C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour les Monégasques. Mauvaise, parce qu’ils n’aiment pas voir leur princesse morose. Des larmes, ils assurent qu’elle en a assez versées. Bonne, parce que la première dame de Monaco, chérie de ses concitoyens, semble avoir décidé de vivre de nouveau parmi eux. Séparée de son mari. Il semblerait que Caroline ait choisi de se réinstaller au Clos Saint-Pierre, sa sublime villa à deux pas du palais.
Il y a des signes qui ne trompent pas. Selon le magazine Point de Vue, Caroline a rouvert un compte à la librairie anglaise Scrupule, inscrit Alexandra, sa petite dernière, au collège Charles III. Dans la foulée, Alexandra a rejoint l’Académie de musique de Monaco, section cours de violon. Difficile dès lors de croire que sa mère rejoigne de sitôt Ernst August de Hanovre et le domicile conjugal de Fontainebleau, près de Paris.
Nouvelle page de vie?
Une page de leur histoire conjugale se tourne-t-elle? La rumeur enfle dans le Gotha… Rien ne va plus entre les deux époux, murmure- t-on. Officiellement, on n’a pas vu les princes ensemble depuis le Jumping international de Monte-Carlo, en juin dernier.
Certes, le Rocher dément officiellement toute idée de rupture, mais la presse a publié des images d’une Caroline seule qui a passé son été dans sa propriété de Saint-Rémy-de-Provence, ou sur son yacht, le Pacha III, en compagnie de ses enfants ou d’amis. Albert est bien venu lui rendre visite avec Charlène, mais pas l’ombre d’un Ernst August de Hanovre sur le pont, et ça n’avait rien à voir avec la peur d’attraper un coup de soleil.
Il a bien fait un saut de puce sur le bateau de sa femme à Bonifacio, le 20 juillet dernier, mais c’était pour les 10 ans d’Alexandra, un anniversaire incontournable pour un papa.
On sait que Caroline est une femme indépendante, que son couple n’a jamais été à proprement parler fusionnel. Mais de là à jouer au chat et à la souris avec son mari… De plus, elle ne porterait plus son alliance au doigt, selon l’hebdomadaire Paris Match. La princesse n’a pas non plus assisté au traditionnel Bal de la Croix-Rouge, le 31 juillet dernier, qu’elle a toujours honoré de sa présence. Trop difficile d’apparaître en public sans son cavalier officiel?
Ernst August s’est rendu seul, lui aussi, cet été aux festivités organisées pour les 40 ans du régime libyen. Il est vrai qu’on imagine mal Caroline accepter un baisemain du colonel Kadhafi. Et puis il y a cette photo du prince sortant d’un bistrot parisien avec une amie du couple, par ailleurs marraine d’Alexandra. Le cliché a fait jaser, même s’il n’avait rien de compromettant.
On comprend dès lors que Caroline n’arbore pas sa mine des grands jours. Un peu crispée, le 6 septembre, au pique-nique des Monégasques, au côté d’Albert. Soucieuse, mélancolique, parfois. Dans ce centre commercial de Fontvieille, sans maquillage, le visage fatigué, serrant sa petite fille contre elle, elle ressemble à une maman ordinaire qui veut protéger son enfant en période de séparation.
Des amours si cruelles
Le sang bleu n’a jamais protégé du chagrin. Caroline en sait quelque chose. Elle a perdu sa mère, son mari, et ses histoires d’amours lui ont laissé des bleus à l’âme. Seule bulle de bonheur: les sept ans avec Stefano Casiraghi, son deuxième mari et père d’Andrea, Charlotte et Pierre, mais la mort a brisé le conte de fées.
A Monaco, loin des rumeurs, Caroline veut retrouver une vie de mère comme les autres
Son troisième mari, Ernst August de Hanovre a beau être Altesse royale, la délicatesse était en option avec le titre. Il casse le nez d’un caméraman en 1998, fait scandale à l’Expo universelle en 2000 en se soulageant sur le pavillon turc et agresse la même année un hôtelier sur une île kényane. Condamné en 2004. Caroline n’était pas à ses côtés, en juin dernier, lors de son procès en appel.
Pourtant, le choix des hommes de sa vie en dit long sur cette femme «attirée par les extrêmes», selon ses propres paroles. Petite, on la surnommait la communiste. Toute sa vie amoureuse a été conditionnée par cet esprit rebelle et souvent révolté contre une éducation maternelle jugée trop stricte.
Mariage annulé par le pape
A 17 ans, à Paris, elle s’affiche au bras du chanteur Philippe Lavil (passé à la postérité avec Il tape sur des bambous). Son bref mariage avec Philippe Junot, play-boy de 17 ans son aîné, fut un fiasco et s’achèvera en 1980, avant de finir carrément annulé par le pape Jean Paul II en 1992.
