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Joséphine Reitzel
La naufragée volontaire de l’A1
L’aire d’autoroute de Würenlos, près de Zurich, est le terrain de jeu d’une nouvelle émission de téléréalité diffusée sur le Net. Deux candidats, dont une Lausannoise, tentent d’y survivre en autarcie sous l’œil omniprésent des webcams. Reportage autour du cabanon des deux survivors», à quarante mètres des six voies de l’A1.mat

Par Marie Mathyer - Mis en ligne le 11.08.2009

Café du restoroute de Würenlos, 9 h 10. Sur fond de musique d’ascenseur, une famille de Hollandais déjeune. Croissants, jus d’oranges pressées, birchermüesli. A la table d’à côté, un monsieur aux yeux fatigués avale un expresso cul sec. Les magasins de la galerie marchande ouvrent leurs portes, la kiosquière vend ses journaux.

La scène paraît banale jusqu’à ce que déboule, claquettes aux pieds, une jeune femme en peignoir éponge, sa brosse à dents à la main, un linge autour du cou. Elle s’appelle Joséphine Reitzel. Depuis dix jours et pour vingt autres encore, elle habite là, sur le parking de Würenlos, à quelques kilomètres de Zurich, à quarante mètres des six voies rapides de l’A1. Quatre mille visiteurs quotidiens: l’aire d’autoroute la plus fréquentée de Suisse.

Joséphine, Lausannoise de 24 ans aux incroyables yeux vert anis, est l’une des deux candidats d’une nouvelle émission de téléréalité. Un genre de Koh-Lanta version autoroutière filmée vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des webcams et diffusée sur l’internet. Le concept? Survivre sans argent et pendant un mois sur cette aire d’autoroute. Comment? En travaillant pour de l’argent ou des avantages en nature dans la vingtaine d’enseignes du centre commercial, et en dormant dans un cabanon de bois, posé sur le parking entre poids lourds et station-service.

L’opération est orchestrée par une agence de communication argovienne avec le soutien d’un quotidien gratuit alémanique, et de la station NRJ Zürich qui diffuse le streaming des webcams et les blogs journaliers produits par les candidats.

«Je n’ai pas hésité»

«Quand j’ai vu l’annonce du casting, je n’ai pas hésité, se souvient Joséphine. J’avais fini les cours, résilié mon bail, moins de 400 francs sur mon compte et deux mois libres avant de partir pour une année d’échange universitaire en Autriche.» Alors, forcément, dans ces conditions, un mois sans dépenses à parfaire son schwitzerdütsch paraît une offre alléchante. Tout comme la somme de 10 000 francs, promise à celui ou à celle qui aura remporté les suffrages des internautes et du jury.

«Depuis longtemps, je travaille pour m’assumer et financer mes études. Là, je me suis dit, j’ai une chance sur deux de gagner 10 000 francs. Ça me permettrait de me payer une année complète d’études», rêve la jeune étudiante en sport et allemand de l’Université de Lausanne.
Pragmatique, Joséphine se fiche des critiques sur l’exhibitionnisme de la télépoubelle: «L’argent n’a pas d’odeur et toutes les expériences sont bénéfiques», lance-t-elle la tête haute. Il faut dire qu’avant ça, la demoiselle a été réceptionniste dans un camping, veilleuse de nuit dans une institution, coursière à vélo à Lausanne et même... première éboueuse de Suisse romande. «La paie était super, les horaires avantageux et, surtout, l’équipe incroyable», énumère l’audacieuse.

«Ma sœur ne fait rien comme tout le monde. Quand elle a une idée en tête, elle va toujours jusqu’au bout», confie son frère Sylvain, venu apporter une bouteille de rouge valaisan en gage de paix à cette sœur avec qui il a longtemps été brouillé. Assise par terre devant le cabanon de bois, la Welsche équeute des haricots avec Urs, son compère alémanique. Les deux candidats sont plus complices que concurrents. «On est les deux dans la même galère et vu la taille de la maison et de notre territoire, heureusement qu’on s’entend bien», ironise Joséphine.

Les jours se suivent... et se ressemblent. Il faut préparer des légumes pour les restaurateurs, remplir des sachets de bonbons, arranger des vêtements sur le présentoir de l’une des trois boutiques de vêtements ou tondre la pelouse avec les gardiens de ce miniroyaume. Fraterniser avec les commerçants, répondre aux sempiternelles questions des badauds, patienter pendant que les jeunes du coin caillassent la cabane les soirs d’ennui. Il y a le buffet à volonté du mardi, la musique omniprésente du café et l’odeur d’essence et de freins brûlés.

«La solidarité existe»

En dix jours, même une aventure étrange crée des habitudes et une certaine monotonie ou lassitude. «On est des êtres humains, c’est sûr, il y a des moments où on aimerait être loin des caméras, ne serait-ce que pour remettre son slip en place», concède la Romande.

Certains curieux deviennent pourtant parfois des fidèles qui repassent voir les indigènes du restoroute. Comme les électriciens venus installer la lumière gratuitement dans l’abri le deuxième soir, le chauffeur de limousine grison ou Florian, le propriétaire du négoce de piscines qui a prêté jacuzzi et faux palmiers aux résidents. A l’heure où les lampadaires s’allument, on les retrouve sous l’auvent du cabanon, une bière à la main. «Grâce à eux, on est comme des coqs en pâte. Ces rencontres, la gentillesse de parfaits inconnus, ça montre que la solidarité existe toujours», s’enthousiasme Joséphine.

Le 28 août, la jeune femme saura si ces trente et un jours passés sur l’îlot du «Würen-lost» (comme l’ont baptisé les deux naufragés), perdus au milieu de l’A1, lui auront rapporté 10 000 francs ou juste une poignée de moments d’exception.

Vous pouvez suivre les aventures des candidats sur www.raststaette.ch

 



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Tags: Autoroute A1 de Würenlos, Zurich, téléréalité, webcam, internet, Joséphine Reitzel Aller en haut de page Haut de page

 

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