Kacey Mottet Klein interprète Serge enfant dans le film «Gainsbourg (vie héroïque)» qui sort en salle le 20 janvier. A l’avant-première parisienne, ce jeune talent rayonnait parmi les vedettes du film. Laetitia Casta lui promet une belle carrière.
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Patrick Baumann - Mis en ligne le 20.01.2010
«Tu as vraiment bien joué, Kacey. Encore bravo!» Quand le compliment vient de Laetitia Casta, quand la belle actrice française vous le dit en vous serrant dans ses bras, n’importe qui peut penser que la soirée a bien commencé. Pour Kacey Mottet Klein, 11 ans, espoir du cinéma suisse, cette soirée a le goût d’une belle aventure qui s’achève. «Non, je n’ai pas le trac, je suis impatient d’y aller!» Dans quelques minutes, ce jeune Vaudois sera présent avec toute l’équipe du film Gainsbourg (vie héroïque) au cinéma Gaumont Opéra, boulevard des Capucines, pour l’avant-première parisienne. Avec Laetitia Casta, justement, fabuleuse en Bardot, Eric Elmosnino, l’acteur extraordinaire qui campe Gainsbourg; avec Joann Sfar, le réalisateur proche du jeune comédien de Bussigny. Ce dessinateur de BD de 38 ans a de toute évidence gardé au chaud son regard de gosse.
Bambou: «Kacey? Hallucinant!»
Pour l’heure, dans ce petit bar voisin, acteurs et réalisateur sont réunis avant d’affronter la horde des photographes qui piétinent dans le hall du Gaumont, farouchement ceinturé par les hommes de la sécurité. L’heure est aux souvenirs. Kacey savoure ces derniers instants d’intimité. A ses côtés, Estelle, sa mère, Laurine, sa sœur, qui s’essaie au métier de photographe, Lucien et Loïc, ses deux grands frères. Sans oublier Lulu, l’english springer spaniel offert par la production. «On l’a pris avec pour leur montrer comme il a grandi», sourit Kacey en caressant le museau du chien facétieux.
Quelques instants plus tard, l’équipe est réunie sur la scène du cinéma. On repère dans le public Claude Lelouch, Jean-Paul Rouve, les animateurs TV Virginie Efira et Jean-Luc Lemoine, Miss France 2010. Mais pas de trace de la famille Gainsbourg. Seule Bambou, la dernière compagne de Serge, s’est exprimée sur ce film, qu’elle a vu en projection privée. Elle a apprécié la liberté poétique de Sfar. «Je tire ma révérence à Eric Elmosnino; quand il était de profil, j’avais l’impression de voir Serge, c’était très troublant.» L’interprétation de Kacey? Bambou l’a jugée «hallucinante. Il ressemble beaucoup à Serge petit tel qu’il se décrivait ou tel qu’il était sur les photos que j’ai pu voir de lui à cet âge-là, c’est incroyable!» Le film a déjà été présenté à Lausanne, ce qui explique que le petit bonhomme est déjà bien rodé au rituel de la promotion. Il a d’ailleurs déjà grimpé les marches cannoises au côté d’Isabelle Huppert pour le film Home. C’est de surcroît pour l’avoir repéré dans ce film qu’une collaboratrice de Sfar l’a imploré de lui faire passer une audition. Le metteur en scène cherchait dans toute la France l’enfant capable d’incarner l’homme à tête de chou enfant, Lucien Ginsburg. Pour le film, Kacey a dû apprendre à jouer du piano – «ça m’a demandé beaucoup d’effort, j’ai dû énormément répéter».
«Il est éblouissant, plein de qualités, dit Sfar à propos de son jeune interprète. Son seul défaut, il a horreur des araignées. Quand on l’a fait asseoir en forêt, il a poussé des hurlements. Ça m’arrangeait, j’avais besoin qu’il pleure pour la scène!» Le réalisateur écarte en riant la remarque du journaliste qui le traite de bourreau d’enfant! Mais se souvient que le jeune Kacey a fichu une trouille d’enfer à toute l’équipe. «Il nous a fait vraiment peur. Ayant appris que De Niro s’hyperventilait parfois avant de tourner, il a fait pareil et est tombé dans les pommes. C’est moi qui l’ai ramassé!» Kacey se souvient: «C’est un truc que j’utilisais quand il y avait des scènes où il faut pleurer. On m’a emmené à l’hôpital, mais ce n’était vraiment pas nécessaire!» Pourtant, le destin du prestigieux acteur américain ne le tente pas. Même si Kacey nous informe qu’il sera dans le prochain film d’Ursula Meier, en 2010, et qu’une grande vedette féminine pourrait lui donner la réplique!
