1 Elaborer une stratégie
Tout est parti des tuiles. «Le toit de ma maison de Russin, qui date de 1973, devait être rénové. C’était l’occasion de rendre tout le bâtiment plus écologique afin de vivre en accord avec mes convictions», explique Philippe Roch, en guise d’introduction à notre visite. Pour élaborer un plan de bataille, l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement s’est entouré d’un architecte expert en habitat vert, Stéphane Fuchs, et d’une maison spécialisée dans le chauffage écologique, Batigroup SA. Ces longs mois de travaux lourds n’ont pas été une sinécure, mais, se réjouit le propriétaire, «j’avais l’impression de vivre dans un petit village du Moyen Age avec différents corps de métier en pleine action. Je me suis adressé à des artisans locaux installant des produits locaux, à des gens philosophes et doués. Ce fut une très belle expérience.»
2 La capitale isolation
Une maison bien isolée, c’est capital. Les aspects plus technologiques d’une rénovation viennent après. Heureusement, les façades de la maison étaient correctement isolées. Ce sont le toit et les murs du grenier qui avaient besoin de l’être. Pour 72 000 francs, ce sont 220 m2 d’isolation à base de 28 cm de fibres de bois compressées et de nouveaux lattages qui ont doté la demeure d’un chapeau conservant précieusement les calories.
3 Le choix cornélien du chauffage
«Le chauffage électrique d’origine m’a toujours beaucoup gêné, explique Philippe Roch. C’était devenu une allergie, car on va nous imposer de nouvelles centrales nucléaires si nous continuons à consommer toujours plus d’électricité. Il était délicat de plaider comme moi contre le nucléaire et de consommer presque 20 000 kWh par année pour me chauffer, malgré mes efforts très importants d’économie.»
Le spécialiste de Batigroup lui suggère donc de s’équiper de deux poêles de masse, de type pierre ollaire. Mais le propriétaire opte finalement pour la solution lourde et onéreuse du réseau de radiateurs qu’il faut créer de zéro (31 000 francs). «J’ai pensé à mes successeurs qui voudront peutêtre être moins astreints à alimenter souvent des poêles. Avec cette installation, il est possible de partir quinze jours en hiver sans que la maison ne gèle.»
Le bois ne sera pas le seul élément calorifique: le Soleil sera mis à contribution via 14 m2 de panneaux thermiques (18 000 francs) qui injecteront leur eau brûlante dans les cuves (29 000 francs) et dans les radiateurs, du moins quand un bonus d’eau chaude sera rendu possible par un ciel hivernal dégagé. Et en été toute l’eau chaude sera assurée par cette installation.
Ultime petit bonus de rationalité: une aération déjà existante a été ressuscitée pour souffler vers le rez-de-chaussée la chaleur accumulée sous les toits.
«Possibilité de chauffer quinze jours en hiver si je suis loin.» Quant à la chaudière elle-même (20 000 francs), elle sera à bûches: «Les pellets et les copeaux sont des solutions moins écologiques, car plus gourmandes en énergie grise que des bûches, que je peux en partie couper moi-même.»
4 Les bonnes fenêtres
Toutes les fenêtres du grenier ont été changées par des fenêtres à double vitrage modèles, en bois: «Je suis scandalisé par ces fenêtres en PVC, très polluantes à l’incinération et dont le journal de Suisse Energie, c’est-àdire de la Confédération, fait la publicité. Dire que j’ai lutté durant des années quand j’étais à Berne pour interdire les bouteilles en PVC…»
5 Subventions ou pas?
En libéral qu’il est, Philippe Roch n’est pas un fan des subventions comme incitation. Il n’apprend d’ailleurs qu’une fois la quasi-totalité des travaux achevés qu’il a droit théoriquement à environ 20 000 francs de soutiens publics. «Les subventions, ça coûte cher à l’Etat, c’est compliqué, ça demande trop d’administration. Je plaide en revanche pour un taux hypothécaire très bas sur dix ans, et donc très incitatif à la rénovation écologique.»
6 La seule désillusion
Seule mais énorme déception, la cheminée. «Une maison importante et réputée m’avait promis, malgré mes doutes, monts et merveilles avec son nouveau modèle. J’ai donc accepté de remplacer mon ancienne cheminée en briques, belle mais inefficace, par cette cheminée à vitres coulissantes. Et c’est exactement le même gâchis: elle ne sert qu’à chauffer les oiseaux, alors qu’on m’avait dit que 80% de la chaleur du bois serait conservée à l’intérieur. Il est scandaleux que des entreprises trompent pareillement leur client. Cette plaisanterie m’a coûté 10 000 francs. Pour rien!»