirme: «Je l’ai appelé de Chine, j’ignore ce qu’il a fait, mais ça a marché.»

Au chevet de Gottéron

La légende lui prête également d’avoir soigné Céline Dion, le couple Chirac. De figurer sur le testament d’un cheik arabe qu’il aurait sauvé du cancer. «Je ne me souviens pas de tout le monde. De toute façon, ce sont des êtres humains comme vous et moi», balaie-t-il.
Au soir de notre rencontre, dans une grande brasserie parisienne, son natel ne cesse de sonner. Ce 24 mars, Denis Vipret tente de venir à bout de sa demi-portion de foie gras et… de qualifier Gottéron pour la finale du Championnat suisse de hockey. Dans un quart d’heure, à 600 kilomètres de la tour Eiffel, le club cher à son cœur affronte Davos. Les SMS arrivent plus vite que le puck. «Caron (ndlr: le gardien des Dragons) ressent une inflammation aux adducteurs. Merci de faire quelque chose.» Signé d’un membre du staff médical. «Denis, j’ai mal à la tête et au bas-ventre. S.t.p., remets-moi d’aplomb.» Signé Julien Sprunger, l’attaquant fameux du club.

Atypique et controversé

Entre les hockeyeurs se glisse une maman vaudoise désespérée, photo de sa fillette à l’appui – «Noémie n’a pratiquement pas dormi depuis deux jours. Je ne sais plus quoi faire» – ou un Valaisan reconnaissant: «Cher Denis, tu avais raison. Je n’ai pas besoin de me faire opérer du cœur. La coronographie passée ce matin est claire. Comment te remercier, mon bienfaiteur?» Le foie gras attendra.
Trois heures plus tard, Fribourg se retire vaincu. «Si j’utilisais mon pouvoir pour mettre l’adversaire au tapis, il y a longtemps que Gottéron serait champion», certifie Denis, agacé, enfouissant son natel au fond de sa poche. Messages et appels continuent d’affluer. «Jusqu’à 800 par jour! Plus 200 e-mails.» Il y a un mois, des dizaines d’entre eux le suppliaient de retrouver la pauvre Lucie, la jeune Fribourgeoise assassinée dans le canton d’Argovie.
Vipret, magnétiseur le plus atypique et le plus controversé du pays, jure sur la tête de Yan, 11 ans, et de Théo, 9 ans, ses deux garçons, qu’il n’a jamais utilisé son don de façon malsaine. Ou si peu. «Juste une monstre diarrhée à un fumiste qui se prétendait magnétiseur et qui pratiquait des tarifs exorbitants», confesse-t-il, confus, avec sa bonhomie de paysan broyard. Mais gare à celui qui toucherait à sa famille.
Car les sollicitations ne manquent pas. «Un jour, on m’a proposé 600 000 francs pour tuer quelqu’un. Plus originale, une Lausannoise m’a promis 20 000 francs pour inciter son mari à coucher avec sa voisine», rigole-t-il, avant de couper net: «J’aime trop faire le bien aux gens pour utiliser les forces maléfiques.»

31 000 méthodes

Comment ça marche? La description de ses techniques de soin laisse pantois. Les mains sur vos épaules, il dit qu’il lui suffit de quelques secondes pour effectuer un scanner complet. Son diagnostic, il le poserait avec sa main gauche, au creux de laquelle serait nichée une sorte de projection anatomique d’un corps humain, haute de 6 centimètres. Des points lumineux lui apparaissent aux endroits malades. Denis affirme pouvoir stocker 720 000 de ces profils de malades dans sa mémoire.
Avec la main droite, il transmettrait ensuite sa force curative en injectant ses énergies des pieds à la tête. Son action thérapeutique dure quarante jours. «Je pense automatiquement à tous les patients se situant dans cette période (5000 en moyenne), 90 fois par jour et 60 fois par nuit. S’il leur arrive quelque chose durant ce laps de temps, je le ressens en moins de dix secondes.»
Denis Vipret soigne aussi à distance, sur photo, par téléphone, magnétise les animaux. Il prétend recourir à… 31 000 méthodes de soin mises au point au fil de sa carrière. Dont 7000 pour les seuls intestins, l’organe principal à ses yeux. Sa faculté à poser les diagnostics, physiques ou psychiques, impressionne ses patients. Pas lui: «Je vois à l’intérieur des gens. Ce n’est pas facile à vivre. Surtout quand quelqu’un souffre d’une maladie grave et qu’il l’ignore. Dois-je le lui dire ou pas?» Seule limite: il ne peut rien pour ses enfants, alors qu’il se soigne lui-même.
On y croit, ou on n’y croit pas. Les témoignages entendus au cours de notre reportage penchent en sa faveur. «Je ne suis pas le bon Dieu», pondère le «sauveur», assurant que la religion et les prières n’ont rien à voir avec son activité. «Si je vois que je ne peux rien faire, je le dis. Le cancer? Je le détecte et j’en soigne certaines formes. Mais, quand vous l’apprenez à quelqu’un, il court de toute façon chez le docteur. Je ne le suis pas. Juste un complément», insiste-t-il, soucieux de ne pas froisser le corps médical ou d’attiser la jalousie et la méfiance. «C’est un charlatan», assènent évidemment certains médecins. «Une minorité», suppose Denis. «D’autres me consultent. Je travaille également avec des hôpitaux. Finalement, les plus virulents à mon égard sont les Témoins de Jéhovah. Allez savoir pourquoi…»

La main du fisc

Il pourrait y ajouter le fisc fribourgeois. Il y a trois ans, Denis Vipret a en effet subi un sévère redressement qui a failli le laisser sur le flanc économiquement. Alerté par les médias de son phénoménal succès, le service des contributions a posté des contrôleurs devant son domicile de Léchelles. Ces derniers ont comptabilisé 50 francs par personne entrant à la ferme. «Ils ont dû compter les chiens, les accompagnants et les photos», ironise le thérapeute. Qui a porté l’affaire jusqu’au Tribunal fédéral, en vain. «Il souffre encore de cette décision arbitraire et injuste. En deux ans, il a pris 20 kilos», confie Florence, sa femme, dans un élan protecteur. De guerre lasse, le magnétiseur a récemment fixé un tarif officiel de 50 francs par personne. Jusqu’à l’an dernier, les gens donnaient ce qu’ils voulaient. Les enfants et les personnes âgées sont exonérés.
Denis Vipret a songé parfois à «poser les plaques». Une idée qui fait frémir ses patients à travers la Suisse, l’Europe, le monde. Une annonce lacunaire publiée dans le Quotidien jurassien (Denis Vipret sera à La Caquerelle le 19 juin 2008) a ainsi drainé 650 personnes. Même folie lors de ses visites à Martigny, Genève, Bienne et maintenant Paris, où il a déjà consulté deux fois. «On le réclame partout. A New Delhi, à Los Angeles, à Québec où nous irons d’ailleurs bientôt», poursuit Michel-Ange Schmid, responsable des rendez-vous.
Denis Vipret n’en tire aucun orgueil. Il aime plutôt à rappeler ses origines modestes, sa jeunesse passée «derrière le cul des vaches». C’était il y a longtemps, avant que ses mains d’or ne s’emploient à apaiser et à combattre les maladies. On y croit, ou on n’y croit pas…
 



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Tags: magnétiseur Denis Vipret, médecine parallèle, guérisseurs, Fribourg, Zinedine Zidane, Didier Cuche, Stéphane Lambiel, Georges Moustaki, Francis Lalanne, Nadine de Rothschild, Miss Suisse 2005, Lauriane Gilliéron, Michael Ngoy Aller en haut de page Haut de page

 

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