Le tempo s’accélère. A chaque coup de boutoir, l’édifice se lézarde, toujours davantage. Même les banquiers ne se font plus guère d’illusions: la mort du secret bancaire helvétique est programmée.
Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, le proclame partout haut et fort: «Nous allons abolir le secret bancaire dans l’ensemble de l’Union européenne et ce ne sera pas facile pour la Suisse.»
Dernière attaque en date: l’affaire des listings de fraudeurs du fisc, volés dans plusieurs banques. La France puis l’Allemagne, suivies par d’autres gouvernements européens, affirment vouloir les acheter afin de poursuivre leurs citoyens coupables d’évasion fiscale et les faire passer à la caisse. Que contiennent vraiment ces fameux CD-ROM? Mystère… Il n’est même pas sûr que ces données, selon toute vraisemblance surcryptées, soient tout simplement exploitables (lire l’analyse de Solange Ghernaouti en page 22). Et, si elles l’étaient, elles ne concernent en définitive que quelques milliers de fraudeurs et ne permettraient de récupérer au mieux qu’une poignée de millions d’euros de rentrées fiscales. Peanuts, en regard des 500 à 1000 milliards de francs que représenteraient les montants soustraits aux fiscs européens planqués dans nos banques…
«Depuis ces affaires en rafales, le Conseil fédéral bégaie, ne parvenant plus à parler d’une seule voix, faute de stratégie»
Mais peu importe l’argent qui sera réellement récupéré: politiquement, les coups ont porté. Depuis ces affaires en rafales, le Conseil fédéral bégaie, ne parvenant plus à parler d’une seule voix, faute de stratégie. Du côté des partis, la cacophonie est totale. Quant aux banquiers, ils préfèrent mettre la tête dans le sable en refusant d’admettre que c’est leur modèle d’affaires même qui est fondamentalement remis en cause.
La situation est à prendre au sérieux. L’industrie bancaire demeure l’un des piliers de notre prospérité. Chaque coup qui lui est porté aura donc des conséquences sur l’emploi et sur nos rentrées fiscales.
Tout cela ne survient pas par hasard: les places financières de la planète se livrent un combat sans merci et les malheurs de la Suisse profitent à ses rivales.
Que faire à partir de là? Appeler un chat un chat et négocier rapidement avec nos voisins le meilleur des accords possibles en matière d’échange d’informations fiscales. Pendant qu’il en est encore temps.
Sinon, c’est l’Union européenne qui décidera à quelle sauce nous serons mangés. Et, là, pas de doute: elle sera aigre.