Mais la jeune princesse se jettera dès l’été 1982 dans les bras d’un tennisman, l’argentin Guillermo Vilas. Au grand dam de sa mère, la princesse Grace, qui la rêvait mariée avec Charles d’Angleterre, ou alors pourquoi pas avec… Ernst August de Hanovre, lointain cousin de la reine.
Le couple s’affiche sur une île paradisiaque en une de Paris Match. Le tennisman a un bon coup droit et une plume. «Donnemoi la rose de ton corps, montremoi la leçon de ta vie, quand ton amour emplit ma vie, mon corps affamé vibre. Je sais que ton château est habité, et que son tréfonds a le goût du souvenir…» écrit-il à sa princesse. On peut avoir gagné l’US Open en 1977 et manier la raquette comme l’alexandrin.
Mais les extrêmes sont parfois irréconciliables. L’assemblage ne dure pas. Comme ne durera pas non plus sa liaison avec le comédien Vincent Lindon, à la fin des années 90. L’acteur, de confession judaïque, s’était pourtant converti, dit-on, au catholicisme en vue d’un mariage. Son caractère brumeux et son goût pour les soirées de poker entre potes ont-ils eu raison de sa relation avec Caroline de Monaco?
Solitude et tristesse
L’ère des désillusions semble prendre fin en 1999 avec son mariage avec le prince de Hanovre. La princesse, qui a 42 ans, l’âge de raison, rentre enfin dans le rang (aristocratique) et épouse un homme plus titré qu’elle. Son nouveau titre d’Altesse royale lui ouvre les portes du Gotha.
Aujourd’hui, pourtant, la voilà qui renoue avec la solitude et la tristesse. Cette rupture annoncée est peut-être aussi le signe que cette femme de 52 ans est à un tournant de sa vie. Qu’elle ne sacrifie rien sur l’autel de son couple, aussi royal soit-il. Qu’elle est moins en recherche d’amour que d’authenticité, qu’elle ose la distance malgré la médiatisation et le qu’en-dira-t-on.
Ou peut-être qu’elle veut désormais mettre en avant un pan de sa vie largement méconnu, son action en faveur des enfants dans le monde (voir encadré).
«C’est une femme de son temps, affirme le sexologue genevois Willy Pasini. Aujourd’hui, ce sont les femmes de 50 ans qui quittent leur mari. Caroline de Monaco est à ce titre-là très emblématique de sa génération. Une femme forte et libre qui prend en main son destin.» Celui d’une princesse seule.
«C’est la femme, plus que la princesse qui agit!»
L’ancien
rédacteur en chef de «L’Express», Dominique Simonnet, publie un livre
d’entretiens avec la princesse Caroline de Monaco. Qui évoque son
action pour l’enfance défavorisée.
Comment est né ce livre?
Je
fais des chroniques de danse, la princesse préside les Ballets de
Monte-Carlo; je l’ai rencontrée à plusieurs reprises et elle m’a parlé
de son action caritative en faveur des enfants. Cela fait trente ans
qu’elle s’engage aux quatre coins du monde, à la suite de ses
étonnantes grand-mères et de sa mère Grace Kelly. Elle est ambassadrice
de l’UNESCO, présidente de l’Association mondiale des amis de l’enfance
et de la Fondation Princesse Grace.
Vous avez été étonné par l’ampleur de son action?
Oui,
je ne savais pas du tout qu’elle œuvrait autant. On en parle peu, la
presse ne s’intéresse qu’à sa vie people. Les paparazzis ne
l’accompagnent pas dans les prisons de Manille ou les villages du
Burundi. Elle m’a parlé également de ses colères contre le mépris des
gouvernants et des institutions. Elle rencontre beaucoup d’officiels
sur le terrain.
Comment se sont déroulés vos entretiens?
Elle
m’a reçu à plusieurs reprises de façon informelle. Elle a parlé très
librement. Il y a la princesse, très médiatisée, et la femme engagée,
que j’ai découverte à cette occasion. Cette femme-là est très vive,
très franche, très sincère, très active.
A 52 ans, c’est une facette de sa personnalité qu’elle a envie de mettre en avant?
Je
ne peux pas parler à sa place. J’ai trouvé, néanmoins, que c’était très
important pour elle, et aussi que ce n’est pas toujours facile pour
Caroline de Monaco de revenir de ses voyages avec des visages d’enfants
qui souffrent dans sa tête. Je l’ai sentie très touchée.
Toutes les princesses ont leurs œuvres de charité, c’est un peu un passage obligé, non?
Pour
elle, cela va plus loin qu’un simple devoir. A mes yeux, c’est la femme
plutôt que la princesse qui agit. Bien sûr, sa position et sa fonction
lui permettent de bouger, mais elle n’est pas obligée du tout de faire
tout ce qu’elle fait. Son action fait partie de sa personnalité
profonde et pas de sa fonction.
«Au nom des enfants du monde», Ed. du Seuil, parution le 22 octobre 2009.