«Je ne suis pas un frimeur»
Lui se voit plutôt chirurgien ou avocat. Il aime la géo et l’histoire, pas trop les maths. Il écoute Green Day comme beaucoup de garçons de son âge. Sa passion: les Lamborghini Reventon. «J’adorerais en avoir une plus tard, mais, pour ça, il faudra faire beaucoup de films!» Une lueur inquiète passe dans son regard. C’est que Kacey a connu son premier revers de célébrité. Il en est sorti blessé. Il ne s’est pas reconnu dans l’image qu’a donnée de lui un quotidien vaudois qui a mis sa photo en couverture. «J’ai passé pour un garçon qui se la pète, c’est pas du tout mon caractère. Du coup, je me suis fait insulter sur l’internet. A l’école, des élèves m’ont traité de frimeur! J’ai acheté plein de journaux dans mon quartier pour qu’on ne puisse pas les lire!» Heureusement, maman est là. Estelle Mottet, infirmière scolaire, a pris le temps d’en parler avec son fils et de relativiser. Et puis ses frères et sœurs aussi, fidèles et chaleureux. «Pas question de me la jouer vedette avec ma sœur, se marre Kacey, elle me remet vite à ma place!» Il est passé minuit. Au Showcase, la boîte à la mode au pied du pont Alexandre-III, des écrans géants diffusent les images du film, tandis que les coupes de champagne, au bout des mains, se baladent comme des feux follets dans ce temple des nuits parisiennes. A l’entrée, face à la Seine, Elmosnino/Gainsbourg fume presque autant que son modèle. Laetitia Casta arrive, resplendissante, au bras de son mari, l’acteur italien Stefano Accorsi. Seul, un petit garçon blond semble trouver le temps long. Les mondanités, ça va un moment. On peut bien être un futur grand acteur et avoir envie de rentrer à l’hôtel.
Un film retrace sa vie
Gainsbourg, sous le soleil exactement
«Gainsbourg
(vie héroïque)» sort en salle le 20 janvier. La vie du génial
compositeur racontée comme un conte moderne. Une belle réussite
cinématographique.
Attention, ce film n’est pas une biographie
précise, mais fantasmée. «Pas faite forcément pour les fans, mais par
un fan», avertit le réalisateur. La vie de l’homme à tête de chou sous
forme de conte. Parce qu’il y a du souffle, de la poésie, de grandes
enjambées oniriques dans ce premier film signé d’un dessinateur de BD
renommé: Joann Sfar. Jane Birkin n’a pas vu le film, mais a adoré cette
idée de ne pas raconter tout; juste par touches, juste par tranches.
Aplats bariolés ou en demiteinte, fresque parfois ubuesque, comme la
scène où Gainsbourg enfant puis adulte apparaît la tête dans un chou.
«Le film sera réussi, dit Sfar, si on perçoit Serge comme un héros,
bien plus fort que Superman.» Héros au sens grec, même si c’est l’âme
slave de Serge qui déborde de l’écran. Le type qui se prend des choses
sur le coin de la figure, courageux et fragile à la fois. Comme le
petit Lucien Ginsburg, son nom de baptême, qui craint les soldats
allemands, mais attend d’être seul dans une ruelle pour faire de son
étoile juive une étoile de shérif. Dans la vie, Gainsbourg avait plutôt
volé des soldats de plomb; ici, Lulu pique un colt dans un magasin. Le
petit Kacey Mottet Klein qui interprète l’artiste enfant est tout
simplement subjuguant.
Sfar connaît la vie de Serge sur le bout
des doigts, mais se dit «plus intéressé par ses mensonges que par ses
vérités». On aime ce double, la Gueule, qu’il a dessiné et dont il a
affublé l’artiste, une marionnette maître en cynisme et trahison qui
pousse Gainsbourg du côté de Gainsbarre.
Le film s’attarde
beaucoup sur l’enfance, les débuts jazzy, la rencontre avec Vian et,
bien sûr, les femmes qui ont marqué plus ou moins brièvement sa vie:
Gréco, Bardot, Birkin. Femmes et chansons emblèmes à jamais liées: La
javanaise, Bonnie and Clyde, Je t’aime moi non plus.
A relever
une bande-son magistrale. Titres réarrangés et interprétés par des
artistes comme Dionysos, Gonzales, Philippe Katerine, qui joue Boris
Vian. Quant à Eric Elmosnino, qui campe Gainsbourg, il ose chanter (il
a pris des leçons) sans craindre la comparaison. Cet acteur à la
ressemblance troublante ne tombe pourtant jamais dans le piège de
l’imitation. Sfar non plus. «J’ai essayé d’apprendre, pas comme un
imitateur mais comme un amant, son phrasé et son rythme poétique. J’ai
tenté, dans l’image, le montage, la couleur de retrouver la voix de
Serge», confie le jeune réalisateur. Pari réussi!
Interview de l'acteur Eric Elmosnino,
qui incarne Gainsbourg (15:20)