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GRAND NORD
LA BELLE CHOUETTE DES NEIGES
Dans les toundras gelées de l’Arctique canadien, rencontre avec l’harfang des neiges, un rapace rare capable de vivre sous des températures d’outre-monde.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 21.12.2010

Sa bonne bouille ronde et ses yeux brillants comme des billes peuvent tromper, mais la chouette du Grand Nord est bien un rapace. Un redoutable chasseur que les Suédois ont appelé Harfaong: celui qui mange les lièvres… Un bec crochu, des serres capables d’immobiliser un renard, un appétit vorace qui lui fait engloutir quotidiennement l’équivalent d’une douzaine de souris et puis des facultés lui permettant de chasser de jour comme de nuit: l’harfang des neiges est l’un des plus puissants prédateurs du monde blanc. Cousin du hibou grand duc et de la chouette chevêche, il est aussi le seul de sa famille à nicher au nord du 60e parallèle, dans les toundras gelées de l’Arctique…

Température extérieure: - 50 °C. Et puis le vent, accélérateur de flocons aiguisés comme des rasoirs. Pourtant, ce climat d’outre-monde n’affecte pas l’oiseau des neiges. Une épaisse couche de duvet couvert de plumes abondantes et légères lui permet, par n’importe quel temps, de maintenir la température de son corps à 40 °C. Autre avantage de ce plumage d’exception, les pennes et les barbes de ses plumes sont si longs et si souples qu’il lui garantissent un vol absolument silencieux. Et donc de fondre sur ses proies dans un souffle.

Son œil aussi est réputé. Avec une pupille capable de se dilater à l’extrême pour laisser passer le plus infime rayon de lumière, l’harfang des neiges a besoin de 100 fois moins de lumens qu’un humain pour voir, pouvant ainsi chasser dans la nuit quasi complète. Si ses yeux sont fixes dans les orbites (ce qui lui donne ce regard particulièrement franc et direct), ce «handicap» est compensé par l’extrême souplesse de ses vertèbres cervicales. Alors que l’homme le mieux exercé à se tordre le cou ne peut couvrir qu’un angle de 190 degrés, ce drôle d’oiseau, lui, peut faire pivoter sa tête de quelque… 270 degrés. Si sa vue est légendaire, son ouïe est encore plus achevée. Voyez ses yeux entourés de grands cercles de plumes. Ce sont en réalité des réflecteurs paraboliques qui, à travers les plumes, conduisent les ondes sonores jusqu’aux oreilles qui y sont cachées… A des kilomètres, un harfang peut ainsi entendre le pas d’un lièvre sur la neige ou le couinement d’une souris.

OFFRANDES MÂLES

Le harfang des neiges mange donc du lièvre, du canard, du faisan, mais son mets favori reste le lemming, petit rongeur de la famille des rats, que les Esquimaux surnomment kilang miutak, «la manne venue du ciel». Parce qu’en certaines périodes ces grosses souris sont si nombreuses qu’on pourrait les croire tombées avec la dernière averse… Pour le meilleur et pour le pire, les destins de l’harfang et du lemming sont étroitement liés. Entre février et mars, durant la période des amours, l’oiseau mâle viendra déposer devant sa promise son offrande: un lemming fraîchement chassé. Des observateurs ont cru trouver un rapport entre le nombre de proies déposées et celui des œufs que pondra la femelle. Jusqu’à douze (un tous les deux jours) les années d’abondance… Si la belle n’est pas comblée, elle peut très bien ne pas pondre du tout! Pour comprendre cette étrange relation entre le prédateur et sa proie favorite, il faut connaître l’incroyable fertilité du trotte-menu. En captivité, un lemming femelle peut mettre bas six portées de huit petits par an. Quarante-huit rejetons par année! Maladies, chasses, famines… les lemmings peuvent quasiment disparaître mais reconstituer une population immense en moins de trois ans! Sitôt les lemmings abondants, les harfangs en profitent et se multiplient, sachant qu’un jeune oiseau en pleine croissance (cinquante jours jusqu’à son premier envol) englouti quelque six rongeurs par jour.

Tout au long du court été polaire, le couple d’oiseaux collabore activement. La femelle couve puis protège les oisillons des coups de froid trop brutaux. Elle ne quitte guère le nid, toujours installé à même le sol dans ce désert immaculé. Le mâle, lui, défend farouchement le territoire et assure la sécurité de la nichée. A l’inverse, durant l’hiver les oiseaux chassent en solitaire.

Depuis 1987, l’harfang des neiges est l’emblème aviaire du Québec. Bel hommage aux oiseaux. Dont le plus célèbre est Hedwige, le cadeau du géant Hagrid pour le onzième anniversaire de Harry Potter.



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Tags: harfang des neiges, chouette, rapace, Arctique Aller en haut de page Haut de page

 

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